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[Volume I.]
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C Ô N G E R*N A N T L’ÍN Q,Û ï $ I T I Ó M.

soustrait à la Justice ordinaire, encore plus severe enEspagne qu’en Italie. Ces Privilèges font si consi-dérables , que les plus grands Seigneurs d’Espa-gne se sont honneur d’être Officiers de l’Inqui-sition.

Le Conseil suprême de f Inquisition d'Espagne aune entiere autorité sur les autres Inquisitions, quine peuvent faire d ’ A 5 le 4 e Foi ou d'Execution gene-rale fans fa permission : c’est le seul de tous les Tri-bunaux de l’Inquisition qui juge fans appel. Il peutfaire des L oix nouvelles quand il le juge à propos*II vuide les Procès qui naissent entre ks Inquisiteurs,de quelque nature qu’ils soient. II châtie les Minis-tres & lés Officiers de l’Inquisition. II reçoit tou-tes les Cauíës par appel. Enfin son autorité est sigrande , qu’il n’y a personne dans tous les Etats duRoi Catholique, qui ne tremble au seul nom del’Inquisition : & le Roi même n’oseroit entre-

prendre de la choquer : aussi personne ne l’a-t-il ja-mais fait impunément.

On scait fur ce sujet ce qui arriva à Dom CarlosPrince d’Espagne, à Dom Jean d’Autriche , & auPrince de Parme. Philippe II. fût obligé, pour sa-tisfaire les Inquisiteurs, de les éloigner pour long-temps de fa Cour , quoique l’un fût son fils unique,l’autre son frere fils de l’Empereur Charlequint, &le dernier son neveu , dont nous parlerons ci-après.Cependant ils n’avoient point fait d’autre crime,que de dire quelques paroles emportées contrel’Inquisition , pour un sujet qui paroisloit fortlégitime.

Le Roi Philippe II. étoit si soumis à l’Inquisition,L ce que raporte Turquet en son Histoire d’Espagne,p. 1405. qu’il ne fiisoit aucune affaire íâns les con-sulter , & suivoit leur avis , tant il craignoit ce re-doutable Tribunal.

Les Inquisitions particulières soumises au souverainTribunal d’Efpagne , sont celles de Seville , de To-lède , de Grenade , de Cordoue , de Cuença , deValladolid, de Murcie , de Lerma , de Longrono,de Saint-Jacques , deSaragosse, de Valence, aeBar-celone, de Majorque, de Sardaigne, de Païenne,deCartagene & de Lima.

Chacune de ces Inquisitions est composée de troisInquisiteurs, de trois Secretaires, d’un Algouazil ouSergent Major , & de trois Receveurs, Qualifica-teurs ou Consulteurs.

Les Inquisitions particulières d’Italie, qui sont enaussi grand nombre qu’il y a de Villes considérables,ont à peu près les mêmes Officiers. Aussi l’Inqui-sition d’Espagne a-t-elle été formée sur le modeléd’Italie.

Ces Officiers sont un Inquisiteur, un Vicaire,un Procureur Fiscal, un Notaire, plusieurs Consul-teurs , un ou plusieurs Geôliers , outre un grandnombre d’Officiers subalternes.

Tous les Officiers de l’Inquisition sont obligez defaire preuve de Casa Limpia , c’est-à-dire de prouverqu’ils descendent de vieux Chrétiens, & qu’aucunde leurs Ancêtres n’a été repris de l’Inquisition pourcrime d’infidélité ou d’hérésie. Outre cela on lesoblige à un secret inviolable , qui consiste à ne rienreveler de ce qui sc passe à l’Inquisition , sous qftel-que prétexte que ce puisse être. Les promesses ni lesmenaces en cela ne servent point d’excufe : & c’estetre sujet L 1 Inquisition que d’en avoir révélé lesecret.

C HA PITRE II.

Des cas & des perforâtes sujetes à i'Inquìfitml

I L sauf maintenant raporter les procédures de clTribunal : on les peut réduire à trois chefs. 1. AqXcas & aux personnes soumises au Jugement de l’Inqui-sition. 2. Aux procédures dont elle use dans ses Ju-gemens* À la maniéré dont sc font ses exécutions.

Quant au premier chef, il y a six cas principauxsoumis au Jugement de l’Inquisition. 1. L’hérésie*

2. Le soupçon de l’hérésie. 3. La protection del’hérésie* 4. La Magie noire, les maléfices, les sor-tilèges & les énehantemens. 5. Le blaspíiéme , quicontient quelque hérésie, ou quelque chose qui y á; rapport. 6. Les injures faites à l’Inquisition , $quelqu’un de ses membres ou de ses Officiers, &la résistance qui se commet quand on execute sesOrdres...

Àinsi l’Inquisition est en possession de juger desix sortes de personnes. 1. Des Hérétiques. 2. Deceux qui ont donné lieu d’être soupçonnez d’hérésie»

3. De leurs Fauteurs, ou de ceux qui les protègent,ou les favorisent de quelque maniéré que ce soit.

4. Des Magiciens, Sorciers, Enchanteurs, & deceux qui usent de maléfices. 5. Des Blasphéma-teurs. 6. De ceux qui résistent aux Officiers del’Inquisition , & qui troublent fa Jurisdiction dequelque maniéré que ce puisse être.

Anciennement, * l’Inquisition ne jugeoit que cessix sortes de personnes. Depuis environ un siecle»Grégoire XIII. Pie V- Clement VIII. & GrégoireXIV. ont étendu fa Jurisdiction, & y ont soumisles Juifs, les Mahométans , tous les Infidèles , dequelque Religion qu’ils fassent profession ; & gene-,râlement tous ceux qui font quelque tort aux mem-bres & aux Officiers de l’Inquisition , soit en leurspersonnes, leur honneur , leurs biens , & dans toutce qui leur appartient, même hors l’exercice de leurChargé.

Ces cas qui sont du ressort de l’ìnquisition, n’ontpas si peu d’étendue , qu’on pourroit se l’imaginer.’Car premierement, pour ce qui est des Hérétiques,on comprend souá ce nom dans l’Inquisition, tousceux qui ont dit, écrit, enseigné, ou prêché quel-que chose de contraire à l’Ecriture sainte , au Sym-bole , aux Articles de la Foi , & aux traditions del’Eglisc. Ceux encore qui ont renié la ReligionChrétienne pour embrasser quelqu’autre Religion quece puisse être , ou qui fans changer de Religionlouent les coutumes & les cérémonies des autres, ouen pratiquent quelqu’une , ou qui tiennent qu’onpeut faire son salut dans toutes sortes de Religions jpourvu qu’on y soit engagé de bonne foi.

Si l’on s’en tenoit à cela dans l’Inquisition , il n’yauroit rien de fort extraordinaire ; mais l’on y com-prend encore sous le nom d’Hérétiques tous ceuxqui désapprouvent quelque cérémonie, quelque usageou quelque coutume reçue non seulement dans l’E-glise universelle ( ce qui seroit une témérité blâma-ble) , mais même dans les Eglises particulières oul’Inquisition est reçue. Quelque difficulté qu’il yait de faire des Hérétiques de ces sortes de gens dansles principes de la bonne Théologie , ils passent aumoins pour suspects d’hérésie dans l’Inquisition.

On comprend encore sous ce nom tous ceux quitiennent, disent ou enseignent quelque chose de con-traire aux sentimens reçus à Rome & en Italie , tou-

C 3 chatìt

* Cela ne se doit pas entendre de t Inquisition d‘Espagne , puis-quelle fut â'abord pnrt'mliíremtnt étmie contre Us Juifs &Mahométans.