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[Volume I.]
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i8 MEMOIRES HISTOR

rétablissement de l’Inquisition , & qj.ie les Causesd’hérésie se traiteroient selon l’ancien Droit, & à lamaniéré accoutumée.

Ainsi finit la longue guerre des Païs-bas, dontl’Inquisition avoit été ou la cause, ou le prétexte.

Depuis elle n’a point fait de nouveaux progrès. Leslieux qui l’avoient reçûe , y font demeurez soumis ;•

& ceux qui avoient refusé de s’y soumettre, en fontdemeurez heureusement exempts : de forte qu’elle està présent réduite à l’Italie , & aux Etats dépendansdes deux Couronnes d’Espagne & de Portugal. Ce-pendant l’étendue de sa Jurisdiction n’est point si res-serrée , qu’elle n’occupe plus de Païs que n’en con-tient toute l’Europe.

CHAPITRE VU. ET DERNIER.

De l'établissement de l'Inquisition à Venifi.

Q Uoique la Ville de Venise soit fort ancienne ,& qu’elle ait sait profession du Christianismedès fa naissance par une grâce particulière du ciel, el-le se conserva exempte d’hérésie jusqu’environ l’aniz^z.

II n’en faut point d’autre preuve que l’Acte mê-me de la Promotion du Doge Jacques Thiepolo.L’on y volt les procédures dont on doit user dansla punition des criminels : l’on y nomme même plu-sieurs & différentes sortes de crimes. II n’y est pointparlé de l’hérésie ; ce qui est une marque que cetteVille & son Etat en étoient alors tout-à-fait ex-empts.

L’an r z; z. le même Doge donna une Déclarationfur le même sujet de la punition de divers crimes : ilen nomme plusieurs qui ont beaucoup de rapport àl’hérésie , comme les sortilèges & les maléfices. II nefait aucune mention de l’hérésie, ce qui est une preu-ve indubitable qu’on ne sçavoit alors ce que c’êtoit ;car il n’eût jamais manqué d’ordonner des peinescontre les Hérétiques, comme les autres crimi-nels.

Mais depuis que le Pape Innocent IV. se futbrouillé avec l’Empereur Frédéric IÏ. de la maniéréqu’on l’a rapporté dans le second Livre de cette Hi-stoire, l’Italie s’étant partagée en deux factions,dontl’une tenoit pour le Pape, & l’autre pour l’Empe-reur ; les Hérétiques, sous prétexte de tenir le parti deSa Majesté Impériale , fe glissèrent par tout. Veniseen sut d’autant moins exempte, qu’ils espererent quele Gouvernement y étant plus doux que par tout ail-leurs , ils y jouiraient d’une plus grande liberté.

Le Doge & le Sénat, dans la juste appréhensionqu’un si grand concours de gens infectez de diffé-rentes hérésies ne corrompît à la fin la Religionqu’ils avoient eu soin depuis tant de siécles de con-server dans toute fa purété , commencerent l’anIZ49. de prendre des mesures pour se préserver d’unsi grand mal.

Pour cet effet on choisit des gens habiles & zélezpour la Religion Catholique, qui surent chargez defaire la recherche des Hérétiques. On ordonna en-suite qu’ils feraient deferez am Patriarche de Grade& aux autres Evêques de l’Etat de Venise , qui é-toient les Juges naturels de l’hérésie; & qne ceux quipar le jugement des Evêques feraient convaincusd’en être coupables, feraient remis entre les mainsde la Justice seculiere , pour être à la pluralité desvoix condamnez au feu par le Doge & son Conseil :ces reglemens furent faits sous le gouvernement duDoge Morosini l’an 1Z49.

Mais de peur que la mort de quelque Evêque sur-venant, la poursuite des Hérétiques n’en fût inter-

I Q_U E S

rompue ; le Doge Jacques Contarini ordonna Tan1Z75. que les Vicaires Généraux , le Siège vacant*auraient la même autorité que les Evêques, de juger& de condamner les Hérétiques.

Ces Réglemens furent executez dans tout l’Etat deVenise , avec d’autant plus d’exactitude qu’ils necontenoient rien que de très-conforme au Droit Ci-vil & Ecclésiastique , qui avoit toujours été en usa-ge dans l'Empire; & chacun y trouvoit tout ce qu’ilpouvoit prétendre, fçavoir, la connoissance du Droitaux Juges Ecclésiastiques, celle du fait & la condam-nation aux Laïques.

Mais ni le Doge ni ses Conseillers n’ont jamais pré-tendu, comme on verra ci-après que le prétend laCour Romaine, être simples exécuteurs des Juge-mens Ecclésiastiques : c’est en effet ce que montrentévidemment les paroles de la Loi du Doge Morosi-ni , que ceux qui auront été trouvez coupables d’hé-résie par le jugement des Evêques, feront condam-nez au feu à la pluralité des voix du Doge & de sesConseillers : ce qui ne se peut dire que des Juges quiont effectivement voix déliberative, ce que n’ont pasde simples exécuteurs des jugemens d’autrui.

Les choses ne demeurèrent pas longtemps en cetétat, fans que la Cour Romaine, toujours attenti-ve à l’avancement de ses intérêts, fït ses efforts pourfaire recevoir à Venise l’Inquisition qu’elle avoit éta-blie depuisj peu de temps, & qu’elle avoit fait rece-voir dans la plupart des Etats d’Italie, par les moyensqui ont été rapportez.

Mais les Vénitiens, qui sont les hommes du mondequi connoissent le mieux leurs véritables intérêts, &qui fçavent prévoir & avec plus de justesse les suites& les conséquences, des choses, n’y voulurent jamaisconsentir. Innocent, Alexandre, Urbain, Clément,& les sept Papes qui leur succédèrent, firent pouren venir à bout tout ce qui se peut faire ; & ce qu’ilsfirent fut inutile.

L’Inquisition contribua elle-même au refus obstinéqu’on fit de la recevoir à Venise ; on ne parloir partout que des désordres & des séditions causées par lesPrédications, & la conduite imprudente & emportéedes Inquisiteurs. Au premier caprice qui prenoit àces faux zélez, ils publioient des Croisades contre lesHérétiques, & ces Croisez faits à la hâte, au lieu deservir la Religion , ne s’occupoient qu’à se vengerde leurs ennemis , & à dépouiller de leurs biens uneinfinité d’innocens, sous prétexte de l’hérésie dontils n’étoient rien moins que coupables.

Milan & Parme avoient pensé périr par les sédi-tions qui s’y étoient ainsi excitées , & l’on n’enten-doit par toute l’Italie que des plaintes contre l’In-quisition & les Inquisiteurs. Le Sénat de Venise seservit avantageusement de ces désordres pour justi-fier le refus qu’il faisoit si persévéramment de rece-voir ^Inquisition.

Tant de tentatives inutiles ne rebutèrent point ce-pendant les Papes ; & Nicolas IV. à la fin obtint ceque ses prédécesseurs avoient en vain sollicité si long-temps. PoUr gratifier Sa Sainteté, le Sénat résolut derecevoir l’Inquisition : mais ce fut avec toutes les pré-cautions qu’on crut les plus capables d’empêcher lesscandales & les désordres qu’elle avoit causez presquedans tous les lieux où jusques alors elle avoit étéreçue.

On convint donc que l'Inquisition n’auroit pointd’autres Officiers pour l’execution de ses procédures,que ceux de la République ; qu’afin d’éviter les vexa-tions , les revenus nécessaires pour l’entretien de ceTribunal ne séroient point levez par ses Officiers;que la République lui assignerait un fonds, Renom-merait un Receveur pour en recueillir les fruits,payer les gages des Inquisiteurs & de leurs Officiers,