Buch 
L' empereur Alexandre II : vingt-six ans de règne (1855-1881) / par C. de Cardonne
Entstehung
Seite
233
JPEG-Download
 

YIN G T - SIX ANS DE RÈGNE.

255

depuis plusieurs jours, parut, dans le Moniteur universel du 27 mars, unarticle fort étendu, sévère, malveillant môme pour la mémoire du défuntEmpereur. Cet article, émané du cabinet de Louis-Napoléon, se terminaitainsi :

« La mort de l’empereur Nicolas va rendre plus libres, en leur donnantplus de sécurité, ceux que l’habitude d’une constante déférence attachait etretenait encore.

« L’empereur Alexandre, éclairé par les graves enseignements de celtedernière année du règne de son prédécesseur, comprendra qu’un grand rôlelui est réservé. En renonçant à la politique périlleuse de son père, il dépendde lui de rendre le repos à la Russie et de maintenir sa place dans le monde,en faisant de son avènement au trône la date d’une politique de réconciliationavec les intérêts généraux de la société européenne.

« Ainsi s’explique comment tant d’espérances se sont mêlées à l’émotionde cet événement si imprévu... Tout le monde a compris que la main de Dieu,en enlevant à la lutte le souverain qui l’avait engagée, avait fait disparaîlrele principal obstacle à la paix du monde. »

Dans ces lignes se révélait la pensée qui avait suggéré l’article, et il étaitaisé d’entrevoir le but que le chef du gouvernement Français s’était proposé.La paix qu’il lui fallait, il ne pouvait la conclure sans qu’on l’y aidât et sansun concours heureux de circonstances. Aussi, cherchait-il à capter les puis-sances Allemandes, et, afin d’obtenir leurs bons offices, il leur insinuait que,pour leur sécurité, il leur importait de s’affranchir des liens d’une constantedéférence. Mais comme l’avènement d’Alexandre II était loin d’avoir altéré lesrapports de la Russie avec ces puissances, il s’efforçait de leur persuaderqu’elles devaient user de leur influence pour faire comprendre au cabinet deSaint-Pétersbourg qu’une « politique de réconciliation » servirait aussi bienses propres intérêts que « les intérêts généraux de la société européenne. »

Sachant que l’Allemagne souhaitait la fin de la guerre, Louis-Napoléoncaressait l’espoir que les cabinets de la Confédération germanique uniraientleurs efforts pour décider Alexandre II à se départir de ses résolutions. LaRussie, sans doute, était en mesure d’opposer une longue défense, et, si lesarmes des alliés avaient été heureuses, leurs succès n’étaient pas assez décisifspour qu’elle subit les conditions que les cabinets de Paris et de Londres vou-laient lui imposer. Mais si l’action médiatrice et amicale des puissances Alle-mandes obtenait qu’elle fit de telles concessions, Louis-Napoléon pourrait secroire au faîte de la fortune; tout lui aurait réussi. Il avait contraint la Russieà faire la guerre, tourné contre elle l’opinion d’une grande partie de l’Europe,et la paix, telle qu’il la voulait, venant à se conclure, les échos de la publicité,qui le louaient comme le protecteur des droits des faibles, auraient célébré