INTRODUCTION HISTORIQUE.
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faute, parce qu’ils étaient la principale force de la Turquie. Après les tueriesdu 16 juin, cette dissolution s’imposait fatalement à Mahmoud. J1 est vraiqu’il se préparait alors à la guerre avec une ardeur opiniâtre ; mais il nevoulait pas courir les risques d’une lutte gigantesque, en s’appuyant sur unetroupe qui avait essuyé de trop nombreuses défaites. La grande erreur deMahmoud fut de ne pas comprendre qu’il devait différer de se mesurer avecune Puissance telle que la Russie. VOdschak ayant cessé d’exister, il étaitobligé de réorganiser les forces de la Turquie, œuvre lente, difficile, à laquelleon ne touche qu’avec d’extrêmes précautions dans les pays les plus habituésà perfectionner leurs institutions militaires. Mahmoud voulait une arméeformée sur le modèle européen, et il ne se donnait pas le temps de lafaçonner au métier. En abolissant un corps qui comptait plusieurs sièclesd’existence, il semblait croire que son inflexible volonté suffisait pour que cettearmée acquît promptement toutes les qualités qui lui manquaient. Sans tenircompte d’obstacles de toute nature, qui ne pouvaient être surmontés quepar de longs et patients efforts, il condamnait violemment à de brusquesréformes une race réfractaire aux innovations, se complaisant dans l’immo-bilité, que l’orgueil, l’ignorance, des préjugés enracinés attachaient à sesanciens usages. Au milieu d’une guerre à laquelle il voulait imprimer uncaractère national et religieux, sa réforme, loin de rendre les Ottomans plusredoutables, devait comprimer en eux l’enthousiasme et l’esprit belliqueuxqui avaient eu leur principal ressort dans le fanatisme.
Des révoltes de pachas, l’insurrection Grecque et,tout récemment,le désastrede Navarin, avaient épuisé la Turquie. Mahmoud aurait dû comprendrequ’elle avait besoin de repos, afin de rétablir ses forces, et que plusieursannées seraient à peine suffisantes pour la formation d’une armée régulière,instruite et solide. Mais, entraîné par la violence de sa haine, dépourvu desens politique, il avait défié la Russie, sans mesurer les conséquences d’unefolle bravade.
Aux yeux des partisans des vieilles traditions, les réformes de Mahmoudétaient des profanations. De son côté, il n’était que trop porté à regarder latiédeur, le défaut de zèle, comme une trahison. Mais, si la sourde résis-tance, opposée à ses desseins, l’irritait, rien ne pouvait le détourner de sonbut. Quelque périlleuse que fût pour la Turquie l’invasion de l'armée Russe,Mahmoud, élevant son indomptable volonté à la hauteur du danger, affrontaitstoïquement une des luttes les plus formidables que l’empire Ottoman eûtjamais soutenues. Il se flatta qu’en déployant toutes les ressources de laTurquie, en mettant toutes ses forces en mouvement, il pourrait ramenersous l’étendard du Prophète la fortune des armes, depuis si longtempsinfidèle, bien résolu à sévir inexorablement contre les mécontents, contre