CHAPITRE XII. — DE L’iNTERRÈGNE DE 1672. 189
témoignant qn’ils souhaitaient que cela se fit à Berne, et au milieudu mois d’avril. Mais le conseil de ville ne voulut pas acceptercette proposition pour bien des raisons, et surtout parce qu’un telaccommodement aurait fait une brèche à l’autorité souveraine et àla sentence des Trois-Etats.
Voici la copie de la lettre que Madame de Longueville écrivit àLL. EE. de Berne le 20 janvier 1673, servant de réponse à la leurdu 20 novembre précédent dont on a fait mention ci-dessus :
Magnifiques et puissants seigneurs,
Le gouverneur et les gens de mon conseil d’Etat établi à Neufchâtel, m’ayantenvoyé la lettre que YV. EE. leur ont écrite le 20 novembre dernier, et m’enayant déféré la réponse, j’ai trouvé qu’ils ont agi prudemment de ne s’être pasengagés de la donner eux-mêmes, sur une affaire de si grand poids, qui ne lesconcerne pas et qui regarde directement Mr. le duc de Longueville, leur princesouverain, mon fils. Son contenu m’a paru d’abord à moi-même de si hauteimportance, que j’étais sur le point de ne faire aucune réponse à VV. EE. sansen prendre auparavant l’avis des parents de mon fils; mais ayant depuis con-sidéré de plus près votre lettre, j’ai cru qu’il leur serait difficile de me le don-ner solidement, avant que de savoir plus particulièrement vos sentiments; j’aimême cru que je n’aurais pas besoin de le leur demander si VV. EE. étaientune fois mieux informées, et s’il leur plaisait de considérer que de tous les dif-férends qui surviennent dans les terres de la souveraineté de Neufchâtel, encoreque le prince et le souverain soient parties, la connaissance et le jugementen dernier ressort appartient aux Trois-Etats qui sont composés de personnesdu pays auxquelles les princes ont déposé l’exercice de la justice souveraine.
Que si l’on ne porte pas devant eux les controverses qui naissent entre leprince et la ville de Neufchâtel, et si en ce cas on s’en rapporte au jugementde VV. EE., ce n’est qu’en conséquence d’une disposition portée dans le traitéd’alliance et de combourgeoisie fait avec vous, laquelle disposition ne doit êtreentendue au delà de ce qu’elle contient ni à l’égard d’autres personnes ouparties que ce qu’elle mentionne, que toutes les fois qu’il a été question del’investiture et possession de la principauté de Neufchâtel, les prétendants se sonttoujours adressés aux Trois-Etats du pays, comme aux juges compétents ; et queVV. EE. veuillent davantage prêter l’oreille aux propositions qui leur sont faitespar des personnes qui abusent du nom de Madame la duchesse de Nemours.Les termes dans lesquels votre lettre est conçue marquent assez que si la civi-lité ne vous a pas permis de refuser de l’écouter, le désir que vous avezde ne rien entreprendre au delà du contenu de nos alliances et traités de com-bourgeoisie vous a engagés de souhaiter quelque information de ce dont il s’a-gissait, pour connaître si la matière était de celles qu’on a consenti par lestraités être remises au jugement et à l’arbitrage de VV. EE. J’espère que VV.EE. ayant cette information par ce que je viens de leur représenter, qu’ellesne penseront autre chose, sinon de témoigner en ce rencontre, à l’exemple deleurs louables prédécesseurs, qu’elles n’ont pas moins d’affection pour la con-servation des droits de mon fils que leurs ancêtres en ont autrefois fait paraîtreen faveur de ceux qui avaient été comme lui admis en la possession et inves-titure de la Principauté, par la suprême juridiction du pays. La créance que j’aique VV. EE. sont dans cette bonne et équitable disposition m’obligeait (quoi-que mon fils ait plusieurs autres alliés en qui il a une entière confiance) dem’adresser premièrement et principalement à VV. EE. (comme à des confédérésavec qui il y a une alliance plus étroite), si j’avais besoin d’assistance contre
LIVRE IL1673
Le conseil deville rejette laconférence pro-posée par LL,EE. de Berne.
Lettre de Mad.de Longuevilleà LL. EE. deBerne, en ré-ponse à la leur.
La princessesoutient la com-pétence desEtats.