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L' empereur Alexandre II : vingt-six ans de règne (1855-1881) / par C. de Cardonne
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ALEXANDRE II.

lorgueil et les préjugés des Turcs. Aux yeux des partisans des vieilles tradi-tions, ces réformes étaient sacrilèges. Il nen était aucune qui eût soulevéautant daversion et de haines que la création dune armée manœuvrant àleuropéenne, qui avait remplacé le corps des janissaires. Depuis que cettetroupe ancienne et nationale avait cessé dexister, laspect de Constantinopleétait sombre; linquiétude, le mécontentement, se lisaient sur les visages.

La destruction des janissaires avait été le résultat dun plan depuis long-temps conçu par Mahmoud. Renfermé jadis avec Sélim III, il avait étéconvaincu par ce dernier que le corps des janissaires, loin de répondre aubut de sa création, nétait plus à redouter que pour les sultans.

Lorigine de cette milice ( Odschak ) remontait presque au berceau de lapuissance Oltomane. Instituée par Orkhan, au quatorzième siècle, accrue parAmurat et par dautres sultans, elle avait, pendant trois cents ans, pris unepart glorieuse à leurs succès et à leurs conquêtes. Avec le temps, elle avaitdégénéré, défendant mal la Turquie contre des voisins aguerris et façonnés àla tactique moderne. Devenue trop puissante, insubordonnée, séditieuse, elledéposait les sultans à son gré. Vingt fois, elle avait mis, par des révoltes,lEmpire à deux doigts de sa perte, et, parmi les ministres de Mahmoud, lesplus habiles étaient daccord avec lui sur la nécessité de changer le systèmemilitaire de la Turquie.

Mahmoud était loin de partager les préjugés de ses sujets musulmans ; ilméditait de transformer son empire par des réformes, et aucune ne lepréoccupait autant que celle du régime militaire. Dans la pensée du sultanet des hommes gagnés à ses idées, la résistance des insurgés Grecs devaitsexpliquer par les vices de lorganisation militaire Ottomane. La guerre avaitchangé de face, depuis quIbrahim, avec ses Égyptiens disciplinés, était arrivéen Morée. Mahmoud, bien résolu à mener son projet à bonne fin, fit venir desinstructeurs, que lui donna le pacha dÉgypte, et des officiers étrangers, pourdresser les recrues Turques aux exercices en usage dans les armées des diversÉtats de lEurope. Lessai ayant réussi, il voulut étendre la réforme au corpsdes janissaires, et chaque orta dut fournir cent cinquante hommes, quiseraient soumis à la nouvelle tactique. Dès quon essaya dexercer ceshommes à la marche militaire et au maniement des armes, ils témoignèrentdabord une grande répugnance, bientôt suivie dinsubordination envers lesofficiers chargés de leur instruction.

Le 14 juin 1826, dans les casernes, des groupes nombreux éclataient enmurmures, en propos séditieux contre une réforme signalée par les janissairescomme « une violation de la loi musulmane », et des propos on en vint àune révolte ouverte et générale. Les factieux se répandirent dans Constan-tinople, mirent les plus riches hôtels au pillage, sans épargner les résidences