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ALEXANDRE IL
traité de Bucharest, lorsque la mort vint le surprendre à Taganrog ; il n’avaitque quarante-huit ans.
Qu’allait faire l’empereur Nicolas? Le cabinet Britannique pouvait redouterque le successeur d’Alexandre, indigné de la mauvaise foi persistante du Divan,et se laissant entraîner par l’ardeur religieuse de son peuple, ne voulût inau-gurer son règne par un déploiement de la puissance militaire de la Russie.Un manifeste de guerre, revendiquant les droits que les traités donnaient augouvernement Russe et proclamant l’affranchissement de la Grèce, aurait faittressaillir d’espérance et d’allégresse les populations chrétiennes de l’Orient.L’Europe et l’Asie pouvaient être remuées jusqu’en leurs fondements. Le nou-vel empereur ne croirait-il pas, d’ailleurs, qu’une politique belliqueuse feraitdiversion à ces complots, dont la journée du 25 décembre avait révélé lessuites déplorables? Il importait donc de connaître ses desseins, et le duc deWellington, reçu en audience particulière, aborda courtoisement, mais entermes précis, l’objet de sa mission.
L’Empereur parla au duc avec sa franchise habituelle. Au sujet de laGrèce, loin de prétendre exercer une influence exclusive sur les affaires dece pays, il admettait parfaitement que tout ce qui s’y rapportait fût traité encommun par les Puissances. Quant à son désaccord avec la Porte, il neconsidérait pas comme une question Européenne une affaire issue de la vio-lation des engagements pris par la Turquie. Il dit que ni son gouvernement,ni l’armée, ni la nation, ne souffriraient que la Porte les trompât plus long-temps, ou que des États étrangers les empêchassent de se faire rendre justice.Il déclara, dans les termes les plus explicites, qu’il tiendrait strictement lamain à l’observation des traités existants. Tout ce que le duc de Wellingtonput obtenir fut la parole, que lui donna l’Empereur, de ne recourir à laforce qu’après avoir épuisé tous les moyens pacifiques conciliables avec ladignité de sa couronne et l’honneur de la Russie. Après avoir entendu lesdéclarations de l’Empereur, le duc de Wellington fut fixé sur la droiture etla fermeté de ce monarque.
Au moment où le duc, sa mission accomplie, quittait Saint-Pétersbourg, lechargé d’affaires de Russie à Constantinople remettait au Reïss-Effendi unenote où il énumérait les tentatives vainement faites par son gouvernement,depuis 1816, pour obtenir de la Porte l’observation du traité de Bucharest. Ilrappelait l’état de souffrance des trois provinces de Moldavie, de Valachie etde Serbie, placées, par les traités, sous la protection de la Russie et devenuesun sujet continuel de plaintes, de récriminations et de promesses toujourséludées.
Les griefs articulés n’étaient que trop fondés: la Moldavie et la Valachiesupportaient des vexations incessantes et succombaient sous le poids de leurs