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L' empereur Alexandre II : vingt-six ans de règne (1855-1881) / par C. de Cardonne
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VINGT-SIX ANS DE RÈGNE.

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Pacha, commandant en chef de la place ; il le sommait de se rendre, en luioffrant des conditions honorables, mais il ne lui accordait que trois jourspour les accepter. Yassif réunit sur-le-champ un conseil de guerre pour déli-bérer sur la réponse à faire à cette sommation. Des résolutions désespéréesfurent proposées ; le général Williams les fît rejeter et conseilla de demanderà Mouraview un délai de dix jours, afin d’envoyer à Erzeroum un courrierdont on attendrait le retour, avant d’entrer en pourparlers sur les termesd’une capitulation.

On pouvait craindre que cette proposition ne fût pas acceptée par unhomme tel que le général Mouraview ; il y consentit néanmoins, sachant bienque les assiégés n’avaient aucun secours à'attendre, et un capitaine Anglais,muni d’un sauf-conduit Russe, partit immédiatement pour Erzeroum. Arrivédans cette ville, le capitaine se rendit chez le consul d’Angleterre, qui leconduisit chez Sélim-Pacha, commandant supérieur. Sélim déclara que ladésertion des milices avait tellement diminué les forces qu’il avait sous sesordres, à l’ouverture de la campagne, qu’il était hors d’étal de secourir lesassiégés. Le capitaine Anglais s’en retourna à Kars, en faisant diligence, etle conseil de guerre, de nouveau réuni, reconnut la nécessité de subir lesconditions imposées par le général Mouraview. Ces conditions, arrêtées le24 novembre, étaient les suivantes : la garnison obtenait les honneurs de laguerre et elle resterait prisonnière. Les réfugiés Polonais et Hongrois, auservice do la Turquie, conservaient leur liberté pleine et entière, ainsi queles employés civils. Les rédifs, les miliciens devaient retourner dans leursfoyers. Les officiers gardèrent leurs armes.

La prise de Kars terminait une campagne signalée par des faits de guerregigantesques. Après la chute de Sévastopol, ce succès adoucissait pour laRussie l’amertume d’une douleur récente. II était dû à l’indomptable persé-vérance du général Mouraview, qui fut chaudement et justement félicité. Lesamis de la Russie, en Allemagne, firent éclater leur joie. Un Te Deum futchanté à Rerlin, à l’ambassade Russe, et nombre d’officiers et de fonction-naires Prussiens, en grand uniforme, assistèrent à cette cérémonie.

La diversion tentée par Omer-Pacha avait été inutile, et, dans l’exécutionde son plan, il n’avait fait preuve ni d’activité, ni de résolution. Sa réputa-tion d’habileté était fort compromise. Quand il apprit la reddition de Kars, ilnlarchait péniblement au milieu des boues de la Mingrélie. Voyant qu’unecampagne d’hiver n’aurait pour lui que des difficultés et des dangers, il pritprudemment le parti de faire retraite.

L’hiver avait suspendu les opérations des belligérants en Crimée aussi bienqu’en Asie. En attendant la reprise des hostilités, ils travaillaient activementà accroître leurs moyens d’action. Le gouvernement Russe ne négligeait rien