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L' empereur Alexandre II : vingt-six ans de règne (1855-1881) / par C. de Cardonne
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INTRODUCTION HISTORIQUE.

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faute, parce quils étaient la principale force de la Turquie. Après les tueriesdu 16 juin, cette dissolution simposait fatalement à Mahmoud. J1 est vraiquil se préparait alors à la guerre avec une ardeur opiniâtre ; mais il nevoulait pas courir les risques dune lutte gigantesque, en sappuyant sur unetroupe qui avait essuyé de trop nombreuses défaites. La grande erreur deMahmoud fut de ne pas comprendre quil devait différer de se mesurer avecune Puissance telle que la Russie. VOdschak ayant cessé dexister, il étaitobligé de réorganiser les forces de la Turquie, œuvre lente, difficile, à laquelleon ne touche quavec dextrêmes précautions dans les pays les plus habituésà perfectionner leurs institutions militaires. Mahmoud voulait une arméeformée sur le modèle européen, et il ne se donnait pas le temps de lafaçonner au métier. En abolissant un corps qui comptait plusieurs sièclesdexistence, il semblait croire que son inflexible volonté suffisait pour que cettearmée acquît promptement toutes les qualités qui lui manquaient. Sans tenircompte dobstacles de toute nature, qui ne pouvaient être surmontés quepar de longs et patients efforts, il condamnait violemment à de brusquesréformes une race réfractaire aux innovations, se complaisant dans limmo-bilité, que lorgueil, lignorance, des préjugés enracinés attachaient à sesanciens usages. Au milieu dune guerre à laquelle il voulait imprimer uncaractère national et religieux, sa réforme, loin de rendre les Ottomans plusredoutables, devait comprimer en eux lenthousiasme et lesprit belliqueuxqui avaient eu leur principal ressort dans le fanatisme.

Des révoltes de pachas, linsurrection Grecque et,tout récemment,le désastrede Navarin, avaient épuisé la Turquie. Mahmoud aurait comprendrequelle avait besoin de repos, afin de rétablir ses forces, et que plusieursannées seraient à peine suffisantes pour la formation dune armée régulière,instruite et solide. Mais, entraîné par la violence de sa haine, dépourvu desens politique, il avait défié la Russie, sans mesurer les conséquences dunefolle bravade.

Aux yeux des partisans des vieilles traditions, les réformes de Mahmoudétaient des profanations. De son côté, il nétait que trop porté à regarder latiédeur, le défaut de zèle, comme une trahison. Mais, si la sourde résis-tance, opposée à ses desseins, lirritait, rien ne pouvait le détourner de sonbut. Quelque périlleuse que fût pour la Turquie linvasion de l'armée Russe,Mahmoud, élevant son indomptable volonté à la hauteur du danger, affrontaitstoïquement une des luttes les plus formidables que lempire Ottoman eûtjamais soutenues. Il se flatta quen déployant toutes les ressources de laTurquie, en mettant toutes ses forces en mouvement, il pourrait ramenersous létendard du Prophète la fortune des armes, depuis si longtempsinfidèle, bien résolu à sévir inexorablement contre les mécontents, contre