7o Partie la plus Orientale des INDES, depuis Comorin jusqu au JAPON, XX 1 . Carte .
tout ce nue vous pouvez souhaiter pour quelques morceaux de Toilles qu’ils prennent en échange. En quittant Pout-Timaon il faut toujours côroyer les Terres , à deux , trois , ou quatre lieues , la Sonde ala main ^ ans jamais lesper-dre de vûë Sc ne pas s’en éloigner que jusqu’à ce qu’on puisse mouiller par les vingt ou vingt-cinq Brasses d eau pourle plus ; & ordinairement par les huit. dix . douze . ou quatorze. C'eít une néceslite de prendre toutes tes précau-tions parce que le Vent vient ordinairement de la Terre , & que les Gourans portent au large » & qu amli si Ion s’e-cartoit trop loin des bords , on se meuroit sous le Vent , & ce ne seroit que très-difficilement, avec bien des risques,s, un rrèc prand retardement. qu’on pourrolt gagner la Rade de Siam , si on etott tombe íur les Cotes de Cambodia oude Camboye. Mais retournons au Détroit de Banca & supposons qu’un Vaisseau quil’a passé , veut continuer la Routevers la Ville de Malaca ou plus loin vers Pegu : alors il faut avertir le Pilote qu il y a une infinité d Isles , de Rochers,s, dec bas fonds semez en divers endroits de ces Mers ; qu il y a ausli des Gourans fort grands , fort frequens , fr foreinconstans , touchant lesquels l’expénence ne peut a ( prendre autre choie aux Pilotes . sinon que dans ce Trajet de Mer,ils doivent être continuellement fur leur garde pour mouiller lors que le Vent devient contraire . ou qu i n est pas assezfort, pour surmonter les Gourans , ou pour lever 1 Ancre ausswot que le Vent devient un peu favorable, parce quilfa.it nrofiter dn remos le plus qu’il est poslible. Etant lortt du Détroit de Banca , il faut passer par le travers de la Ri-viére P de Palimbam , P & puis par celui du Golfe de Jambi , où l’on peut mouiller, & lors que les Habitans de la Côtevoisine vous appercoivent , ils viennent avec leurs Canots vous apporter des rafraichiílemens , quils donnent pour desmorceaux de Toillê Après cela , il faut dépasser plusieurs Isles qui s’étendent jusques sous la Ligne . & mouiller pen-dant la nnir dans tout ce Parage t mais pendant le jour l’on doit profiter des Gourans qui sont rapides , & qui vous pouf.t t en peu de temps sor les clte’s de Malaca . & même jusqu'à la Rade de la Ville de ce non, On y peut mouillât. Sctirer de cette Ville les rafraîchissemens dont on a besoin. En quittant cette Rade il faut doubler le Cap voisin , faire enmême temps le Sud-Oiiest pendant quelques Horloges ; puis courir au Nord , pour parer le dangereux Banc de Pulo-Parcelar , dont le nom est marqué dans la Carte . fur la Côte de Malaca, vis -a vis ce Banc. Apres cela, il faut côtoyer leRoyaume de Ferach qui abonde en Etaim , & dépasser Pulo-Sambilaon , ou les neuf Iiles , 6c y mouiller si 1 on a besoinde rafraîchissemens Les Hollandois y ont une Loge depuis long-temps . & on y a toujours fait un beau Trafic d’Etaim.De cette Isle on peut naviguer à pleine Voile jufqu’aux Côtes de Pegu . d’Aracan > 6cc. pourvu que le Pilote sache prendreson temps pour eviter les Moussons . 6c qu’il facheprositer des Vents favorables qui règnent suivant les Saisons. II doitprendre earde de ne pas toucher aux Isles de Seyer , dont les Habitans sont des efpeces de Géants cruels 6c Antropopha-<^es Que si le Vent d'Est pousse le Vaisseau vers les Isles d’Andomaon 6c de Carnicobar ou ses Voisines , il faut passerpar le Détroit qui est entre ces deux corps d'Istes 6c les éviter , parce que ces Insulaires sont encore plus grands 6c pluscruels que ccux de Seyer. Mais si l’on est Maître du Vent , après avoir dépassé les Isles de Seyer , il faut mettre le Capvers les Isles des Cocos. La plus grande de ces Isles abonde en Cocos 6c en bonne Eau. 11 y a fur ses Côtes une quan-tité prodigieuse des plus beaux Coquillages quson puisse trouver aux Indes ; sabord de cette Isle est difficile à cause demille Roches aiguës qui l’environnent, ainsi il faut mouiller au large , 6c même attendre la haute Marée pour y envoyerla Chaloupe , car à la basse Marée il faut fe jetter à l’eau jusqu au cou pour saborder. La petite Isle voisine nommée Pe-riparis abonde aussi en Cocos . elle a une chaîne de Roches qui brise plus de trois lieues en Mer , on la laisse à gaucheaprès Lavoir rangée d’assez proche. Alors on commence à découvrir les Côtes de Pegu que nous avons expliquées page65. 6c qui sont représentées dans la Carte* Mais c’est ici le lieu de parler de quelques Isles voisines de ces Côtes. A qua-tre lieui. s de la Terre-ferme de Pegu , 6c au 16. Degré ou environ de Latitude Nord , il y a les deux Isles Negrailles oùNe^erades . la grande ou la petite , entre lesquelles on peut fort bien se mettre à l’abri, en cas de mauvais temps , cesdeux Isles'n’étant séparées que d’une portée de Canon. On peut aussi en cas de besoin faire de 1 eau & díi bois dans lapetite Negraille . & prendre des Rafraîchissemens & des Vivres en abondance dans toutes les deux qui ne font habitéesque dune multitude innombrable d’Animaux sauvages qu’on y voit par troupes , & de toutes sortes de Gibier qui sc pré-sentent devant les yeux . & dont la Chasse est très-facile. Au 19. Degré de Latitude Nord ou environ . on trouve riflede Chedube qui est toute couverte de Bois , où il y a des Bestiaux en abondance , 6c des Poules exrraordinairement hau-tes . mais les Habitans y sont si sauvages , 6c toujours si bien armez de Lances & de Flèches , qu’il a été impossible jus-qu’à présent de traiter avec eux , ni pour Argent , ni pour les Marchandises qu’on leur montroit de loin. Le s autrespetites Isles voisines de Chedube n’ont rien de remarquable , ainsi nous passerons à celle de Ceylon , après quoi on re-montera pour décrire les Isles Moluques , 8c pasler delà à la Mer du Sud qui confine auxdites Isles.
Ceylon est une des plus belles , des plus riches , 8c des plus fertiles Isles de 1 Asie , 6c de^tout I Océan Oriental. SesHabitans 6c les autres Indiens la nomment FcnuTiJìn , c est a dire , la Terre des déliées. L Air de Ceylon , quoi quechaud . y est pourtant fort supportable. Le Terroir est hérissé presque par tout par des Montagnes fort hautes , princi-palement vers le milieu de Liste , 6c on y volt en plusieurs endroits de grandes Forêts , si épaisses qu elles font presqueimpraticables. Le reste du Pais qui est bien cultivé , est fort fertile en toutes sortes de Fruits * en Figues, en Grenades,en Oranges , en Limons, en Citrons , en Sucre, en Tabac , 8c principalement en Ris 6c en Légumes. On y trouve aussidu Gingembre 8c du Cardamome,. On y trouve des Eléphans en quantité , des Bustes , des Elans, des Cerfs , desSangliers , des Poules , des Paons , des Pigeons , 6cc. Les Montagnes fournissent des Rubis , des Emeraudes, desSaphirs , des Topascs , des Yeux de Chat. 6c d’autres Pierres précieuses de couleur j & ía Côte Occidentale fourniedes Perles en abondance , 6c fort estimées. Mais ce qui rend cette Isle célébré dans tout L Univers , 6c encore plus utile6c plus agréable pour ses Habitans que toute autre chose , csest qu’on trouve dans les lieux incultes, des Bois entiers d’Ar-bres de Canelle la meilleure qui soit au monde. L’isle de Ceylon se divise en deux Parties , le Ceylon Hollandois , &le Royaume de Candy ou Candea. Le Ceylon Hollandois renferme toutes les Côtes de LIsle dont le Canneland , c est â
dire , le Pais où croît la Canelle est la principale Contrée. . .
Colombo est aujourd’hui la Ville Capitale des Hollandois dans LIsle de Ceylon , & le Gouverneur y résidé. Elle estforte par fa situation , fur une petite langue de Terre qui est presque toute entourée de la Mer , elle a aussi quelques For-tifications , 6c une Citadelle avec un bon Fossé plein d’Eau. Le Port y est fort bon pour les Vaisseaux d’une médiocregrandeur j mais les gros Navires sont obligez de mouiller a la Rade , qui est un peu au dela de ía Baye. Dernere laVille à L Est , 8c au Nord , il y a d'agréables Campagnes bien cultivées , des Etangs 6c des Rivières qui soumissent duPoisson en abondance , 6c des Bois qui produisent la meilleure Canelle 6c en quantité ; à LOiiest les Rochers fur quoielle est bâtie , sont battus des Flots de L Océan. A cinq lieues de Colombo , en tirant vers le Nord » il y a fur cetteCôte Occidentale , la petite Ville de Negombo qui est bien fortifiée , 6c qui a un très-bon Port ; & en tirant vers leSud , depuis Colombo juíqu’à Punto-Gallo, on trouve le long des Cotes trois ou quatre petites Bourgades, commeBarbrin , où Pon travaille à la Canelle , 6c à séparer la sine de la médiocre 6c de la grossière , 6c I on peut aller de Luneà l’autre par Terre en route seureté. Les Eléphans sauvages sont a craindre dans la Campagne , 6c proche des Bois pen-dant la nuit ; mais quand elle approche , les Voyageurs font de gros Feux , & battent la Caisse 8c les Bassins pour lesépouvanter. Les Eléphans de l’isle de Ceylon sont estimez les plus beaux , & les plus intelligens qui soient au monde,au moins si on peut leur attribuer cette qualité : l’on en voit a Punto-Gallo , a Mature , 6c ailleurs en quantité, d’unegrandeur .extraordinaire , 6c qui fe prêtent à tous les services les plus difficiles , avec autant 6c plus d’adresse 6c dc doci-lité , que ne font les Chevaux en Hollande ou ailleurs*
Punto-Gallo est une petite Ville située fur une Pointe de Terre , d’où elle prend son nom , 6c qui joint Ia Côte Mé-ridionale de Ceylon avec l’Occidentale. Elle est bien fortifiée , & toute entouree de Murailles » de Remparts , de Fof-sez , &c. Son Port est fort fréquenté , 6c la Baye où il est situé est fort spacieuse , 8c capable de contenir un grand nom-bre de Vaisseaux ; mais à son embouchure il y a des Rochers sous l’Eau . qui en rendent l’entrée dangereuse. Par cetteraison on entretient dans la Ville un Pilote Lamaneur bien expérimenté, pour conduire les Vaisseaux dedans 6c dehors. IIarnve encore que quand les Vents d’Est souflent, les Vagues s’éléyent furieusement dans cette Baye, A les Vaisseaux s'y