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SEPTENTRIONALIA AMERICA à GRONELAND1A,per Tractus Davidis ôc Hudíòn , ad Terram-Novam.

Parties les plus Septentrionales de T A M E R I Q U E’

Vingt-huitiéme Carte qui représente les Cotes du Laborador , du Détroit Q } 9 de la Baye de Hudfon , dela Nouvelle Bretagne , du Nouveau JValles Sud Nord , les Bayes de Button Qf de Bassins , leDétroit de Davis , les Côtes Occidentales de Groenlandt , où l’on achève le tour du Monde.

EXPLICATION

L A Terre de Laborador , que l’on nomme autrement YEstotilande . ou la Nouvelle Bretagne , est un grand Paisqui confine à la Nouvelle France , ôc aux Isles de Terre-Neuve , vers l’embouchure du'Fleuve de Saint Lau-rent* Les Peuples qu’on y nomme Esquimaux en font si sauvages qu'on n'a pu jufqu’à présent les humaniser , ôcils ne différent gueres des Bêtes. On dit qu’AntoineZemi Vénitien découvrit cette Terre , cnvironl’An 1390. ôcque Jean Scolve Polonois la reconnut en Ï4.77. II y périt en Mer , auslì bien que Michel Cortcreal qui lui avoir donnéson nom cpi’on trouve encore dans quelques Cartes. Les Danois fe vantent d’avoir été les premiers qui ont côtoyé cegrand Pais dont on ne connoît encore que les Côtes , elles font remplies de Ports , de Havres , ôc de Bayes, où lesBarques du Canada ont accoutumé d’aller troquer des Peaux de Loups Marins durant l’Eté , avec ces Sauvages. Voicicomment cela fe fait ; dès que ces Barques ont mouillé P Ancre les Sauvages viennent à Bord dans de petits Canots dePeaux de Loups Marins cousues ensemble , qui font faits à peu près comme des Navettes deTisseran, au miîieudesquelson voit un trou en forme de celui d'une Bourse , où ils fe renferment, aísis fur le$ talons. avec des Corde?. Ils rament decette maniéré avec de petites Palettes , tantôt à droit Le tantôt à gauche , fans pancher le corps , crainte de renverser,Dès qu’ils arrivent près de la Barque , ils montrent leurs Pelleteries au bouc de P Aviron , ôc demandent en même tempsles Couteaux , la Poudre , & les Balles dont ils ont besoin , des Fusils , des Haches . des Chaudières , &e. Enfin cha-cun montre ce qu’il a, & ce qu'i! prétend avoir en échange 5 le marché conclu - ils reçoivent, & donnent tout au boucd'un Bâton. Si ces Barbares ont la précaution de ne pas entrer dans les Barques , l’on y est auslì fur fes gardes pour nepas fe laisser investir par une trop grande quantité de Canots ; car ils ont enlevé assez fojuvent des petits Vaisseaux pen-dant que les Matelots étoient occupez à manier & à remuer les Marchandises. 11 faut bien prendre fes précautions pen-dant la nuit t car ces Sauvages savent faste de grandes Chaloupes , qui vont auslì vite que le Vent, & dans lesquelles ilspeuvent fe mettre trente ou quarante. Ç‘est pour cela que les Maloitins qui font la Pèche des Morues au petit Nord fontobligez d’armer des Barques longues pour courir le long de la Côte , & les poursuivre ; car il ne se passe guére§ d’An-nées que les Sauvages ne surprennent à Terre les Equipages , & ne les tuent , enlevant auslì quelquefois les Vaisseaux.Quoi qu’on n’ait point de connoissance de l’intérieur de ce Pais , on fait pourtant par les Voisins qu’ils y font plus detrente mille Combattons , mais si lâches & si poltrons , que cinq cens Sauvages de la Baye de Hudfon , ont accoutuméd’en battre cinq ou six mille - ils ne laissent pas d’avoir la hardiesse de passer tous les jours à Piste de Terre-Neuve parleDétroit de Bellisle , mais iís n'osent pas s’avancer jufqu’à Plaisance , craignant d’y trouver des Européens , ou mêmed’autres Sauvages fur les Côtes voisines.

A cette Terre de Laborador , est jointe la Baye de Hudfon qui s’étend depuis le cinquante-deuxiéme Degré & trenteMinutes de Latitude , jufqu’au foixante-troisiéme. Voici d'où cette Baye a tiré son nom. Le Capitaine Henri Hudfon ,Anglois , ayant obtenu un Vaisseau Hollandois pour aller à la Chine par le Nord ; fur les Mémoires de Frédéric AnfchìlPilote Danois son Ami, il abandonna le premier dessein qu’il avoit formé de prendre fa Route par la nouvelle Zemble , &cherchant un Passage par le Nord d'Amérique , il prit fa Route vers ía Terre de Laborador. La première Terre qu’ildécouvrit, fut la Baye Sauvage située au 54. Degré de Latitude , comme elle est marquée fur cette Carte ; de là rangeantcette Côte , il entra dans le Détroit qu’il appelia de Hudfon. En fuite navigant toûjours vers l’Oiiest , il traversa lagrande Baye qu’il nomma auslì de Hudfon &c celle de James -, puis aborda certaines Côtes situées Nord ôc Sud , qu’ilnomma Nev) Sotit-Walks , ôc New Nord-stalles. Alors il courut au Nord - le Hâtant de trouver un Chemin ouvert pourtraverser la Mer dejejfo , ôc passer au Japon , mais après avoir cinglé julqu’à la hauteur du Cercle Polaire, & couru ris-que de périr mille fois dans les Glaces , fans trouver aucune ouverture ni passage , il prit le Parti de retourner par la mémeRoute qu’il avoit tenue dans fa Course. Mais comme la Saison étoit fort avancée , & que les Glaces couvroient déja lasurface de l’Eau . il fut obligé d’entrer dans la Baye de Hudfon » Ôc de passer l’Hiver dans le Port marqué dans la Cartepar ces mots , Hic hibernavit Hudfon , où plusieurs Sauvages fournirent à son Equipage (Jurant l’Hiver , des Vivres Sc detrès-belles Pelleteries. Dès que la Navigation fut libre pour les Vaisseaux , il s’en retourna, ôc ce fut fur le Rapport qu’ilen donna , que les Anglois sirent des tentatives pour établir un Commerce avec les Sauvages deçette Baye. La quantitéde Castors ôc d’aurres belles Pelleteries qu’il avoit trafiqué durant l’Hiver , donnèrent dans la vuç à quelques MarchandsAnglois qui formèrent une Compagnie pout entreprendre ce nouveau Commerce. 11 s fournirent pour cet effet quelquesBâtimens au Capitaine Nelson , qui en perdit quelques-uns dans les Glaces vers le Détroit de Hudfon, après avoir failli lui-méme à périr. Cependant ií entra dans la grande Baye , ôc fe plaça à ^embouchure d’une grande Rivière qui prend ikSource vers le Lac des AJJìnipouals , ôc se décharge dans cette Baye , où il sic construire une Redoute défendue par quel-ques Canons que les Anglois ont toûjours nommée le Fort de Ndfin » mais les François descendirent bien-tôt du Canadapar les Rivières pour chasser les Anglois , ils prirent le Fort Sc lui donnerent de même qu a la Rivière le nom de Bour-bon. Au bout de trois ou quatre Ans les Anglois firent d’autrcs petits Forts aux environs de cette Rivière , ce qui ap-portant un préjudice considérable au Commerce des François, ils résolurent d en chasser les Anglois à quelque prix quece fut. En effet, iís y réussirent ; les Anglois quelques Années après débusquèrent a leur tour les François , mais ilsfurent en fuite rechassez à leur tour. Enfin , par la Paix d’Utrecht ces Forts , Havres ôc Mers de la Baye ôc du Détroitde Hudfon doivent être rendus ôc cédez à perpétuité à la Grande-Bretagne. Au reste , ce Pais-la est si froid durant septou huit Mois de l'Année que la Mer se glace dix pieds d’épaisseur , que les Arbres ôc les Pierres même se fendent, qu'ily tombe dix ou douze pieds de Neige qui couvre la Terre plus de six Mois , ôc que pendant ce temps on n’oseroit sor-tir de fa Maison fans risquer d’avoir le nez & les pieds gelez. La Navigation est si dangereuse d’Europe en ce Païs-íà , àcause des Glaces ôc des Courans , que ceux qui ont eu le bonheur d’en échapcr , assurent qu’il faut être réduit à la der-niere misère , pour entreprendre une seconde fois un si pénible Voyage. Ce fut fans doute pour cette raison que les An-glois Button ôc Bassin , & ceux auxquels ils ont communiqué leurs Journaux , ont jugé fort sagement qu’il étoit inutilede faire une seconde tentative vers les Bayes qui portent leurs noms. Button donna le sien à ce Golfe qui est au Nord-Oiiest de la grande Baye de Hudfon. Bassin s’avança beaucoup plus vers les Terres Arctiques en l’An 1623. 11 donna

aussi son nom à un grand Golfe dont ses Glaces ne lui permirent pas de pénétrer plus avant. 11 côtoya à son retour une

' .. H ‘ .grande