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L' empereur Alexandre II : vingt-six ans de règne (1855-1881) / par C. de Cardonne
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ALEXANDRE II.

Les gouvernements de France et dAngleterre sétaient engagés, on la vu,à laisser le traité du 10 avril ouvert à la signature des États qui voudraientsassocier à des hostilités contre la Russie. Le traité du 2 décembre devintpour la Sardaigne un motif déterminant de sallier à la France et à lAngle-terre, et lacte daccession fut signé le 26 janvier 1855.

Cette nouvelle défection, bien inattendue, causa à lempereur Nicolas unevéritable douleur. Sans motif avoué, sans le moindre grief, sans déclarationde guerre, le gouvernement Piémontais, oubliant les services que laRussieluiavait rendus, mettait à la disposition des alliés un corps auxiliaire pour allercombattre en Crimée. Dans une circulaire adressée aux agents de la Russie àlétranger, le comte de Nesselrode dit à ce sujet : « Si la cour de Turin violele droit des gens, lEmpereur ne veut pas faire de môme. 11 déclare donc lapaix comme rompue avec la Sardaigne par lacte dhostilité flagrante dont letort retombe sur le gouvernement Sarde. »

Laccession de la Sardaigne à la grande alliance anti-Russe inaugurait laparticipation des Étals de second ordre à laction des Puissances occidentales.11 était évident que ces Puissances travaillaient à constituer une ligue Euro-péenne contre la Russie, au moment lopinion se berçait de lespoir quela paix serait bientôt rendue au monde. Mais avant le jour marqué pour lou-verture des conférences, un grand événement produisait partout une sensationextraordinaire : lempereur Nicolas avait cessé de vivre.

Des revers, damères déceptions, se succédant coup sur coup, avaient pro-fondément attristé le grand Empereur. Depuis laffaire dinkermann, son noblevisage portait lempreinte de chagrins poignants. Ulcéré par la défection delAutriche, quil tenait pour une trahison, lhostilité du gouvernement Sarde,inexplicable à ses yeux, le blesssait cruellement . Les épreuves que traversaitla Russie laffligeaient dautant plus, quil aimait sincèrement son peuple, sifidèle, si dévoué, et que le prestige des armes Russes ôtait atteint. Le territoirede lEmpire était foulé par le Turc, cet ennemi naguère si méprisé, et unenombreuse garnison Turque, secondée par quelques bataillons Français, ve-nait de repousser une nouvelle attaque du général Liprandi contreEupatoria.Autour de lui, lEmpereur voyait des visages consternés, et, dans sa proprecour, il entendait des murmures, des paroles de doute et de mécontentement !Aucune torture ne lui était épargnée.

Au milieu de tant de soucis, il consacrait dix-sept heures par jour aux af-faires de lÉtat, ne sarrachant, par instants, «à un labeur accablant que pourse replier sur lui-même et méditer sur la gravité de la situation. 11 pouvaitcomprendre combien sa confiance et sa loyauté avaient été trompées, quellesillusions il avait trop longtemps entretenues, et il restait plongé dans unemorne désolation. 11 avait la mesure du dévouement de la plupart des hommes,