VINGT-SIX ANS DE RÈGNE.
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vertus pour un peuple, le rend quelquefois injuste. D’ailleurs, aux yeux de lanation, M. de Nesselrode personnifiait le système de la Sainte-Alliance, àl’érection duquel il avait coopéré avec zèle, et auquel il était fermementattaché. Or, quel avantage la Russie avait-elle tiré de ce système? Elle avaitveillé à ce qu’il fût maintenu en vigueur, elle l’avait fait prévaloir, endéployant la puissance de ses armes, lorsque la révolte menaçait les institu-tions monarchiques et les trônes, et, depuis qu’elle tenait tête à une formi-dable coalition, elle ne recueillait, pour prix de ses services, que l’ingratitude,l’abandon, des diatribes, des menaces ! Aussi, la nation demandait-elle qu’onrompît à jamais avec les traditions de la Sainte-Alliance, et l’empereurAlexandre II venait de déclarer formellement au corps diplomatique qu’elleavait cessé d’exister. Les tendances de l’opinion irritée étaient manifestementcontraires au système de politique extérieure que M. de Nesselrode avait serviavec dévouement, et il portait la peine des déceptions et des colères du peupleRusse. Mais le temps redresse bien des erreurs, et l’histoire assignera à cethomme d’État la place qu’il a méritée.
La mort de l’empereur Nicolas n’avait pas un instant interrompu les hosti-lités. Malgré la rigueur de la saison, on se battait avec acharnement devantSévastopol, et ces combats meurtriers se renouvelaient de nuit comme dejour. Il semblait que, de part et d’autre, on se fût fait un point d’honneur dela prise ou de la défense de cette place, comme si le sort de la guerre en eûtdépendu, et les efforts des belligérants étaient proportionnés à l’importancequ’ils y attachaient. Jamais on ne montra plus de bravoure et de ténacité.
Il fallait que la Russie donnât une vigoureuse impulsion à ses moyens dedéfense, d’autant plus qu’on pouvait craindre l’avortement des conférencesqui devaient s’ouvrir à Vienne. A la tête du ministère de la guerre se trou-vait un homme qui, sans être un de ces organisateurs de premier ordre,comme on en voit si rarement, suppléait à la puissance de l’esprit par uneapplication constante, par un zèle sans égal. C’était le prince Basile Dolgo-rouki, descendant d’une antique et illustre famille, qui a fourni un grandnombre de généraux et d’hommes d’État à la Russie. Son patriotisme, seshabitudes laborieuses lui faisaient supporter le lourd fardeau qui lui incom-bait. Il ne prenait aucun repos, sacrifiant tout au devoir. Il avait toutes lesvertus publiques et privées, et nul, autant que lui, ne mérita d’être surnommél’Aristide de la monarchie.
Ferme dans les résolutions qu’il avait solennellement manifestées, Alexan-dre II fit. appel au patriotisme et au dévouement de son peuple, imprimantl’action la plus énergique à tous les ressorts de l’administration militaire. Lanation répondit avec entrainement à cet appel de son Tsar; nobles, clergé,paysans rivalisaient de bonne volonté et d’ardeur. Un recrutement extraordi-