VINGT-SIX ANS DE RÈGNE.
251
dessus, les conférences furent closes (4 juin 1855), et le comte Buol dit en-core que le cabinet de Vienne serait toujours prêt à transmettre aux puis-sances belligérantes, surtout si ce devait être dans l’intérêt de la paix, lesouvertures que les unes ou les autres pourraient avoir à lui adresser.
Les feuilles Viennoises, presque toutes hostiles à la Russie, accusèrent lecabinet de Saint-Pétersbourg d’avoir, par ses refus obstinés, fait échouer lesefforts de l’Autriche et des puissances occidentales pour le rétablissement dela paix. Quelques-unes de ces feuilles, dirigées par des Juifs à la solde desgouvernements Français et Anglais, firent retentir l’Europe de déclamationscontre la Russie, la rendant responsable de tous les maux qu’enfantait laguerre. Ces imputations, reproduites par une foule d’organes stipendiés, sou-levaient contre la Russie l’opinion de la partie paisible et si nombreuse despopulations, presque toujours étrangère aux passions politiques.
Lorsque la nouvelle de l’avortement de la conférence de Vienne fut an-noncée à la Chambre des Communes par lord Palmerston, l’assemblée éclataen applaudissements. Lord Clarendon, à la Chambre des Lords, afficha sansdétours la politique poursuivie par le cabinet de Londres. Il dit que les refusde la Russie faisaient aux puissances occidentales une situation nouvelle, etqu’elles se considéraient désormais comme affranchies de tout engagement.« La France et l’Angleterre, ajouta-t-il, n’entreront dans les négociations fu-tures que sous la réserve de traiter de la paix aux conditions qu’elles jugerontles plus favorables à leurs intérêts, en profitant de tous les avantages de laguerre. »
A l’exception des philanthropes, peu nombreux dans tous les pays, l’espritpublic, en Angleterre, approuvait cette politique acharnée contre la Russie,et l’on se félicitait chaudement de l’issue négative des négociations. Il enétait tout autrement en France, où l’on n’entrevoyait point à quel intérêt na-tional cette guerre, même après de grands succès, donnerait satisfaction.
En Russie, lorsqu’on apprit que les conférences n’avaient pas abouti, onn’éprouva aucun regret. L’opinion, exaltée, avait été irritée des exigences desalliés, et elle repoussait surtout la limitation des forces navales comme hu-miliante pour la fierté de la nation. Toutefois, le cabinet de Saint-Pétersbourg,en déplorant l’insuccès des négociations, déclina, devant le monde civilisé, laresponsabilité de la rupture. Dans un article d’une rare habileté, émané de lachancellerie du comte de Nesselrode, et qui s’adressait à la conscience detous les peuples, l’organe officiel constata que, si la question des Principautéset celle de la navigation du Danube étaient définitivement réglées, le méritede cette réglementation appartenait, pour une bonne part, au gouvernementimpérial. Après avoir rappelé combien le protectorat de la Russie avait étéfécond en bienfaits pour les principautés Danubiennes, l’organe officiel expli-