VINGT-SIX ANS DE REGNE.
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l’Empereur se lenait derrière le char. Un drapeau noir, au chiffre Impérial,était arboré à la forteresse et le canon tonnait de minute en minute. Lescloches sonnaient partout. Le cadre au milieu duquel s’avançait le cortègeoffrait un aspect grandiose et émouvant. Tous les visages exprimaient l’af-fliction; le public et les soldats, formant la double baie, se signaient aupassage du char funèbre et essuyaient leurs larmes. Devant les églises, le chars’arrêtait un moment, et le clergé récitait de courtes prières des morts. Tousles rameaux de sapin, dont était jonchée la voie suivie par le cortège, furentemportés par la population, comme de pieux souvenirs.
Parti à onze heures et demie, le char funèbre, marchant avec lenteur,n’était arrivé qu’à deux heures et demie à la cathédrale de Saint-Pierre et Saint-Paul. Le cercueil entra dans le temple, porté par l’Empereur et les Grands-Ducs, et fut déposé sur un catafalque élevé sous un dais magnifique. Lecercueil n’était pas fermé, et jusqu’au jour des funérailles on se portait enfoule à la cathédrale pour baiser la main et contempler une dernière fois lestraits d’Alexandre II.
Le jour des funérailles avait été fixé au 15/27 mars. Elles furent célébréesavec la magnificence du rite oriental. Le jeune Empereur et l’Impératrice yassistaient avec tous les membres de la famille Impériale et tout ce que laRussie compte de personnages illustres ou marquants. La solennité étaitrehaussée par la présence de nombre de princes étrangers et de représentantsdes cours souveraines.
Toute la famille Impériale, l’Empereur à droite, a pris place sur l’estrade,de chaque côté du cercueil. Le métropolite de Saint-Pétersbourg officie.
Après la messe et les prières spéciales des morts pour le souverain défunt,commence un cérémonial émouvant. Le nouvel Empereur vient se meltre àgenoux, d’abord, à droite du cercueil, ensuite, à gauche; il dépose un baisersur le visage de son Père, puis, il se place debout, à l’extrémité du cercueil,près de la tête. Chaque membre de la famille Impériale et les princes étran-gers, l’un après l’autre, ét avec un pieux recueillement, accomplissent lamôme cérémonie. Le métropolite vient le dernier et, après avoir baisé l’augustedéfunt, il le bénit une dernière fois.
Le couvercle du "cercueil est apporté : Alexandre III enferme lui-même lemanteau Impérial dans le cercueil, donne un baiser suprême à son Père, puis,le couvercle, garni de roses blanhes, cache pour toujours le visaged’Alexandre II. Alors, le cercueil est enlevé du catafalque par l’Empereur, parles princes de la famille Impériale, et porté dans le caveau où reposent leursancêtres. Le moment est solennel ; tout le monde est à genoux ; au dehors,une foule immense prie et pleure, tandis que les troupes exécutent un feuroulant d’artillerie et que tous les canons de la forteresse tirent des salves.