INTRODUCTION HISTORIQUE.
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moi. » Rempli de douleur et d’amertume, il dit au maréchal Paskévitch :« Je suis frappé au coeur. »
Nulle part, en Crimée, les armes Russes n’étaient heureuses. Les alliés,descendus à Eupatoria, y avaient laissé une garnison, composée de Français,d’Anglais et de Turcs. Au mois d’octobre, un parti de cavalerie Russe, avecde l’artillerie, fit sans succès une tentative contre cette ville. On y éleva desouvrages de fortification, armés de pièces de fort calibre. Durant le courantde novembre, deux nouvelles attaques furent repoussées par la garnison.
Un jour, les Russes purent croire que les éléments allaient les consoler desrigueurs de la fortune. Le 14 novembre, Jes flottes alliées furent assailliespar une de ces tempêtes, comme il s’en élève, durant l’hiver, dans l’Euxin. Uneffroyable coup de vent brisa ou fit sombrer sur leurs ancres environ quarantenavires; le vaisseau de ligne Français, le Henri IV, fut jeté à la côte. La tem-pête déchaînait ses fureurs sur tous les mouillages qui abritaient plus de troiscents bâtiments de guerre ou de transport, depuis les rades d’Eupatoria et dela Katcha, jusqu’aux baies du cap Chersonèse et au portde Balaclava. Peu s’enfallut qu’ils ne fussent tous engloutis. La flotte Russe, enfermée dans la radede Sévastopol, ne put profiter du désastre.
Depuis le 25 octobre, les assiégeants, tenus en échec par l’armée Russe desecours, avaient dû ralentir les travaux du siège pour se prémunir contre denouvelles attaques; ils avaient couvert leurs derrières par une ligne de circon-vallation, ne cessant de se fortifier dans leurs positions. La saison étaitavancée, le froid sévissait. Revenus de leurs illusions sur la possibilité d’êtrebientôt maîtres de Sévastopol, les alliés étaient condamnés à une campagned’hiver, au milieu de fatigues et d’épreuves de toute sorte.