POUR LE Q_U I E T I S M E. 285
les Siamois (a) la premìere Quiétude se trouve en Dieu. Il est dans un repos éter-nel, & la propriété de la vraye sainteté du Siamois, c’est de travailler à imiter cet-te Quiétude. De même un des articles fondamentaux du Quietiste Chrétien consiste acontempler & admirer iuaîlivement 1 eternelle tranquilité de l’Etre foprême. UneSecte de Chinois établit pour principe , que plus on est oisif, insensi-
ble, semblable à un tronc immobile , ou à une pierre, plus auísi l’on aprochedes perfections de la Nature Divine. Les Voyageurs donnent à cette Secte lenom d 'Oiseux ou de faîne ans ; nom qui peut être justement attribué à nos Quie-tistes consommés, qui ne cessent de prêcher auísi l’iníènsibilité , & un renonce-ment si parfait à soi-même , qu’il devienne comme un anéantissement devantDieu. Un autre principe des Quietistes Orientaux a l’égard de la Divinité con-siste à fe représenter l’Etre suprême comme un être si mystérieux & si obscur,qu’on ne peut s’en faire aucune idée; & ceux de leurs Docteurs, qui essayent des’en faire une , tombent dans des extravagances & dans (b) des contradictions siétranges , que la plus grande partie de nos Voyageurs s’est obstinée a nous lesrepréíenter comme des Athées. De même nos Quietistes enseignent, que dansla vraye & parfaite contemplation ; dans l’abandon de soi-même &c. rame dufidelle ne seuroit pourtant se faire aucune idée de Dieu. Elle l’aime quel qu’ilsoit , sens pénétrer aucunement dans la nature des attributs de cet Etre souve-rain ; & cela va si loin, que lame doit même souhaiter dans l’excès de son a-mour des choses contraires a l’excellence de ces attributs ; comme que Dieul'aneantiffe , îefface du livre de vie &c. L’amour quelle a pour Dieu doit êtreaveugle. „ Il faut, dit Molinos dans se guide spirituelle , que cet amour (aveugle)„ prenne les devans &c que l’ame laisse l’entendement derriere ; qu elle aime
„ Dieu comme il est, ôc non comme l’imagination le lui représente..
„ quelle l’aime sens le connoître, fous le voile obscur de la foi &c”, Ceux denos Docteurs Mystiques, qui ont essayé de donner à leur maniéré quelque idée
de la Divinité, l’ont jjdonnée si fausse, ou si dangereuse, que leurs adverseires n’ontpas balancé à les traiter de Spinoststes , & même de parfaits Athées. Enfin pourne pas pousser présentement (c) le parallèle plus loin, je me contenterai de re-marquer , que plusieurs Quietistes Orientaux regardent la nature humaine com-me íi estentiellement corrompue , s’il est permis de parler ainsi, qu’aucune grâce deDieu n’est capable de l’élever au dessus de cette corruption : & nous lisons dansle mystique Tauler , „ que (d) toutes les grâces de Dieu jointes ensemble, ne„ doivent pas être assez capables (ou si l’on veut fuffisentes) pour élever f homme,, corrompu au dessus de se condition vile, abjecte & mépriseble ”. Il est vraique chez les Quietistes Orientaux il y a comme des purgations réitérées, qui épurentlame & la mettent enfin dans une parfaite apathie, quelle n’est plus en état deperdre. Mais en récompense les âmes dune grande partie des Quietistes Chrétiens pas-sent
(b) Voy. Céremon. &c. Tome second des Idolat. p. 44. & suiv.
(, b ) Ceremon. to r. Scc. ubi sup.
(c) Voy. ci-après Tome 7. & dernier ce que l'on pourra dire encore du Ouietifme de certains Héré-tiques Mahométans.
(d) Adeo se quisque dejicere ìn ïma , adeb fe vilispendere ac abjicere deberet , ut Deus cum univers s donis &charifnatibus fuis eum non pojfet exfolier e : quantoque largioribus ac copiofioribus Dei donis perfunderewr &■charifnatibus , tanto & fe ampli KS n ikilt facere & humiliare. Tauler Cap. 54. Exercitior de Vit a Chrifii.Je fais que la fin de ce passage est l e correctif du commencement : mais cette expression, que toutes lesgrâces de Dieu & 'c. n'en est pas Moins fausse & excessive.
Topie IV. Cccc . '