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54 LA GUINE’EjÌTHI. Carte.

La Mer qui est entre Ardra & le Cap de Lopez Gonsalves . s'appelle quelquefois le Golfe de Guinée ou de Saint Thó-'mas , & il y a fur la Cote , qu'on nomme de Bénin, Biafâra & Gabon , plusieurs Rivières où on fait Négoce de Dentsd'Eléphant que les Noirs apportent aux Vaisseaux , 6c que l'on va quelquefois négocier à Terre principalement à Rio dzBenm ou de Formosa ; à Rio de Gabon , 6c à Capo de Lopez . On tire de ces endroits-là quantité d’Ivoire , de Cire , deMiel, de Cuirs , de T Ambre gris , 6c de l’indigo en quelques endroits. On porte dans tous ces Païs-là les mêmes Mar-chandises dont on a parlé à la Carte précédente . fur le sujet du Cap Verd & du Sénégal.

Toutes les Côtes que nous venons de decrire depuis le Cap Verd , outre la singularité des Habitans Noirs & Sauvages , font rempliesd’une infinité de Singes très-méchans & malins , de Tigres , de Lions , d’Elephans , &c. de Perroquets , & d’Oifeaux de toutes cou-leurs. II y a des Cerfs qui ne íont pas plus grands que les plus petits Chiens de l’Europe , & mille autres, fortes d’Animaux , d’Àrbres& de Plantes rares & inconnus. /

Les Portugais ont été les premiers qui ont découvert & fréquenté les Cotes Orientales de la Guinée ; mais ayant été chassez de leursHabitations par les Anglois , les Hollandois » &c. ils se sont retirez dans les Terres , Le ils y ont fait Alliance avec les Noirs qui ont aprisleur Langage, & qui les considèrent beaucoup. . , .

Le Golfe de Guinée ou de Saint Thome , renferme les Isles de Saint Thome > du Prince , de Fernando PoO , d'Annobon * &c. &l'on voit fur cette Côte , plus avant dans la grande Mer , Saint Matthieu , l’Afcension , &c. Celle d’Annobon donne du Sucre , duCotton , des Bestiaux , & d’excellens Fruits. Dans toute l’Isle il n’y a qu’une Bourgade de deux ou trois cens Maisons de Nègres , gou-vernez par trois ou quatre Portugais. L’Iste du Prince a une petite Ville ou un bon Bourg , & plusieurs Villages , dont les Habitans vi-vent fort â leur aise à cause de leurs Sucres , de leurs Fruits , & de quelque Gingembre qu’ils recueillent & qu’ils vendent : ils font gou-vernez par des Portugais , qui font aussi les Maîtres de Fernando Poo ; ils y ont bâti une Forteresse & quelques Villages. Enfin , detoutes ces Istes celle de Saint T home est la meilleure , & beaucoup plus grande que toutes les autres. Sa forme est presque ronde , onlui donne environ vingt lieues de diamètre. Les Portugais en font les Maîtres z ils ont bâti la Ville de Saint Thome fur la Côte Orien-tale de liste , où elle a un bon Port. Elle est défendue par une Citadelle , & on y a érigé un Evêché Suffragant de Lisbonne. Les Ha-bitans du Pais font partie Blancs , partie Noirs , partie Mulates. Les Européens n’y passent guère la cinquantième Année. Le Bled& les Vignes que les Portugais y ont transporté , n'y ont pas réussi ; mais elle produit des Racines nommées Bâtâtes dont on fait duPain , & des Palmiers dont on tire du Vin ; on y recueille aussi divers Fruits , du Gingembre , & on y nourrit quantité de Volailles,& des Pourceaux , dont la Chair est la meilleure de toutes. Mais la principale Richesse de l’Isle est le Sucre , dont les Habitans ont pûíburnir jufqu’à cent cinquante mille AroHe , l'A robe de z r livres » ce font cinq Millions de livres. Les Européens qui font la Traite desEsclaves , vont prendre des Rafraîchissemens aux Isles Portugaises, & principalement à Saint, Thomé , où les Hollandois ne vont pour-tant que rarement & quand ils ne peuvent trouver mieux.

Loan^o est un Royaume de la Basse-Ethíopie que les Portugais nomment Basse-Guinée. Son Terroir est si fertile , qu’on y recueillele Millet trois fois 1 *Année. 11 y a une fort grande quantité de Palmiers dont on tire du Vin qui est estimé davantage que celui de l’Eu-rope. Son Commerce consiste aux mêmes Marchandises qu'aux Côtes qui précédent. Les Peuples font par tout fort robustes & de belletaille ; ils reconnoisscnt un Dieu , ils adorent les Démons , ils circoncisent leurs enfans, le tout fans savoir pourquoi. Ils n’ont pour tou-tes Açmes que le Sabre , f Arc , & les Flèches. Ils ont deux Coutumes remarquables » l’une que les Femmes y font tout le travail dela Terre ; l’autre que les Enfans ne succèdent point à leurs Peres , mais les Frétés ont la charge delever les enfans du Défunt, & celas’étend jufqu’â la Famille Royale. Les Européens n’y peuvent trafiquer qu’après en avoir acheté la Permission par desPrésens qu’ils fontau Roi & à ses Officiers, qui font des gueux misérables , & qui s’estiment au delà du reste des hommes.

Le Congo est un grand Pais de la Basse - Ethiopie » & le Royaume de Congo est le plus grand Etat de la Région qui porte le nomde Congo. On donne â ce Royaume cent ou six-vingt lieues de Côtes , & deux cens de profondeur dans les Terres. L’Air y est fortchaud , & le Terroir arrosé par plusieurs Rivières , est fort gras & fort fertile. On y recueille deux fois l’Année le Bled Sarrazin , lesPhasoles , & les Fèves , on les semé en Janvier , & on les recueille en Avril : Les Mois de Mai, Juin,Juillet, & Août, font l’Hiverde cePaïs-là. On reféme en Septembre, & on moissonne en Décembre. Les Grains , les Fruits , les Eaux , les Volailles, les Poissons de Mer 8 Ld’Eau douce y font excellens. II y a des Mines d'Argent, de Fer, de Cristal, de Marbre , de Jaspe , de Porphyre , &c. mais desElephans dune si prodigieuse grandeur » qu’il se trouve de leurs Dents qui pèsent deux cens livres. II y a aussi des Moutons dont laqueue est aussi pesante que l’un des quatre quartiers , des Civetes * & une grande quantité de Bêtes sauvages. On trouve encore dans cePaïs une quantité extraordinaire d’Insectes , Mouches, Moucherons, Souris j & principalement des Fourmis. Elles y font ertsi grandequantité , que quand elles percent la muraille de quelque maison , il y en a d’abord un demi-pied partout j & elles font si grosses qu’el-les devoreroient les gens , & les Bêtes domestiques , si on ne les brûloir avec de la Paille; Les Habitans du Païs fortt Noirs * Robustes*mais Poltrohs & grossiers , à la réserve des Mulates , qui font nez d’un Blanc & d’une Noire * & qui font braves & intrépides; Ils niportent pour tout habit que quelques linges , ou quelques seuil les qui couvrent les Parties que l’honnêteté inspire de cacher » il y a mê-me plusieurs Sauvages qui ne les couvrent pas. Ils prennent plusieurs Femmes , n’ont ni Argent ni Or monnoyé ; ils fe fervent pour Mon-noye des Zìmbìs ou Courts . qui font une espèce de Coquilles de Mer, de petites pièces de Toilles comme des Mouchoirs , & d’Efclaves; LesPortugais qui font établis dans ce Pais depuis long-temps , y ont fait un fort grand nombre de Chrétiens , dont le Christianisme consisteordinairement à avoir reçu le Baptême fans aucune instruction , ni devant, ni après la réception de ce Sacrement. Ils y possèdent làVille de Loanda San Pauîo qui est bâtie fur une petite Isle du même nom , & tout auprès de la Côte de Congo. Elle est la Résidence deTEvêque d’Angola , elle a un fort grand & fort vaste Port. Elle est grande & belle pour le Païs ; il y a bien trois mille maisons de Blancsou Européens qui font bâties de Pierre & de Chaux » & couvertes de Tuilles , & un plus grand nombre de maisons de Nègres ou deCongolans qui ne font bâties que de Chaume & de Terre. II y a dans cette Ville un prodigieux nombre d’Efclaves. On dit que lesJésuites qui y font les Fonctions de Curez , & qui ont foin des petites Ecoles , en ont jufqu’à deux mille â leur Service. On n’y a pointd’Eau douce que celle qu’on va quérir dans les Rivières de la Terre-ferme avec des Canots. On y mange du Pain de Manioque / com-me dans 1 c Brezil. Les Hollandois n’y ont pas ou que peu de Commerce. Bamba a son Duc ou Capitaine héréditaire, mais dépendantdu Roi de Congo. Les Voyageurs modernes donnent â la Province de Bamba la grandeur des Royaumes de Naples & de Sicile jointsensemble. Elle est fertile & assez peuplée ; mais les Maisons y font peu de chose , comme dans le reste du Congo. II y a dans ce Païsdes Mines de Fer où l’on fait toutes sortes d’Instrumens pour remuer la Terre , & pour couper du Bois : II y a aussi des Mines d’Or*rnais on dit que les Peuples ne les travaillent pas de peur que les Portugais rtc leur fassent la Guerre. Les Habitans de Congo font pour-tant les plus Vaillans & les plus Robustes de tout le Païs du Congo. L’Histoirc ou la Relation des Portugais rapporte qu’en 15-84. centcinquante Portugais à la tête de huit ou dix mille de ces Peuples-ci, mirent en déroute une Armée de deux cens mille hommes du Royau-me d'Angola » d'où l'on peut juger combien il est peuplé ; il l’cst tellement, que les Portugais en tirent tous les Ans près de vingt mille

Esclaves. , . . ,

Le Royaume d* Angola dé pendoir autrefois du Royaume de Congo ; mais il en a secoué le Joug depuis environ cent cinquante Ans*& il a son Roi particulier, qui paye pourtant une efpéce de Tribut par forme de Présent annuel au Roi de Congo. Ce Royaume peutavoir quatre-vingt lieuës de long & autant de large ; ses Habitans sont extrêmement grossiers , mais robustes : C'est pourquoi l’An 1629.& 1630. Ferdinand de Soufa Gouverneur pour les Portugais de Loando San Faulo, voulant tirer du profit de leurs forces , ordonna âtous les Habitans de fa Dépendance de cultiver chacun une pièce de Terre. Ce défrichement parût d’abord rude aux Angolois ; maisayant vû en fuite les commoditez qu’ils en rccevoient, ils s’accoutumérent â l’Agriculture , qui est á présent fort en usage dans tout le Païs*particulièrement le long des Rivières & des Côtes. On y recueille des Fèves, des Oranges , des Limons , des Dates, des Ananas , duPoivre long , des Cannes â Sucre , des Noix de Coco, la Manioque , dont on moud la Racine pour faire du Pain * des Gommes , 8 cplusieurs Drogues dont les Portugais tirent un grand profit ; ils en tirent encore davantage des bonnes Mines d’Argent de Cambambeoù ils font travailler continuellement. Ils ont fait aussi dans ce Païs-là un grand nombre de Chrétiens , mais qui vivent fans connoissan-ce du Christianisme , comme dans le Congo , dont nous ferons encore quelques Remarques pour achever de remplir cette Page.

Les Peuples du Royaume de Congo ignorent la Chronologie , cependant ils savent leurs Histoires par les Régnes de leurs Rois , fansspécifier le temps. Ils n’ont point de Lettres, & encore moins d’Etude ; mais ils ont dans de certaines occasions le sens commun, com-me on en peut juger par ce qu’en rapporte un Historien. II dit qu’Emanuel Roi de Portugal qui étoit informé de l’ignorance deces Peuples , ayant envoyé une célèbre Ambassade au Roi de Congo , avec plusieurs Présens , entre autres de très-beaux Livres,& très-bien reliez , qui étoient les Canons , les Lcfix Impériales, les Ordonnances , le Droit Civil d’Inforciat, les Rubriques , ltíDigeste, le Code, &c. & avec ces Livres plusieurs Docteurs en Droit » pour en donner la connoissance , & en enseigner l’ufage.Quand le Roi de Congo eut entendu le sujet que tous ces beaux Livres pouvoient contenir , & fû la Profession de ces Docteurs;il en fut tellement surpris , qu’il demeura quelque temps fans dire mot : à la fin il fit mettre le feu dans ces Livres * dit qu’ilavoit crainte que cela ne renversât la cervelle de ses Sujets, & ne troublât la tranquillité de son Etat ; qu’il fe contentoit de fairejuger suivant la Raison , & qu’il ne falloit pas d’autre Interprète que le Sens commun : protesta qu’il demeuroit bon Ami d’Ema-nuel Roi de Portugal , 8 c lui renvoya ses Docteurs. II nous reste encore quelque chose â dire du Royaume d’Angola & de lafuite de ses Côtes, où l’on voie la Baye dç Gatenbela, dont une partie fait la Kn de cette Carte , & Tautrc partie le commen-cement de la Carte suivante.

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