CHAPITRE XV. — DE L’INTERRÈGNE DE 1707 . 495
s’empressèrent de lui faire, en lui demandant la permission d’aller à Neufchâtel,et ce que lui dit particulièrement l’un d’eux lorsque, pour renchérir sur le sa-crifice des autres, il s’offrit de commander les troupes qu’il plairait à S. M. delui confier, si elle voulait soumettre l’Etat de Neufchâtel.
L’autre observation concerne la contrainte dont ce monarque a usé enversMadame de Nemours en diverses occasions. Tout le monde a vu que non seu-lement il l’a gênée jusqu’à n’oser pas relever les atteintes données à l’autoritéqu’elle exerçait, mais qu’il l’a voulu obliger à faire rétablir un ministre qu’ellen’avait pas destitué et dont le rétablissement ne dépendait pas d’elle. Qu’outrecela il l’a forcée à se priver d’un gouverneur fidèle, dont le service lui étaittrès agréable, et qu’après tout en ayant nommé un autre, il voulait encorequ’elle le destituât.
Il est vrai que lorsqu’elle vit qu’on voulait pousser sa soumission à cetteextrémité, elle osa se roidir contre la volonté de son souverain et s’exposer àsa disgrâce, qu’il lui fit sentir par un long exil; mais c’est là un exemple sansexemple qui ne sera jamais imité, et l’on ne croit pas même que personne entretous les prétendants français voulût se dire capable d’en avoir seulement lapensée. En un mot on peut compter, après tout ce qui s’est passé, qu’un sujetde France ne sera jamais souverain de Neuchâtel comme on l’a dit dans leTraité sommaire) qu’autant et en la manière qu’il plaira au roi son maître.
Mais supposé qu’un prétendant, qui est dans la sujétion d’autrui, pût avoirune bonne volonté indépendante, pourrait-on dire qu’elle est à l’épreuve commecelle du Roi de Prusse et soutenue d’un si grand nombre d’exemples? Nonsans doute, puisque ce monarque est dans une élévation qui lui a donné lieuà marquer sa bénéficence royale d’une manière si universelle et si éclatante,que non seulement plus de cinquante mille Français persécutés, qui ont trouvéun asile et des établissements très favorables dans ses Etats, sont autant detémoins irréprochables de son inclination bienfaisante, mais qu’en général tousles peuples que Dieu lui a soumis peuvent en parler par leur propre expé-rience.
Et ce qui relève encore cette inclination, c’est la générosité et le désintéres-sement de ce bon Prince, qui ne se propose (comme l’on a déjà insinué) quede rendre les peuples de cette Principauté aussi heureux qu’il est possible, etnon de se rendre lui-même ni plus grand ni plus riche. Mais pourrait-on éga-lement attribuer ces vues à ceux qui n’ont encore point goûté de la souverai-neté, et qui pour en soutenir l’éclat trouveraient que les revenus de celle deNeufchâtel seraient fort à leur bienséance?
A ces trois caractères on peut en ajouter un quatrième, c’est celui qui setire de Vuniformité de religion. Il n’est pas besoin de dire de quelle force doitêtre cette considération, et quelle conviction elle doit opérer dans l’esprit despeuples de Neufchâtel et Valangin, qui professent une même religion avecS. M. P. Chacun peut se persuader de l’efficace d’un pareil motif, beaucoupmieux par ce qu’il en sent lui-même que par tout ce qu’on pourrait lui repré-senter; ainsi on ne s’étendra pas à montrer combien un nom si sacré est ca-pable de fortifier et d’affermir dans le cœur d’un souverain l’affection et labienveillance qu’il a pour ses sujets, il suffit de remarquer que dans tout cequi dépend du cœur, on ne peut s’assurer par rien de plus fort que les motifsde la conscience et de la religion.
Mais comme ce n’est pas assez de vouloir du bien à quelqu’un, si on n’a pasle pouvoir de lui en faire, il faut maintenant examiner si à ce dernier égardl’avantage n’est pas encore tout visiblement du côté de S. M. P.
C’est une vérité qui ne reçoit point de doute, puisqu’on ne saurait discon-venir que le pouvoir de S. M. ne surpasse de beaucoup celui de ses concurrents,
LIVRE II.1707
Reproche decontraintesfaites à Mad. deNemours.
Persécutionsà cause de lareligion.
Promesse duroi de rendreles peuples heu-reux.
Uniformité deculte.
Le pouvoir deS. M. surpasse