LES DIEUX DES INDIENS ORIENTAUX 8L
CHAPITR IV.
Contenant les Avantures de VtxnUí
L Es Livres des Indiens * qui contiennent l’Histoi-re de leurs Dieux , rapportent » que Vixnu estle second fils de Paraxacti , & qu’il est auífi son ma-ry. Ces Vixnu est appelle en quelques endroits, làcause premiere , & lé principe de toutes lés chosescréées. On dit qu’il épousa une femme nommée ,Laximi , laquelle est en même-remps vache , cheval jmontagne, or , argent , & généralement tout ce quel'on peut, ou desirer, ou imaginer. Presque tous lesIndiens portent le nom de cette femme attaché à leurcol, ou à leur bras, comme une chose qui doit leurporter bonheur-, & qui les peut préserver de mauvai-ses rencontres.
On trouve aussi dans ces mêmes Livres, que Vix-nu, dont la Secte est fort étendue, s’est incarné, oumétamorphosé jusqu’à neuf sois. Dans fa premiere in-carnation, il piit la forme d’un poisson : mais on nesçait pas quel fut le motif de cette métamorphosé.
Dans la seconde, il prit la forme d’une tortue, &ce sut pour la plaisante raison que l’on va voir. Uy a, selon les Indiens, sept Mers dans le monde quenous habitons: l’une de ces Mers est de lait,& il s’yforme un beure très-délicieux , dont les Dieux sonttout-à-fait friands. Or il arriva, que voulant un jourtirer ce beure, ainsi qu’ils ont accoutumé de faire detemps en temps; ils apportèrent , non fans beaucoupde peine & de travail, fur le bord de cette Mer delait , une haute montagne d’or appellée , MagameruParruvadam ; fur laquelle, à ce que disent les Gen-tils, sont appuyez les quatorze mondes, qui compo-sent cet Univers. Le sommet de cette montagne leurservit de poutre , par dessus laquelle ils passerent unecouleuvre d’une grandeur prodigieuse , & qui a centtêtes, fur lesquelles les quatorze mondes sont pareille-ment soutenus. Les Dieux se servirent de cette cou-leuvre , comme d’une corde, pour tirer plus facile-ment le beure; mais pendant qu’ils travailloient d’uncôté, les Géants, qui de tout temps ont été les enne-mis des Dieux , tiraient la couleuvre de l’autre, avectant de violence, que le monde en fut ébranlé, qu’ils’abaissa , & qu’il fut fur le point d’être renversé.Ce qui ayant été remarqué par Vixnu, il prit promp-tement la forme d’une tortue , & alla se poser sousle monde pour le soutenir. D’un autre côte, la cou-leuvre à cent têtes ne pouvant plus souffrir la violen-ce que lui saisoient les Dieux & les Géants , en latirant chacun de leur côté , vomit tout d’un coupcontre ces derniers une liqueur si maligne , que laplupart en moururent fur le champ,
Vixnu ne s’en tint pas à ce qu’il venoit de faire, ilappréhenda que les Géants qui étoient restez ne man-geassent une partie de cet excellent beure, que l’onavoit enfin tiré avec tant de peine & de danger. Pourles en empêcher , il prit la figure d’une très-beîlefemme, de laquelle tous ces Géants devinrent d’abordéperduëment amoureux. Par cet artifice , il les amu-se jusqu’à, ce que les Dieux eussent mangé ou empor-té tout le beure. II disparut ensuite dans un instant,laissant les Géants bien étonnez de ne plus voir, nicette femme, dont la beauté les avoit éblouis , ni lebeure divin pour lequel ils avoient essuyé tant de fa-tigues. En la troisième incarnation, Vixnu se fitpourceau& voici de quelle maniéré cela arriva.
II y eut un jour contestation entre les Dieux Bra-ma , Vixnu & Rutrem , pour sçavoir lequel d’euxétoit le plus grand. Alors Rutrem proposa à Brama& à Vixnu ses freres, qu’il s’iroit cacher , & promit
de se soumettre à celui qui pourrait trouver se tête& ses pieds, lequel serait reconnu pour le premier patles deux autres. Brama & Vixnu aiant agréé la pro-position , Rutrem disparut aussi-tôt , & cacha sespieds & se tête séparément ; & en des lieux sort éloi-gnez l’un de l'àutre.
Brama se mit d’abord en devoir de chercher la tê-te , & pour y mieux réussir , il se changea en cigne jvola de toutes parts, & mit tout en usege pour ap-prendre des nouvelles de ce qu’il cherchoit , maisvoiant que toutes ses peines & tous ses soins étoient in-utiles , il commença à desesperer dti succès de son en-treprise. II étoit même sur le point de l’âbandonner,lorsqu’il rencontra la fleur du chardon > qui vint lesaluer sort civilement , & lui enseigna Tendrait oùRutrem avoit caché sa tête. Brama ravi de cette nou-velle, alla auflì-tôt au lieu que la fleur lui avoit indi-qué. 11 y trouva la tête de son frere , qui fut au dé-sespoir de ce que Brama étoit venu à bout d’unechose qu’il avoit estimée impossible. C’est pourquoi,outré de colère contre la fleur qui avoit aidé à le dé-couvrir , iî la maudit, & lui défendit de jamais pa-raître en se présence , & c’est la raison pour laquelletoute la Tribu de ceux que Ton appelle Andis , quifont Sectateurs de Rutrem, ne mettent point de cetteespece de fleur dans les Temples consacrez en l’hon-neur de ce Dieu. Il donna aussi se malédiction à sonfrere ; & bien loin de le reconnoître pour supérieur,comme ils en étoient convenus, il fit au contraire deterribles imprécations contre lui, & souhaita qu’à Ta-venir on ne Tadorât plus, qu’on ne lui dédiât plusni Temples, ni Statues, & qu’on ne lui offrit plusde Sacrifices ; ce qui s’est très-exactement observé danstous les lieux où la Secte de Rutrem est domi-nante.
La tête de Rutrem ayant été ainsi trouvée , il nerestoit plus qu’à découvrir Tendrait où il avoit ca-ché ses pieds, & ce fut pour y parvenir que Vixniise fit pourceau. En cet équipage, il alla de tous co-tez fouiller jusques dans les entrailles de la terre; maisce fut en vain : il sortit de la terre aussi pourceau zmais beaucoup plus seîe qu’il n’y étoit entré , sensavoir trouvé ce qu’il cherchoit. C’est néanmoins enmémoire de cette noble métamorphose , que Vixnuest adoré sous la figure d’un pourceau par tout cequ’il y a de pins considérable chez les Gentils In-diens.
CHAPITRE V,
Suite des Aventures de VixnUi
J Orsqxte Vixnu s’incarna pour la quatrième fois,il se fit homme & lion tout à la fois; voiciquelle en fut Toccasion. Il y avoit dans le mondeun puissant Géant appellé , Iranien. Rutrem, enverslequel ce Géant avoit paru dévot pendant quelquetemps, lui avoit accordé un privilège très-singulier squi étoit, de ne pouvoir être tué par personne, ni dejour, ni de nuit, ni dehors ni dedans se maison. Cet-te faveur si extraordinaire , loin de rendre le Géantmeilleur, le fit si orgueilleux, si fier , & si insolent Sque non seulement il cessa d’honorer son bienfaicteur,mais qu’il résolut encore d’empêcher qu’à l’avenir per-sonne n’invoquât plus, ni Rutrem , ni aucun des au-tres Dieux , & menaça de punir de peines très-cruel-les, ceux qui oseraient seulement proférer leur nom;,mais pendant que le monde trembloit & gémissoit sousla tyrannie d’Iranien , sens que personne ofêt implo-rer Tastìstance des Dieux, le fils de cet impie Géant*appellé, Prágaladen, méprisa les menaces dé son père;éc au lieu de proférer son nom dans les prières que son