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[Volume II.]
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RELIGION DES GRECS. 181

Ce Mar Thomas épouse deux femmes qui toutes deux lui donnerent des en-fans. Ceux de la premiere femme heriterent des biens qu’il poísedoit vers lemidi du Royaume de Cranganor, Lc ceux de la seconde, qui étoic une escla-ve Naïre convertie au Christianisme, furent heritiers de 1 établissement que leurpere avoit au Nord. Dans la fuite ces deícendans se multiplièrent considéra-blement & firent deux branches qui ne s’allient point ensemble. Les deícen-dans de la premiere femme, qui font la branche des Nobles, portent le mé-pris & l’averfion pour les Chrétiens de i’autre branche, jufqu’à ne vouloir pascommunier avec eux, ni fe servir de leurs Prêtres. Mar Thomas , que ces Chré-tiens regardent comme leur Pere commun, vivoit selon Topinion generale audixième siécle : mais Mr. la Croze . croit qu’ii vivoit avant le sixième sié-cle. Dans la fuite du tems ces Chrétiens jouirent de grans privilèges , fousles Princes du Pais, &: devinrent enfin si puissans, qu’ils élurent deS Rois deleur Nation & de leur Religion. Cette indépendance dura jufqu’à la mortd’un de leurs Princes, qui n’ayant point laisse d’enfans adopta pour succes-seur un Roi Idolâtre son voisin.

Malgré les révolutions que les Indes Orientales ont souffertes depuis deuxsiécles, les Chrétiens de St. Thomas occupent encore aujourd’hui plus de qua-torze cens Bourgs soumis à un seul Evêque, qúi leur étoit envoyé par le Pa-triarche de Babylone avant la réunion plus forcée que volontaire de ces Chrétiens*Cet Evêque auquel les Portugais ont donné le nom d’Evêque de la Sierra ,c’est-à-dire des Montagnes, parce qu ’Angamale, où il a toujours résidé, est si-tuée dans les Montagnes, jugeoit fans appel de toutes les causés, tant pour letemporel que pour le spirituel. Aujourd’hui encore , dit Mr. la Croze , lesEvêques de ces Chrétiens „ sont juges nés de toutes les causes civiles & ec-á, clésiastiques de leur Diocèse. En vertu de leurs privilèges, qui ne sonts, point contestés, les Princes & les Juges Payens n’ont rien à voir chés eux3, si ce n’est en matière criminelle. Outre le tribut qu’ils payent à leurs Prin-3, ces, ils ne sont obligés qu’à leur fournir un certain nombre de croupes pen-

3, dant leurs guerres. Leur nombre (de ces Chrétiens) ne peut aller

33 qu’en augmentant, les Prêtres n’étant point engagés au célibat j éc n’y ayant33 parmi eux ni Moines ni Religieuses, & ces Chrétiens ne s établissant quei, très-rarement hors de leur pais ”.

L’Auteur de cet extrait nous donne aussi le caractère de ces Chrétiens duMalabar, d’après les Relations de quelques Missionnaires, j’en rapporterai quel-ques traits. Ces Chrétiens sont généralement dociles '& respectueux : ils nes’asseyent jamais devant Leurs Supérieurs,pas même devant leurs freres aines,qu on ne le leur ordonne, èc Tordre de s’aíseoir leur étant une fois donné, ilsne se relèveront pas qu’on ne leur dise de se relever. Dans leurs assembléesil n’y a que les plus anciens & les plus élevés en dignité qui parlent, les au-tres se taisent juíqu’à ce qu’on les interroge. Un enfant devant son pere, undisciple devant son maitre tiennent la main gauche devant la bouche • ce quiest une marque de respect. Lors que deux personnes d’inégale conditionse rencontrent, Tinfèrieure avance le bras & rend la main en s’inclinant de-vant Tautre. Ces Chrétiens, continue-t-on, sont curieux & superstitieux. Lapremiere qualité les rend avides d’apprendre, Tautre les rend crédules, & sesporte a consulter les augures & les présages* Le Mardi & le Vendredi passentchez eux pour des jours malheureux. Ils se marient de bonne heure, & TonVeut que cela contribue à leur chasteté. Chez eux tout se monde laisse croi-re ses cheveux, excepté les vieillars, ceux qui renoncent au mariage ôc ceux

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