Band 
Texte
JPEG-Download
 

zo COTES D’ESPAGNE ET DE PORTUGAL , X111. Carte.

Tage jusqu’àson embouchure , les guarantissent des attaques des Ennemis. Les Portugais estiment si fort cette Ville, qu’ilsdiíent en Proverbe , que , qui n'a pas vu Lisbonne , n’a pas vâ une chose bonne. C’est à Lisbonne que se fait presque toutle Commerce de Portugal. On y envoyé des Froments , des Seigles . des Orges . ôc diverses sortes de Légumes, com-me Pois , Fèves ,*6cc. de toutes sortes dc Manufactures de Laine , de Soye , 6t de Fil d’Or & d’Argent, du Papier,des Cartes à jouer , des Cuirs apprêtez , & généralement de toutes les Marchandises qu'on envoyé en Espagne desquel-les il a été parlé dans la Carte précédente. On rapporte de Lisbonne des Canonnades 6c des Sucres de Brezil , du Ta-bac de Brezil . du Bois de Brezil , des Raisins & des Figues . des Confitures , des Citrons doux 6c des Oranges dou-ces , des Huiles & des Olives , des grands Cuirs de Brezil non apprêtez , du Gingembre , de la Cochenille , de l'In-digo , du Bois de Campéche , du Sumac , des Laines en quantité , de PAnis , des Drogues Médecinales 6c autres, desPerles , des Diamans & autres Pierres précieuses , & beaucoup d’Or.

A six ou sept lieues de Lisbonne vers le Midi , il y a encore une Ville des plus considérables de l’Estremadure de Por-tugal , c’est Setuval, ou Saint l bes , elle est fur la Côte , à l’embouchure du Zadaon. C’est une Ville forte , défen-due par une bonne Citadelle , & elle a un Port fort fréquente. Les Anglois & les Hollandois tirent de cette Ville unetrès-grande quantité de Sel ; depuis Saint Ubes jusqu au Cap de Saint Vincent on rencontre le long des Côtes quelquesSalines qui ne font pas d*une grande considération j mais après avoir doublé ce Cap , on vient à Lagos qui est une Vil-le bien fortifiée , & défendue' par une Citadelle ; elle a un bon Port z & elle est la Capitale de la Commerça de Lagos ,qui est la partie Occidentale de l’Algarve.

L’Algarve est une Province du Royaume de Portugal , qui n’a pas davantage que vingt-sept lieues de longueur , &Luit de largeur ; cependant il est un des plus fertiles Pais de toute l’Espagne , & du Portugal, & c’est pour cette raisonque les Mores qui Pont occupé long-temps , lui donnèrent le nom d’Algarve , qui signifie un c Campagne fertile. 11 pro-duit en abondance le long de la Côte des Olives , des Figues , des Raisins , des Amandes , &c. On en tire des Vinsfort estimez , fous le nom de Vin Sec Patav , ou Roman. Au reste , l’Algarve a Titre de Royaume, & on le divise endeux Comarcas , ou Territoires , celui de Lagos dont nous avons parlé , & celui de Faro , & de Tavila. Faro a unïìvêché dont le Diocèse renferme tout le Royaume des Algarves , elle est à six lieues de Tavila qui est une Ville défen-due par une Citadelle , & qui a un bon Port à l’embouchure du Xilaon , & à cinq lieues de Pembouchure de la Gua-diane vers le Couchánt.

La Guadiane est une des grandes Rivières d’Espagne , elle prend fa Source dans la Nouvelle Castille . elle va baignerplusieurs Villes dans la Castille , & dans l’Estremadure d'Espagne, & après avoir coulé quelque temps en Portugal, ellevient séparer le Royaume d’Algarve , de l’Andalousie , & se décharger dans le Golfe de Cadix , entre Castro-Morin &Aymonte. Toute la Côte voisine de Castro-Morin est remplie de Salines où l’on fait beaucoup de Sel.

L’Andalousie a titre de Royaume, & dépend de la Couronne de Castille. Elle est la plus fertile Province de l'Espa-gne , & produit en abondance tous les Fruits qui croissent ailleurs. On y cultive aussi du Cotton , & des Cannes deSucre. Ses Chevaux font estimez pour leur beauté & pour leur vitesse , c’est pour ces raisons qu'on rappelle le Grenier ,la Cave , 6c \’jE curie d’Espagne. Les lieux montagneux de cette Province ne font pas inutiles -, on y trouve des Minesd’Argent-Vif, d’Airain , d’Antimoine , de Plomb , de Vermillon , de Fer , & même d’Argent 6c d’Aimant. On faitfur ses Côtes de très-beau Sel, 6c on prend dans ses Mers une quantité prodigieuse de Tons z 6c d’autre Poisson. Or*remarque une chose particulière de l’Andalousie , c est que presque tous les Domestiques , quoi que Chrétiens , y fontEsclaves. Au reste , le Commerce le plus considérable de l'Espagne se fait dans cette Province. Elle a un bon nombrede Villes dont Seville est la Capitale.

Seville est , après Madrid , la plus grande 8c la plus considérable Ville d’Espagne. Les Espagnols en font tant de cas , qu’ils disentoue , qui ria vu Seville , n'a rien vû de merveilleux , & que quand Dieu aime quelqu'un , il lui donne une Maison à Seville. II y a dans cet-te Ville un Archevêché , une Université » un Parlement, un Tribunal dTnquisition, & un Bureau général où l’on porte tout l’Or &toutl’Argent qui vient des Indes pour l’Espagne , & où l’on réduit ces Métaux en Monnoyc. II y a dans Seville quantité de Convents &d'Egides , fa Cathedralle passe pour la plus grande d’Efpagne. Elle a un Clocher extrêmement haut, où il y a vingt-deux grosses Clo-ches , & il est si large & si commode , qu’on y monte á Cheval, & même en Litière. On allure que FArchevêque de cette Ville a centmille Ecus de revenu , & ion Chapitre íìx-vingt mille.

Seville la Vieille n’est plus qu’un Village à une lieue de Seville ; mais fa situation , les masures qu’on y voit , & le nom de 7 alca queces Campagnes portent, font juger qu’elle est l’ancienne ltalica Ville Episcopale , Sussragante de Seville , & Patrie des Empereurs Trajan,Adrien , & Théodose le Vieux , & du Poète Silvius Italiens. Seville est située fur lc Guadalquivir â seize lieues au dessus de son em-bouchure , & á vingt-deux au dessous de Cordouë.

Le Guadalquivir, autrement Rivière de Seville , est une des plus fameuses Rivières d’Espagne , les Anciens qui l’appelloient Bœtisìdonnèrent son nom à toute l’Espagne Betique , & les Mores l’appellérent Guadalquivir , qui signifie un grand Fleuve. 11 coule tout en-tier dans l’Andalousie , prenant fa Source vers les cousins de la Grenade , & baignant les Villes de Cordouë , dc Seville, de saint Lu-car , & autres , il fe décharge peu après dans le Golfe de Cadix.

San Lucar de Barrameda à l’embouchure de Guadalquivir » est aslez jolie , elle a un bon Port & un Château , mais point de Murail-le. On y fait beaucoup de Sel.

Le Golfe de Cadix est cette partie de l’Océan Atlantique qui est renfermée entre les Côtes de FAlgarve & de F Andalousie , vers leNord , & celles des Royaumes de Fez & de Maroc vers le Midi, depuis le Détroit de Gibraltar jufqu’â une Ligne tirée du Cap de saintVincent en Europe , à celui deCanrin en Afrique. Ce Golfe prend son nom de la Ville de Cadix qui est la plus importante de celles quifont fur ses Côtes.

Cadix n’est pas une grande Ville , mais forte & bien peuplée , avec un très-bon Port qui est fréquenté par toutes les Nations de FEu-rope. C’est-là où arrivent d’ordinaire les Flotes qui viennent de la Nouvelle Espagne ; & c’est delà aussi d’où elles partent tous les Ansenviron le mois de Mars ou d’Avril , ce qui rend cette Ville d'un très-grand Commerce* Les Négocians des principales Villes d’Espa-gne viennent â Cadix faire leurs Achats des Etrangers qui y font transporter leurs Marchandises , comme les François, les Hollandois*ies Anglois , & les Italiens qui y ont des Maisons & des Magasins. Nous avons remarqué dans la Carte précédente les Marchandisesqu’on porte dans les Ports d’Efpagne , & particulièrement á Cadix. Voici celles qu’on en rapporte, des Laines de toutes fortes très-fines,des Perles, de la Poudre d’Or , des Barres & Lingots d’Or & d’Argent, des Reauxou Pièces de Huit ; des Laines de Segovie & de Vi-gogne , du Bois de Campéche , de la Cochenille , de l’Indigo , du Cacao , du Tabac d’Efpagne , du Quinquina , & autres Drogues *de la Salfapareille , du Sel, des Cuirs deCarthagene , de la Havane , du Mexique , & de saint Dominguc : des Huiles de Seville Lc deMajorque , des Raisins longs & ronds, des Figues , du Vin de Malgue, deXeres , & d’Alicant ; du Saffran , des Amandes , duFer,du Savon , de l’Anis , de la Réglisse , &c.

11 est défendu fous peine de la vie á toutes fortes de personnes , â la réserve des Espagnols naturels, de négocier dans les Terres del’obéïssance du Roi d’E'pagne en Amérique ; mais voici comment on s’y prend. Les Négocians François , Anglois , Hollandois, ouautres, ont beaucoup de Marchandises â Cadix ; ils en vendent autant qu’ils peuvent aux Espagnols naturels pour charger les Galbons,& confient ce qu’ils n’ont pû vendre à deux ou trois Espagnols qui les embarquent pour leur Compte , & donnent leur Billet aux Proprié-taires , & une Promesse de îeuraporter les retours de la Vente qui aura été faite deídites Marchandises â Porto-Bello , qui est le lieu oùfe tient la Foire , où les Péruviens & les Indiens viennent apporter leur Argent. Les Espagnols font en cela très-fidelles & de bonne foi.

La Ville dc Cadix fut brûlée par les Anglois l’An ifpd. elle s'est bien rétablie ; cependant elle n’est pas fort grande, mais elle est bienbâtie , & forte , étant défendue du côté de la Mer par des Rochers escarpez , qui lui fervent de Remparts , Lc ayant du côté de la Ter-re un bon Fossé â fonds de cuve, & deux Bastions qui occupent toute la largeur que Piste a en cet endroit. Elle a un fort bon Port, dé-fendu par deux Châteaux bâtis fur les deux bords , Lc par un troisième construit fur un Rocher qui s’éléve au milieu de la Mer. Cadixest encore très-considérable par le Commerce , étant le Centre où aboutissent toutes les Marchandises que les Espagnols transportent auxIndes, & celles qu’ils rapportent en Europe. Enfin , cette Ville est encore ornée d’un Siège Episcopal Suffragant de Seville , elle don-ne son nom à la Baye , & à Piste de Cadix.

La Baye de Cadix peut avoir douze lieues de circuit, Lc deux de large , elle est défendue par plusieurs Châteaux , dont les principauxfont ceux de Puntal , Lc de Matagorda , situez vis à vis l’un de Pautre » â l’endroit le plus étroit de la Baye , autour de laquelle on voitle Port de Cadix , ceux de Sainte Marie , & de Porto-Real, Lc un grand nombre de Salines où l’on fait d’excellent Sel. ^

L’Iste de Cadix est près de la Côte de l’Andalousie , dont elle n’est séparée que par un Canal que l’on passe fur le Pont de Suaco; cetteIsle peut avoir environ six lieues de long , & deux â trois de large. On y voit deux Tours » restes d’un vieux Bâtiment que Pon appelleles Colomnes d'Hercules. Le Terroir est fertile en Pâturages si nourriífans , que les Bestiaux y créveroient si on n’avoit soin de les en retires.II n’y a cependant aucun lieu considérable que Cadix. Cette Isle est située entre l’embouchure de Guadalquivir, Lc le Détroit de Gibral-tar , donc la Ville qui est forte avec une bonne Rade á Popposite de Ceuta a été cédée aux Anglois,