46 DISSERTATION SUR LES CEREMONIES
cette brillante jeunesse, non pas comme (a) Serviteur des Serviteurs, mais estqualité de Vice-Dieu revêtu d’une robe de foie très riche, portant sor la tête unecouronne de plusieurs millions de livres ; porté lui même fur les épaules de huitEstafiers revêtus de longues robes d’ccarlate, íbus un daix du plus beau damascramoisi & relevé d’une broderie d’or ; environné d’une double haie de gardesvêtues magnifiquement, suivi de sès Suisses, &: d’un Auditeur de Rote , quiportoit après lui la Tiare pontificale -, côtoié par deux Officiers de fa Maison,le grand Camerier & le Sommelier. Nous ne disons rien des Carosses & desCavaliers qui fuivoient Jesus-Christ & son Vicaire.
Pendant la marche ces Fidelles chantoient continuellement des Píèaumes, desAntiennes &: des Motets, recitoient des Oraisons, faifoient des signes de Croix,donnoient & recevoient des Bénédictions, pratiquoient en un mot tout ce qui dé-pend de la dévotion exterieure. On marchoit a petites journées : le Clergé tantSéculier que Régulier du lieu où les fidelles passoient la nuit s’avançoit à leurrencontre précédé de quelques Milices. Les Magistrats & les autres personnesde marque fuivoient le Clergé. On entroit dans la Ville au bruit des trom-pettes mêlées au chant des Cantiques. Les peuples venoient en foule de touscôtés pour adorer le Venerable. Les gens de distinction s’empressoient à lui of-rir le haldachin , toujours attentifs a décerner les honneur du Monde a celui quipendant íâ vie a foulé aux pieds l’orgueil & la vanité. Telle fut une Processiondont on peut voir une description plus étendue dans le P. Rocca, ou dans le P.Bonanni , qui nous a fourni cet extrait.
Le 1 Pere Bonanni croit que cette Cérémonie doit fa naissance a la coutumeque les premiers Chrétiens avoient de garder le S. Sacrement chez eux, & dele porter en voiage. Ces premiers Chrétiens le regardoient comme un préser-vatif contre les périls. Il les confoloit spirituellement dans forage des persécu-tions , & quand ils fe trouvoient en danger de mort ils le recevoient comme lavie de leur ame. Le Pape a voulu conserver cette pieuse coutume: mais commeles tems font changés, & qu’aujourd’hui le Pere Spirituel des Chrétiens est li-mage de Jesus-Christ triomphant, il est bien juste que ce divin Sauveur deshommes ne paroisse qu’avec éclat & ne marche qu’en grande pompe, (b) Mais,dira ton, si l’ufage de porter le S. Sacrement en voiage est dû à la pieté desPontifes, qui veulent être toujours en état de recevoir le sacré corps de Jesus-Christ en cas de mort, pourquoi lui fait on prendre les devans? pourquoi dé-vance t’il le Saint Pere d’une journée f On répond á cette Objection , mais lareponíè est si foible quelle ne vaut pas la peine d'être rapportée. Il y a beau-coup d’apparence que cette Cérémonie est une imitation de la marche solern-nelle de l’Arche sous l’ancienne Loi en certaines occasions extraordinaires. Cetusage Judaïque étoit si nécessaire a la Majesté du Christianisme, qu’iî y a de-quoi s’étonner que les Papes , qui de tems en tems ont orné avec beaucoup desoin la Religion Chrétienne, aient négligé pendant plusieurs siécles demprurvter des Juifs la plus brillante & la plus auguste de toutes les Cérémonies.
On voit dans cette figure deux différentes maniérés de porter le S. Sacrement
de-
(a) ,, Les Papes voulant donner à entendre qu’ils n’afectoient les grands titres, ains faifoient profession,, d’humilité fur laquelle leur grandeur avoir pris son premier & principal fondement, plus ils fe trouvèrent etre„ grands, plus choisirent ils termes éloignés de l’ambition,& fe qualifièrent serfs des serfs, parolles d’humilite,„ lesquelles n’ont pas moins d’effet dessus nous que celles qui ait Pais de Perse croient données à leur Prince,„ quand on Fappelloit Roi des Rois. Le premier qui en usa entre les Papes fut Damafe , & l’autre qui iui don-„ na cours & régné fut Grégoire I. " Voilà ce que remarque Pafquier dans ses Recherches de lu Vrance,
(h) Bonanni Cap. 94. délia Gerarchia,