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[Volume II.]
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RELIGION DES GRECS. 75

l’Europe, & lui fournie abondamment les moyens de se faire craindre de cesfidelles, qui seffrayent facilement, aimer des dévots de professon & rechercherdes gens du Monde.

On peut regarder lEmpereur des Turcs comme le Chef de l’Eglise Grec-que. ll f aut un Baratz , c'elì à-dire une Patente Impériale, pour que le Pa-triarche, les Evêques &c. paillent faire les fonctions de leur. Charge. CeBaratz autorise les Evêques a établir & déposer les Prêtres, & autres person-nes Religieuses, a faire des mariages Le des divorces, à percevoir les revenusdes Eglises, à recevoir les legs pieux, a jouir de tous les privilèges de leur di-gnité , & tout cela, dit le Baratz dans ses idées Mahométanes, selon ïes gaines& inutiles cérémonies du Christianisme. Mais rien n’est plus ordinaire que devoir révoquer cette Patente par les ressorts des brigues ôc de l’ambicion duClergé. Les dignités Ecclésiastiques sont données au dernier enchérisseur, sensaucun égard pour le mérite, quand il n a que la pauvreté pour partage. L’ava-rice, l’envie 5c la méchanceté des Grecs introduisirent bien-tôt après la prisede Constantinople cette odieuse vénalité du Patriarchat, qui le rend méprisable aceux qui le vendent. D’abord Mahomet, le Conquérant de Constantinople,accorda de grans honneurs a Gennadius le premier Patriarche de Constantino-ple depuis la conquête. Il lui mit lui-même le Bâton Pastoral entre les mains,il lui donna un riche Pallia m, (a) un Caftan de Zibelline , une haquenéeblanche & une pension considérable. Il lui accorda la permission daller a che-vai par la ville & de porter la Croix dor fur le devant du bonnet patriarchal. On a-joute 'même que le Prince lui assigna une place dans le Divan. Il voulut encore quele Patriarche eut quelque autorité temporelle sor les Grecs, il la j oignit â l’autoritéspirituelle, & lui permit de les châtier suivant la rigueur des anciens Canons,Ensin il laissa au Clergé le pouvoir d’élire librement ce Patriarche , se réser-vant le seul droit d’agréer le sujet élu. Trois (b) Patriarches jouirent consé-cutivement de ces privilèges. Un quatrième (c) fans mérite, & fans scienceoffrit, pour parvenir â la Dignité Patriarcale, non feulement de renoncer âla pension, mais de payer même (d) un tribut au Grand Seigneur, ôc de-puis ce tems-lâ le tribut & les vexations des Ministres Turcs sont montés âdes sommes excessives. Mahomet indigné de la maniéré dont les Grecs avi-lissoient par leurs mauvaises intrigues une Dignité, pour laquelle il avoir té-moigné beaucoup de vénération, revoca bientôt lui-même les privilèges qu’illui avoit accordé, & les Dignités inferieures au Patriarchat eurent dans la fui-te un semblable sort. Ce mal est devenu damant plus fâcheux, que pourpouvoir toujours satisfaire â leur avarice,les Turcs, s’il en faut croire Ricaut,se) suspendent en maîtres le pouvoir des anciens Canons dans les cas de Si-monie. Ainsi le Clergé est forcé de dissimuler for ce point essentiel de laDiscipline, & n’ose faire usage des Censures Ecclésiastiques , qui peut êtrearrêteroient le cours d’un mal si avantageux aux Turcs.

Au-

( a ) La veste que l’on donne aux personnes distinguées.

Le troisième de ces Patriarches , nommé Joasaf, sut déposé par ordre de Mahomet, qui mê-rat s ^ 6t raser la barbe, note d’insamie chez les Evêques & les Moines Grecs.

v c . Marc Chilo Carabes ou Xylo Carabes. On prétend qu’il ne fut que soupçonné d’avoir donné delogent pomêtj-e promu au Patriarchat. Mais à l’égard de Siméon son successeur,les Grecs de Trebizondeorrnren poui lui mille écus d’or à Mahomet, qui les reçut à la honte des Grecs , qui par ce movenrenduent leur Eg Use rributaire & leurs Dignités vénales. * 7

seO On appelle h pêcherie. C’est une espèce de Régalé.

(e) Etat de l Eglise Grecque.