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ALEXANDRE II.
à grande distance, dans des conditions que le génie fécond du général Totle-ben et le courage des défenseurs de Sévastopol devaient rendre si pénibles.Après plusieurs mois, les alliés comprenaient qu’on avait trop donné au ha-sard, sans mesurer les difficultés de l’entreprise.
En succédant au général Canrobert, le général Pélissier était bien décidé àimprimer une impulsion plus énergique aux opérations du siège. Les instruc-tions qu’ils avait reçues lui en faisaient un devoir. D’ailleurs, les sacrificesd’hommes ne lui avaient jamais 1 coûté ; lorsqu’il guerroyait en Algérie, iln’avait pas plus ménagé le sang de ses soldats que celui des tribus indigènes,et l’armée Française, connaissant l’inflexibilité de ses résolutions, s’attendaitaux luttes les plus meurtrières. Il inaugura la prise de possession de soncommandement en attaquant des ouvrages avancés qui furent vigoureusementdéfendus, et dont il s’empara néanmoins, au prix de plusieurs milliers detués et de blessés.
Enhardi par ces succès, le général Pélissier se flatta d’emporter, par uncoup, d’audace, le système de fortifications qui protégeait le côté sud-est de Sê;vastopol. La clef de la défense était l’énorme bastion Kornilof, devenu depuissi célèbre sous le nom de tour Malakof. Le 17 juin, la puissante artillerie desalliés concentra scs feux sur les ouvrages qu’il s’agissait d’enlever. Dans lanuit du 17 au 18, toutes les dispositions furent prises pour tenter l’assaut.Au point du jour, plusieurs divisions Françaises s’ébranlèrent, tandis quedes forces imposantes, formant réserve, étaient massées en arrière.
Les Russes étaient sur leurs gardes. Dès que les têtes des colonnes Fran-çaises furent à découvert, elles se virent assaillies par une grêle de balles etde mitraille. Toutefois, elles firent bonne contenance et continuèrent de mar-cher résolument.
Les Anglais, de leur côté, formés en trois colonnes, étaient chargés de l’at-taque de l’ouvrage appelé le grand Redan. A peine sortis de leurs tranchées,ils essuyèrent un feu si vif, si nourri, de mitraille et de mousqueterie, queles hommes qui marchaient en tête étant tombés, les autres, jugeant impos-sible d’avancer, renoncèrent à l’attaque.
Au moment où les Anglais précipitaient leur mouvement de retraite, lesFrançais, sous un déluge de projectiles, faisaient des efforts incroyables pourprendre pied sur Malakof. Mais les Russes, n’ayant plus à repousser les An-glais, firent converger tous leurs feux sur les colonnes Françaises, dont lesrangs s’éclaircissaient à vue d’œil, et qui durent rentrer dans leurs tranchées.Les soldats, furieux, frémissants, n’avaient pas assez d’imprécations contreles Anglais.
L’affaire avait été courte, mais si chaude, si meurtrière, que le princeGortchakof la qualifia de terrible. Il adressa un ordre du jour à ses troupes