TABLEAU DES RICHESSES
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les travailleurs. Avec la liberté de Tindustrie Sc du commerce, vous aurez , SIRE,des manufactures florissantes, des acheteurs , des consommateurs nombreux , de grandesrichesses Sc un peuple aisé. L'Administration doit toujours être tranquille fur Tintérêtparticulier, quand elle est assurée du bien général.
Tout négociant a pour but d*acheter à bon marché Sc de vendre cher : c'est laconcurrence libre qui, en établissant des prix moyens, rétablit Tordre Sc Tégalité ;Tinfaillible effet d’une concurrence admise avec intelligence, détruit tous les sophismesimaginés en faveur de la prohibition.
Il arrive souvent que pour vendre cher, Sc acheter à bon marché, le négociantimplore le régime des loix prohibitives, Sc lobtient fur des prétextes spécieux. Maisdans ce cas, la cause du commerçant n’est plus celle du commerce avantageux à laNation : il implore les loix prohibitives quand elles favorisent ses spéculations égoïstes ;il viole ces loix , lorsque la facilité de s'y soustraire est jointe à Toccafion de gagner :c'est de cette manière que la cupidité mercantile tend aux privilèges exclusifs Sc aumonopole. Si T esprit mercantil est nuisible aux véritables intérêts du commerce national,T Administration doit avoir plus d'égard à la cause du commerce national qu à celle ducommerçant.
C e siècle, SIRE, nous fournit un exemple qui appuie fortement les véritéspolitiques que je viens d’exposer. II y a vingt ans , ou environ , que les négociansarmateurs craignoient avec raison de mouiller dans le T âge , parce que le Portugal étoitun pays où les privilèges exclusifs accaparaient tout, où la douane abíorboit tout. II nerestoit qu un moyen, celui de s’arranger avec les régisseurs des fermes : par cette collusion,on transbordoit d’un vaisseau à T autre des articles déclarés en pajse-de-bòut , Sc la moitiédes droits restoit aux négocians étrangers.
En 17J1 &: 17/4, il n’y avoir dans le Royaume de Portugal que quinze millions denos livres en monnoie d'argent, mêlé d'alliage, lors même que les possessions du Bréjllapprovisionnoient TEurope d'or. Vers la fin de 17/4, le Roi fut contraint Remprunterquatre cents mille écus ; il devoir cinquante millions aux Anglois, chez lesquels les richessesde son Royaume étoient passées. A cette mauvaise administration le Portugal ajouraitle vice plus terrible encore du gaspillage des finances de TEtat : fur deux millions deuxcents vingt-cinq mille âmes, on comptoir vingt-deux mille écrivains, commis Sc employés,répartis en une quantité considérable de bureaux, qui ne servoient qu à embrouillerla comptabilité, Sc à engloutir le trésor public.
Le feu Roi de Portugal remonta à la source du mal, Sc pour en détruire Iè principe,il déclara 1 industrie Sc le commerce libres , il ouvrit des écoles d’agriculture Sc de