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ne doit pas même être accordée à l’intérêt social, à bien plus-forte raison à l’intérêt particulier du médecin. C’est comme uneconvention tacite que le médecin a conclue sur son honneur aumoment où il a reçu la confidence du malade; tout ce qui peuttendre à en entamer la rigueur absolue ne peut qu’ébranler la con-fiance publique et nuire à la dignité professionnelle. »
Cette doctrine est bien belle dans sa sévérité : ce n’est paschose vulgaire que cette renonciation volontaire à des intérêts légi-times pour sauvegarder une idée morale, et nous sommes trop heu-reux que ce spectacle soit donné par notre profession pour que nousen affaiblissions le mérite.
Néanmoins, on doit le reconnaître, il n’est pas parfaitementéquitable non plus que la société exploite à son profit ce sentimenthonorable qui se traduit tous les jours en sacrifices pour le médecin.Aussi dans le but de faire disparaître l’impression pénible qu’éprouventen général les tribunaux quand un médecin porte devant eux uneréclamation d’honoraires et pour éviter simultanément à celui-ci latriste nécessité de se faire, pour les besoins de sa cause, l’apologistedes soins qu’il a donnés, J. Bonnet proposait-il dans un rapport ludevant la Société des médecins du Khône (1864) l’intervention d’uneassociation médicale dans les contestations de cette nature. « Cetteintervention, disait-il, changerait la situation. Elle aura d’abord laplupart du temps pour effet de réduire par la persuasion la résis-tance du client et si son obstination survit à l’impartialité de votreexamen, une action en justice autorisée par vous et soutenue enquelque sorte par votre commission elle-même se présentera devantles tribunaux sous un aspect nouveau, avec un caractère de justiceet de modération qui éloignera de la personne du demandeur touteinsinuation blessante et toute impression fâcheuse.... Soutenu parl’Association, le médecin ne se présenterait plus seul, il ne seraitplus obligé, à l’appui de sa demande, d’exalter lui-même ses services,il ne se croirait plus dans la nécessité d’en exagérer l’importance. »
Une intervention de ce genre aurait pour résultat certain desauvegarder complètement la dignité professionnelle, mais ce qui estcertain aussi, c’est que le secret médical n’en serait pas moins di-vulgué à l’autorité judiciaire. Il serait, dans ce sens, préférabled’adopter une autre règle de procédure facile à mettre en pratique,en vertu de laquelle le magistrat qui connaît le premier les affaires-