CHAPITRE XIII. — INTERRÈGNE DE 1694. 295
l’étendue et sur les sujets et vassaux d’icelles durant la vie de nia dite dame,laquelle entend recevoir les dits fruits et revenus à son prolit et en disposer etagir aux dits comtés comme souveraine, et ainsi que faisait et avait droit defaire défunt Monsieur le duc de Longueville, son père; lequel usufruit néanmoins,ma dite dame se constitue tenir à titre de précaire. Et de plus, ma dite damese réserve par exprès la faculté de vendre et disposer à son profit, quand etainsi qu’il lui plaira, du fond et superficie de tous les bois de haute futaie etautres qui sont partie des dépendances des dits comtés de Neufchâtel et Val-lengin, et néanmoins si elle décédait avant que d’avoir vendu les dits bois, ilsdemeureront toujours unis aux dits Comtés, comme étant de leurs dépendances, etc.Elle réserve encore que le donataire ni sa postérité ne pourront vendre, en-gager ni autrement aliéner les dits Comtés, en quelque manière ou pour quelquecause que ce soit, que lorsque ses descendants mâles et femelles viendront àmanquer. La princesse leur substitue Philippe d’Orléans, marquis de Rothelin,et Alexandre d’Orléans de Rothelin, son frère puîné, issus de fils naturel de lamaison d’Orléans de Longueville, leurs hoirs et ayant cause, pour en jouir parchacun des dits seigneurs de Rothelin l’un après l’autre, et premièrement par ledit seigneur Philippe, ses enfants et descendants à perpétuité, tant mâles quefemelles, et ensuite par le dit Alexandre de Rothelin et ses enfants et descen-dants à perpétuité, etc.
Il est dit que le dit donataire et les substitués ne pourront faire aucune dé-traction ni rétention de quarte trébelianique falcidie légitime ni autres, sous quelprétexte que ce soit; que dame Gabrielle Eléonore de Montault de Benac deNouaille, veuve d’Henri d’Orléans, chevalier marquis de Rothelin, etc., mère tu-trice des dits Philippe et Alexandre, était présente et acceptante, etc.
Fait dans l’hôtel de Soissons, le jour et an que dessus, signé Ravenean etMouffie, notaires au Châtelet de Paris.
Madame de Nemours rétablit déjà d’avance Monsieur David Petit-pierre dans la charge de chancelier, comme il paraît par la lettresuivante qui lui lut écrite en suite de l’ordre de la princesse parM. Baron son contrôleur, datée de Pontarlier du 6 mars :
A Monsieur Petitpierre,
Son Altesse étant un peu fatiguée, m’a ordonné de vous mander, Monsieur,de dire à Monsieur d’Affry qu’elle lui ordonne de sortir du comté. Elle arriveralundi à bonne heure à Neuchâtel, où j’espère d’avoir l’honneur de vous assurerplus particulièrement que je suis
Votre très-humble et obéissant serviteur
Baron.
Cette lettre fut présentée le 7 mars, à 7 heures du soir, à M.d’Affry, par M. Petitpierre, accompagné de MM. Meuron, maire deBevaix et Chambrier, receveur des reliquats. Et au bas de cettelettre il fut écrit de la main de M. d’Affry :
Cet ordre n’est pas suffisant.
Fait au château de Neuchâtel ce 7 mars 1694 A 9 heures du soir. SignéD Petitpierre, S. Meuron comme témoins. A. Chambrier de même.
Madame de Nemours jugea alors à propos d’envoyer un secondordre, signé de sa main, qui portait ainsi:
„Son Altesse sérénissime Madame ordonne au sieur d’Affry de sortir, aussitôt„Ie présent reçu, du château de Neuchâtel.
„Donné à Mostiers ce 8 mars 1694.
LIVRE IL1694
Elle substitue hperpétuité lescomtés.
Elle rétablitM. D. Petit-pierre commechancelier.
Ordre à Mons.d’Affry de sortirdu pays.
Le gouverneurd’Affry refuse.
Mad. de Ne-mours lui or-donne de sortirdu château.
,Marie d’Orléans.'