84 TROISIEME DISSERTATION
tempête violente éteignit le feu. Le miracle est des plus modernes. Les chai*nés tomberent des pieds ôc des mains d’un autre qu on bruloit en Portugal,ôc il eut le bonheur de se sauver, ou plutôt de disparaître, avec le secoursd une puissance invisible. Un Dom Lopez de Vera , qui íè fit Juif ôc s’apellaensuite Juda le Croiant , souffrit le íùplice du feu avec une fermeté si grande <Scdes assurances si fortes de ion salut éternel, que fès Juges en furent presque dé-concertés. Voila des exemples qui peuvent faire juger que la constance de ceuxqu’on appelle Martyrs n’est pas toujours l’effet du secours Divin , ôc que les pré-jugés donnent très souvent aux hommes une intrépidité merveilleuse. Qu’on nesoit donc pas étonné si l’on trouve des Martyrs dans toutes les Religions. Dira tonque c’est fanatisme, fougue, opiniâtreté, hypocrisie qui fournissent â l’hommedes forces surnaturelles , ôc qui lui font oublier la charité qu’on doit avoir pourfoi-même? Nous ne déterminerons rien, pour ne pas donner atteinte à cette déci-sion fameuse, que la cause f ait le Martyr & non pas la peine : mais quoi qu'il ensoit les Martyrs de la Morale font peu communs, (a) tandis que ceux des dog-mes regardés comme le fondement des Religions font innombrables. Donnonsencore quelques exemples des Saints de l’Eglise Juive ôc de leurs miracles.
(b) Jochanan étoit d’une pureté exemplaire. Il obfervoit d etre au moins àquatre coudées d’une Maison d’Oraifon, quand il étoit obligé de faire de l’eau.Il célébroit avec dévotion les jours de Fêtes, ôc pour mieux íòlemniser le Sa-bat, il buvoit jusqu a l’yvresse On n’a point de peine à sentir l’irregularité dede cette Dévotion.
Lorsque (c) juda le Saint fut enterré , le jour fut prolongé , la nuit retardée,jusqu a ce que chacun fut de retour dans íà maison pour allumer la chandelledestinée au jour du Sabat. La fille de la Voix prononça, que tous ceux qui avoientété du convoi seroient sauvés, excepté un seul qui mourut désespéré. Cette fillede la Voix étoit ordinairement un bon ou mauvais présagé, que l’on tiroit despremieres parolles prononcées par la premiere personne qu’on écoutoit, ou quise rencontrait fur les pas du consultant. Cette parolle étoit respectée comme unOracle de la Providence, ôc l’on a vû des Juifs assés fanatiques pour preserer auxProphéties de l’Áncien Testament ces parolles prononcées fortuitement. C’estainsi que les Paiens ont consulté sor leur destinée les vers d’Homere ôc de Virgi-le, ôc que des Chrétiens superstitieux cherchoient autrefois le soccés de leurs en-treprises dans la Bible ouverte au hazard en deux ou trois endroits disserens.
Les Charges Ecclésiastiques étant naturellement soperieures à toutes les autres,il n’est pas difficile de concevoir comment on peut se persuader que Dieu les fa-vorise de certaines grâces particulières. Il suffit d’étre Prêtre ou Docteur pourêtre crû lé Dépositaire des secrets de l’Etre suprême ôc qui plus est, pour se lepersuader souvent á foi-même. De là les opérations miraculeuses attribuées à cesemplois Religieux. ' Les Traditionnaires étoient autrefois chez les Juifs du nombrede ces privilégiés, parce qu’ils étoient les conservateurs des Traditions ôc qu’ils onteu foi o de les faire passer à la dernière postérité. Ces Traditions consistent en uneinfinité de pieuses minuties, si nécessaires pourtant au Juif fidelle, que fans ellesil est impossible que la Loi que Dieu a donnée à Moïse lui fasse trouver la route
du
(aj II ne seroit pas difficile de trouver dans l’Histoire Ancienne & Moderne des personnes qui n’ont euque des idées fort imparfaites de leur devoir, & dont la vertu étoit des plus médiocres; qui même dansi’occasion ont eu assés bonne.provision de foi aveugle, & de préjugés, pour devenir capables de souffrir- lamort avec fermeté.
(b) II vivoit du tems de l’Empereur Vejjajìen,
(c) Il vivoit du tems d ’Jntonm le pieux.