240 DISSERTATION SUR LES USAGES
l’on seit le deuil avec beaucoup moins d éclat chez les Chrétiens. Un longmanteau avec un long crêpe 5c des habits noirs marquent extérieurement ledeuil d un fils pour íòn père, d’un fxere pour un frere , ou pour une sœur 5cd un mari pour se femme. Celle-ci porte en pareil cas des coifes abatues fur levisage 5c des habits noirs 5c unis : 5c tout cela est; si bien règle, que tristesseou non, il faut paroître en public un certain tems en cet équipage, parce quela coutume & la bienséance le veulent ainsi; de même qu’elíes veulent 5c or-donnent que tous ceux qui s’assemblent dans une Eglise sous la baniere dunedévotion d’écíat y paraissent tous prier également Dieu, &, toujours en observant cet-te bienséance qu exige le lieu, s’y répentir en aparence devant les hommes, à pei-ne de passer pour irréligieux 5c libertins , ou même pour athées 5c gens sensfoi. (a) Thevenot nous dit que ces Mahométanes Turques ne pleurent plusaussitôt qu’elles cessent d’avoir des témoins de leurs larmes. Il ajoute que cespleurs durent plusieurs jours ; que souvent on les recommence au bout deTannée, 5c que Ton y employé aussi des femmes qui pleurent à gages. Pour en-sevelir le mort , on le lave 5c on le rase : on brûle autour de lui astèz d’en-cens pour chasser le Diable 5c les autres mauvais esprits , qui selon la croyancedes Mahométans rodent tout au moins autant autour d un mort qu’autour d’unhomme vivant. C est: ici encore une de ces opinions anciennes & géneralespartout l’O rient, 5c ailìeuts aussi. Après ces petites cérémonies on ensevelit lemort dans un suaire sens couture , asin , nous dit-on , que le mort puisse semettre sens peine á genoux quand il subira Texamen dans Tautre monde . . Lecercueil du mort, lorsque celuhci est d’un pays ou Tusege d’en donner aux morts estétabli, est couvert (h) d’un poste a f enterrement, 5c le convoi funèbre est com-pose d "Imans , qui vont les premiers en priant Dieu dans la route. Les parens5c les amis suivent , & les femmes marchent après en pleurant. Arrivés aufépulchre ils tirent le mort du cercueil 5c le deseendent dans la fosse : pour lesfemmes, elles continuent d’y pleurer.
Thevenot nous dit aussi qne la différence des Tombeaux des Turcs d’avec„ ceux des Chrétiens du pays est, qu’après que les premiers ont mis leurs morts,, dans la fosse , ils mettent au dessus de biais une planche dont un bout est„ pose au fond de la fosse , 5c Tautre aboutit au haut de la dire fosse, ensor-
„ te que la planche couvre le corps.niais ni les uns , ni les autres
„ n’enterrent point leurs morts dans des bières”. Les Turcs posent une pier-re sor la tête du mort, pour la commodité des Anges, qui doivent examinerle défunt. Cette civilité populaire 5c superstitieuse est due aux Anges : il leurfaut un siégé , 5c les Turcs croyent qu’une telle précaution rendra ces Angesplus traitables. Ces fausses idées sont de tout pays ; on croit que les Angessont des esprits, 5c cependant on les traite comme des corps. Un Mahométansuperstitieux s’imagine qu une politesse faite aux Anges examinateurs les féra pafscr légèrement sor les iniquités d un mort ; 5c Ton trouvera chez nous desChrétiens , qui se persuaderont qu un petit compliment fait a un Saint leurrendra un jour le même service. Un autre traitera ce compliment d’Idolatrie: maisen même tems st soposera que dix ou douze pseaumes chantés méchaniquement dansun Temple 5c presque á se rompre les poumons, avec trois sermons écoutés ensoi-
te
(a) Voyage tome pr. Ch. 43. du L. I.
(b) La taille-douce représente un Enterrement T ure de Constantinople.