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j S Partie la plus Occidentale des INDES ORIENTALES, X X. Carte.

de cette Isle font Mahométans , & ont un Roi particulier, Tributaire du Grand Turc , lequel s’est emparé du Cap deGuardefin & des Villes de Mete . de Garbora , & de Zeila , où íe fait le plus grand Commerce , elles font toutes troisfur les Côtes Septentrionales du Golfe de Babel-Mandel. Les environs de Zeila dont le Golfe entre fort avant dans lesTerres , fournissent encore une grande quantité de Froment , de Miel, d’Orge , d’Huile, de Sefame, &c. On y vendaux Turcs Sc aux Arabes un grand nombre d'Esclaves Abissins qui fe prennent à la Guerre , Sc en échange on y reçoitdes Armes , des Chevaux , des Harnois , des Meubles , Scc.

Babel-Mandel que les Portugais appellent Emtra de Bambe deAbexin , à cause de la Côte qu’on nomme ordinairementd'Abexin ou d'Abex . & qui est opposée à celle de P Arabie Heureuse , est un des plus célébrés Détroits de l’CcéanOriental. Cestl’entrée de la Mer Rouge , qu’on nomme aussi la Mer de la Mecque , Sc c’est pour cette raison qu’on luidonne aussi le nom de Détroit de la Mecque. Ce Détroit est fort peu large , Sc sort dangereux à cause des Bancs de Sa-ble , & des petites Isles qui font auprès, k on assure qu’il est appellé par les Arabes Bab-el-Mendeb - ou Bab-al-Aìanâab,qui signifie Porte d'Afflitfion J à cause des fréquens Naufrages

La Mer Rouge, ou la Mer de la Mecque - que l’on nomme aussi le Golfe Arabique , s’étend depuis te Détroit deBabel-Mandel , jusqu a la Ville de Suez , ayant la haute Ethiopie au Couchant , & au Levant P Arabie dont il prendson nom. Elle a environ trois cens soixante & dix lieues de long ; mais fa plus grande largeur ne va guéres au delà dequatre-vingt lieues. Ce Golfe est dangereux à cause des Bancs de fable . des petites Isles Sc des Ecueils qu’on trouvetouc le long des Côtes , particulièrement vers celle de i’Arabie , Sc du Détroit de Babel-Mandel. 11 y a deux chosesassez singulières dans cc Golfe. i. Une prodigieuse quantité de Corail , dont on trouve en plusieurs endroits des Fo-rées entieres qui ont quelques milles d’étenduë , Sc dont les Arbres font si grands qu’ils poussent leurs branches , ou plu-tôt leurs cornes , jusqu’au dessus de l’eau. 2 . On y voit une très-grande quantité d’Herbe que les Ethiopiens appellentZitph qui est rouge , propre à faire une efpéce de teinture de Pourpre , Sc bonne à manger ; & c’est véritablement decette Herbe que ce Golfe prit autrefois le nom de Mer Rouge. Au reste , les Sultans d’Egypte Sc les Empereurs desTurcs ont quelquefois entrepris de joindre cette Mer à la Méditerranée en perçant i’Istme de Suez , ou en tirant un Ca-nal du Nil au Golfe Arabique ^ mais ces desseins ont été fans effet.

Nous avonâ décrit ce qu’il y a de plus remarquable fur la Côte d 1 Afrique jusques au Détroit de Babel-Mandel. Voyonsprésentement ce qu’íl peut y avoir de considérable fur celle qui fuit. C’est un Païsdeíert Sc inculte, à cause de la trop gran-de Chaleur & de la disette d’Eau : la plupart des Habitans font Turcs Sc Arabes , Sc les Villes principales de la Côtesont Aftrequìco h Suaquem où le Turc tient un Bacba. Le Commerce s’y fait par les Turcs Sc par les Arabes , maisc’est peu de chose. Toute la Côte est couverte d’ifles Sc de Rochers , souvent stériles & toujours fort dangereux, ainsion ne doit pas s’y arrêter.

Suez à l’extrêmité de la Mer Rouge est une Ville de l* Egypte , avec un vieux Château & un Port, où les Turcstiennent quatre Galères , elle est environnée d’une'Campagne de fable , qui ne lui fournit pas même de l’Eau j qu’onest obligé dc faire venir de deux lieues loin. Ses Habitans ne subsistent que par le Commerce qui y est assez grand , par-ce que routes Ics Marchandises qui viennent des Indes en Europe par la Mer Rouge y sont déchargées , &delà transpor-tées au Caire , à Aiep , & à Alexandrie. C’est au Golphe de Suez qu’on fuppole être l’endroit où les Israélites passè-rent la Mer Rouge à pied sec Ce Golphe n’est séparé de la Mer Méditerranée que par un Isthme large environ de cin-quante lieues qui joint l’Asie à P Afrique ; il sépare ici les Côtes de P Afrique de celles de l’Asie , où nous allons entreren commençant par l’Arabie , dont les Côtes Sc Pétcnduë sont très-bien représentées fur cette Carte , on y voit qu’elle alà forme d’une Prefqu’lsle , bornée au Couchant par l’isthme de Suez , Si par le Golphe Arabique --au Midi par la MerOcéane qu’on nomme d’Arabíe > au Levant par le Golfe Persique d’Ormus , Sc de Bal fora , Sc une partie de PEuphratequi la sépare de la Perle ; au Nord elle a ehcore une partie dc PEuphrate qui la íépare de la Syrie. La longueur de cdraïs depuis le Détroit de Suez jusqu’au Cap de Raz-al-gate , est environ de cinq cens cinquante lieues , 6 c fa plus grandelargeur peut être de quatre cens soixante lieues. L’Air y est généralement fort chaud , mais il ne laisse pas d’être fortsain. On ne peut rien dire en général de son Terroir , il n’y a point de Région au Monde , où Pon voye tant de diver-sité à cet égard 5 ainsi nous nous contenterons de dire quelque chose de particulier touchant fes Habitans . & ce qu’il y ade plus remarquable le long de fes Côtes , principalement par rapport au Commerce qui y est très-considérable. Oncroît que la plus grande partie des Arabes font descendus d’ilmaël , fils du Patriarche Abraham & d’Agar , c’est pour cetteraison quils lurent appeliez anciennement Agarkns Si ismaélites. 11s prirent en fuite 1c nom de Sarrazins qu’ils crurentplus honorable. 11s donnèrent la naissance à Mahomet, Sc au Mahométifme , qui est encore aujourd’hui la Religiond’une grande partie de l’Asie Sc de P Afrique , Si ils fondèrent l’Empire des Sarrazins , fur les Ruines duquel celui desTurcs Si celui des Perses fe sont élevez, On ne les connoît plus aujourd’hui que fous le nom d’Arabes. 11s font secs Scbaíanez , mélancoliques , rêveurs , superstitieux , d’un regard farouche , mais fort sobres, jls sont divisez en deux or-dres ; les uns vivent dans les Villes , Sc s’attachent aux Manufactures , au Commerce , & aux Sciences : ils cultiventparticulièrement la Philosophie , PA Urologie , la Médecine Sc les Mathématiques. Les autres vivent à la Campagne fousdes 1 entes qu’ils transportent d’un lieu à Pautfe pour consommer leurs Fourages à la maniéré des Tartares ; ils font sé-parez cn Famille ou Tribus , dont chacune a son Chef qu’ils nomment Scherifs lis sont les plus grands Voleurs dtímonde. Un grand nombre d’entr’eux est toujours à cheval pour chercher fa Proye ) ce qui est la cause que dans leurPais Sc aux environs les Marchands ne voyagent que par Caravannes ; c’est à dire , bien escortez , Sc par grosses Trou-pes , lesquelles même font souvent pillées par ces Arabes. Cependant ils observent deux choses dans leurs Brigandages;ils ne fe volent point entre eux - Sc ils ne tuent point les Etrangers fans nécessité , fe contentant de leur enlever leursRichesses. La Langue Arabe est une des plus anciennes Sc des plus belles du monde ; elle en est du moins la plus étendue.Elle est la Langue vulgaire non feulement de P Arabie , mais aussi de la Syrie , de PEgypte , de 1a Barbarie Sc de plu-sieurs autres grands Pais de P Afrique Sc de l’Aíìe , Sc même de la Turquie en Europe ; puis qu’elle est la Langue fa-nante de tous les lieux où le Mahométifme est établi , Sc qu’il n’y est permis de lire l’Alcoran qu’en Arabe. On divisél’Arabie en trois Parties qu’on nomme V Arabie Deserte , Y Arabie Petrce . & Y Arabie Heureuse.

L’Arabie Deserte est dans les Terres au Levant de PEuphrate. L*Arabie Pctrée s’étend vers les Côtes de la Mer Rou-ge , à l’opposire du Golfe de Suez. C’est dans ee Pais que Dieu sit demeurer les Israélites pendant quarante Ans , aprèsqu’il les eut retirez d’Egypte ; c’est ici qu’il leur donna la Loi qu’il les nourrit de Manne , &: qu’il fit en leur faveurle grand nombre de Miracles que P Histoire Sainte nous récité ; mais c’est-là tout ce qui le rend considérable , car enlui-même il est tout rempli de Montagnes stériles , entre lesquelles sont celles de Sinaï , d’Oreb , de Rades Sc d’Hor. IIn’y a aussi que fort peu de Villes. Herat éroit autrefois la Capitale des Moabites , elle a aujourd’hui un Archevêché dé-pendant du Patriarche de Jérusalem. El-Tor, ou Efloro Porto âi Soldan d'Aqui , est une Ville qui a un mauvais Châ-teau où les Turcs tiennent toujours Garnison , c’est un grand Passage où les Caravannes s’arrêtent au retoûr de la Mec-que. 11 y a dans les Terres de son voisinage de PAlbastre parfaitement blanc , Si dans la Mer Rouge qui baigne fes Mu-railles de très-beau Corail ; elle a un Port par où Pon croît que les Israélites , ayant passé la Mer Rouge , entrèrent danslé Defertv Le Mont de Sinaï ri’en est éloigné que de vingt lieuës. 11 y a encore aujourd’hui proche de cette célèbreMontagne un Monastère de Sainte Catherine où toutes fortes de Pèlerins sont reçus par les Caloyers ou Religieux Grecsqui y demeurent. Au reste - cette Montagne est suivie de plusieurs autres qui s’étendent jusqu’au Golfe de Balsora &:qui séparent P Arabie Petrée Sc P Arabie Deserte , ds PArabie Heureuse. *

L’Arabie Heureuse , qu’on nomme dans le Pais Temen , est trois fois plus grande que les deux autres , & incompara-blement meilleure. On en tire de P Encens , du Baume , de la Myrrhe , de la Casse , de la Manne , des Gommes - duCorail, des Perles Sc des Cornalines. II produit le meilleur Cassé, Sc en très-grande quantité, qu’on transporte en Asie,comme én Europe. 11 nourrit des Chevaux Sc des Chameaux qui font estimez ; on y voit un assez grand nombre de Riviè-res - les Chaleurs y sont grandes , mais la longueur des nuits , & les Rosées qui y sont abondantes , rafraîchissent p Air

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