INTRODUCTION HISTORIQUE.
209
laume, prévoyant que la guerre, si elle se prolongeait, agrandirait inévita-blement son cercle et changerait de caractère en s’étendant, ne cessait d’in-sister pour que l’empereur Nicolas, au prix de sacrifices, se prêtât à un accom-modement.
Cédant aux conseils d’un parent et d’un ami, l’empereur Nicolas fit savoirau prince Alexandre Gortchakof, envoyé Russe en mission extraordinaire àVienne, qu’il « acceptait les quatre propositions pour servir de point de dé-part à des négociations de paix. » Le 28 novembre, le prince Gortchakoftransmit au comte Buol une note pour lui faire part de cette importante réso-lution. Deux jours après, le premier ministre d’Autriche répondit au Princequ’il venait de faire, de l’acceptation de la Russie, l’objet d’une communica-tion aux cabinets de Paris et de Londres.
Par suite de la rigueur de la saison, les opérations militaires étaient à peuprès suspendues en Crimée, et l’on pouvait croire que ce temps d’arrêt seraitfavorable aux négociations.
Tout en se ménageant l’appui éventuel de ses confédérés, comme grandepuissance Allemande, l’Autriche négociait discrètement, comme puissanceEuropéenne, avec la France et l’Angleterre. Depuis le grave échec des Russesà Inkermann, elle avait fait de nouveaux pas vers les cabinets de Paris et deLondres, et un traité s’élabora entre les trois Puissances, dans des pourpar-lers qui s’engagèrent à Vienne. 11 fut signé le 2 décembre. Ce traité reprodui-sait, en termes plus formels, plus positifs, les conditions de garantie spéci-fiées dans les notes du 8 août, et, au cours des conférences où les stipula-tions en furent fixées, les plénipotentiaires y avaient attaché les commentai-res les plus explicites. Il était dit, à l’article 4, que, si la guerre venait àéclater entre l’Autriche et la Russie, les puissances contractantes se promet-taient « leur alliance offensive et défensive, s’engageant, en outre, à n’accueil-lir, de la part de la Russie, aucune proposition tendant à la cessation deshostilités, sans s’être préalablement consultées. »
Dès que le traité du 2 décembre fut connu, on s’en exagéra la portée immé-diate dans une partie de l’Europe. Quoique les signataires lui eussent donnéle titre de traité d’alliance, il n’avait pas ce caractère. Le cabinet de Parisparaissait croire qu’une alliance offensive y était implicitement contenue, etl’empereur des Français, dans son discours d’ouverture de la session législa-tive de 1855, exprima l’espoir d’une prochaine coopération de l’Autriche. ALondres, on ne se leurra pas de la même illusion, et lord John Russell, dansle Parlement, alla jusqu’à dire que l’Angleterre et la France n’avaient réussi,après tant d’efforts, qu’à rendre l’Autriche arbitre de la paix, aux conditionsqu’il lui plairait d’approuver, et que le traité n’était qu’une duperie. En effet,
il dépendait de l’Autriche seule que des hostilités éclatassent entre elle et la
u
#