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La France et la Russie contre la Triple Alliance : la guerre de montagnes : grand récit patriotique et militaire / par le Commandant Biot et Émile Massard
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LA GUERRE DE MONTAGNES

pour contempler ces profondeurs, tandis quon se félicite en soi-mêmedavoir les membres souples, le pied sûr, la tête libre de vertige et depouvoir se livrer sans peur à cette incomparable gymnastique.

La paroi que nous longions tombe directement, par un saut de800 mètres, sur le glacier de Laneuvaz; elle est constamment labourée pardes avalanches do pierres, car, dans la partie que nous traversions, tout estbrisé avec une effroyable violence ; partout on voit les angles tranchantset l'éclat blanchâtre de la pierre fraîchement cassée; dans tous les creux,des amas de poussière et de menus débris; les secousses répétées de cesavalanches ont fissuré la montagne jusque dans ses entrailles ; pas unroc qui tienne; les saillies que vous voulez saisir vous restent dans lamain.

Nous passâmes lentement, ne jetant quun rapide coup dœil sur ceprécipice de Laneuvaz, qui valait pourtant bien la peine dêtre con-templé un moment. Notre capitaine nous talonnait et ne nous laissaitguère le temps d'admirer toutes les merveilles qui sétalaient à nos pieds.

Enfin, nous fîmes la grande halte. Juchés plutôt quassis sur des blocsbranlants, les jambes pendantes sur les précipices qui souvraient auxlianes de notre gigantesque clocher, nous pûmes jouir tranquillement dunde ces spectacles comme je nen avais jamais vu : cétait la colonne serréedes Alpes bernoises, la foule agitée des hautes cimes valaisannes et lesgroupes élégants des massifs italiens; cétaient encore les douces monta-gnes vaudoises avec un coin du Léman, et plus loin, par-dessus le long-pli monotone du Jura, les collines de France, dont la houle se perdait dansles vapeurs. Mais ce qui dominait le tout en splendeur, cétait le massif desaiguilles, la forêt dobélisques gigantesques : leffet du hérissementvertical de toutes ces pointes de granit est extraordinaire; on dirait unecolossale cristallisation.

Gomme tout cela était grand, noble, magnifique! Comment ai-je pudescendre de haut?... Mais le capitaine nous poussait toujours.

Un moment, je restai interdit à la vue soudaine des horreurs immédia-tement voisines : les abîmes ouverts de tous côtés, cet énorme vide dufond duquel on ne voit monter que de grandes formes fracassées eteffrayantes, indescriptibles mélanges de neige et de rochers ; cétaient leslianes mêmes du Tour-Noir pareils aux ruines de quelque donjon démantelépar une explosion formidable ; cétaient ces empilements de rocs brisés,effroyablement penchés sur le vide, ces vertigineux couloirs dont la fuitefait frissonner ; ces glaces méchantes, plaquées aux flancs raides des granitset, par-dessus toutes ces choses horribles, les étranges caprices de ces entas-