Band 
[Volume III.]
Seite
232
JPEG-Download
 

2Z2 DISSERTATION SUR LES USAGES

4 . Ricaut nous parle d’un autre demi-mariage des Eunuques. Il leur est per-mis de íé marier 5c même d’épouíér plusieurs femmes. Cependant on nousassure que ces Eunuques íònt rasés a fleur de ventre : eh.' que peuvent faire cesmisérables ì Ludunt m umbra voluptatis , & cela ne les empêche pas d’être abomi-nables en leur lubricité , félon l’expreflìon de (a) De Breves. Je n ai garde d ex-pliquer ici en quoi elle peut consister, puis qu’ils íònt privés des seuls moyensqui peuvent satisfaire des demi-hommes 5c les rendre aussi agréables aux Musul-manes , que les Eunuques faits à Rome letoient autrefois (b) aux Dames Ro-maines.

5 . On pourrait encore appeller mariage, niais improprement peut-être , lecommerce des Mahométans avec leurs esclaves. Disons plutôt que c est un li-bertinage autorise en quelque façon par la Loi des Musulmans , qui permet d em-ployer les esclaves a tel usage qu'on juge a propos. On nous fait remarquerici deux choies dignes d'attention; l’une qu’il est permis aux Musulmans d'épou-ser indifféremment des femmes de toute autre Religion que la leur , pourvuqu”ils les choisissent dans une Religion , qui ait íès dogmes écrits & en étatd’être examinés ; l’autre qu’en Turquie les enfàns de tant de différentes femmes,'même des esclaves, héritent néanmoins également des biens de leur père. Il estpourtant vrai que si le père n’affranchissoit pas dans íôn Testament les enfànsnés d’une esclave, ils íèroient toujours réputés esclaves 5c resteraient à la discré-tion de l’aîné de leur famille.

C. Thevenot , Voyageur judicieux 5c exact (c) a écrit ,, que les Turcs n’é-„ pouíènt jamais leurs parentes, si elles leurs íònt plus proches que de huit gé-„ nerations inclusivement.

7 . Selon le même Voyageur, 5c félon le témoignage de tous ceux qui voya-gent en Levant, les Mahométanes ajoutent autant quelles peuvent l’art á la na-ture pour íè donner les agrémens quelles n’ont pas , ou pour augmenter ceuxqu elles ont déja. Passons fans description le luxe 5c la magnificence des ha-bits , les cheveux postiches qui fupléent en quelques unes à ceux que cette na-ture leur a refuse, des couleurs ajoutées à celles qui manquent au visage , ouqui n’y parqiíîént pas avec un certain éclat, des sourcils peints , des paupièresnoircies avec la. (d) Surma. Tout cela, comme l’on íàit, íè pratique aussi cheznous 5c les Chrétiennes auraient aussi grand tort de faire la guerre fur cet articleaux Mahométanes j que la plus grande partie de nos dévots, tant Catholiques RomainsqueProtestans, de fè féliciter de leur pieté en lisant cette maxime Phariíàïque si fré-quente , félon Chardin (e) dans la bouche des Persans ; la Religion es sondée sur le netteté& la moitié de la Religion ces d'être bien net. Car le Persan íèroit en droit de dire auxuns, votre pratique prouve que la moitié de votre Religion ne confise qu à entendre réguliè-rement me Me(se , 5c aux autres, quelle ne confise qu à aller au prêche. Les Voya-geurs, 5c Thevenot entr’autres, nous font comprendre que dans le Levant commechez nous, toute l’attention des Dames est à íè parer 5c à plaire, fans avoir le moindreegard aux facultés du mari, dût il avoir à peine du pain dans íòn domestique. Ajoutésà ce luxe excessif une oisiveté fans bornes, qui les rend très-vicìeuíès, 5c félon

cet

(4) Voyage au Levant p. 373. selon la citation de Befpìer dans ses Remarques fur Rìcmt.

(b) Voy. Juvénal Satyr. VI. à l’endroit qui commence; ergo exspdiatos &c.

(c) Voyages L. I. Ch. 41.

( 4 ) Drogue particulière fort en usage chez les Dames Turques.

(e) Voyages Tome IV. p. 49* Ed.de 1735*