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Superstitions anciennes et modernes, préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages & à des pratiques contraires à la religion / [Pierre Lebrun]
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PRÉFACE de

L A plupart des Théologiens qui ont écritfur les superstitions, seíbnt peu appliquezà vérifier les faits quils ont rapportez, & ontété daílleurs des Philosophes très superficiels ,nétant guidez que par des termes de lécole ,plus propres à embrouiller quà éclaircir le sujetquils traitoient. Cependant comme il sagit dedéterminer dans ces sortes dOuvrages ce quiest naturel Sc ce qui ne lest pas , il mut certai-nement avoir un peu de cet esprit philosophi-que , qui, après sêtre aííùré de la vérité desfaits , sépare le vrai d'avec le faux. Rien nestdonc plus nécessaire que de chercheqdes prin-cipes pour discerner les effets naturels davecceux qui ne le sont pas , puisque cest par-seulement quon peut ne pas ségareren traitantcette matière.

Le P. le Brun en expliquant les phénomènesde la Baguette dejacques Aymar, sétoit déjaservi avec succès de quelques principes de phy-sique, pour démêler si cette vertu étoit naturel-le , 8c il avoir dèslors promis (a) un traité dudiscernement des effets naturels davec ceux quine le sont pas. Ce quil avoit promis il lexécu-ta dans V Histoire critique des pratiques super-stitieuses qui ont séduit lesPeuples ér embar-rassé le s Savans , imprimée à Rouen en 1702chez la veuve Behourt. Cet ouvrage fut ap-prouvé par de Savans Théologiens 8c par desPhilosophes habiles, 8c les lustrages du Publicconfirmèrent un jugement si avantageux, sédi-tion entière ayant été enlevée en peu de tems.Mais quoique les principes de ce discernementsi délicat 8c si difficile fustènt exposez avec net-teté, cependant le P. le Brun crut pas les avoirdéveloppez avec aíîèz détendue, 8c convaincude limportance de la matière, il entreprit de lamettre dans un nouveau jour. Cest principale-ment pour cette raison, quil empêcha quon nefît en France une seconde édition de son Ouvra-ge. Voici comme il sexplique Iui-même dansune lettre MS. à M. le Comte dEryceira, quilconsulta sur la vue perçante dune femme deLisbonne, (b) quon disoit voir à travers lescorps les plus opaques. ;, Preste de revoir cet,, Ouvrage, je crois devoir métendrefur ledis-,, cernement des effets naturels davec ceux quine le sont pas, parceque nous navons aucun,, bon ouvrage fur cette matière. II me paroit quil faut commencer par démêler le vrai da-,, vec le faux, à cause que les Anciens 8c les Modernes ont mêlé une infinité de fables,, dans lhistoire naturelle, 8c quils ont jetté par- beaucoup dobseurité dans toute la Physique. Et ce qui nest pas moins fâcheux, cest quil se trouve de tems en tems de pré- tendus Physiciens, qui entreprennent de donner des raisons physiques de ce qui nest point, 8c de ce qui est physiquement inex-

(4) Illusion des Philosophes sor la Baguette. T. Z.

(J>) Voyez le r. i. de cet Ouvrage.

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,, plícable. Il y a longtems que le mal dure; ce,, qui faisoit dire à Cicéron de ces prétendus Physiciens , quo genere nihil arrogantiusAprès avoir rapporté tout ce quon disoitcette femme : II est important, ajoute-t-il ,

de détromper le public si les faits sont faux,

,, 8c dexaminer, sils sont vrais, quelle en peut être la cause. Si M. le Comte votre péte, dont le discernement 8c la science sont si connus,

veut joindre son jugement au votre, jenau- rai bien de la joye, 8c je ferai de la réponse,, dont vous mhonorerez, lusage quil vous plaira de me prescrire. Je ne sais pas si ceSeigneur Portugais répondit, mais je nai trou- aucune de ses lettres parmi les manuscrits duP. le Brun.

Ce Traité du discernement des effets natu-rels davec ceux qui ne le sont pas, compose lepremier livre de cet Ouvrage. Le P. le Brun laachevé peu de tems avant fa mort, 8c par lamaniéré dont il la arrangé, il ne peut manquerde plaire à ceux qui cherchent sincèrement la vé-rité. II fait voir dabord le peu de secours quonpeut tirer des anciens Philosophes , pour fairece discernement si important; les uns ayant mê- la Physique avec la Religion, 8c les autresayant peu connu la distinction des Corps ôcdeSEsprits. Les Naturalistes ayant ramasle toutessortes de faits, fans les vérifier, font encore detrès mauvais guides ; 8c ce quil y a de singu-lier, cest que malgré les progrès de la Physi-que , il se trouve encore aujourdhui des gensqui débitent de nouvelles fables , 8c des Physi-ciens qui prétendent les expliquer. Le P. le Bruna pris de occasion dentrer dans un court dé-tail des erreurs , la crédulité 8c la présomp-tion ont précipité les uns 8c les autres. Ce ta-bleau est en même tems curieux 8c utile; lAu-teur bien différent des Compilateurs , remonteà la source de ces fables, 8c en prouve la faus-seté. Ensuite il pose les principes nécestàires pourfaire le discernement des effets naturels davecceux qui ne le font pas ; principes simples, maisféconds, dont il tire de très justes inductions.

Inattention de lAuteur à découvrir le vrai,paroit dans les soins quil prit pour saslùrerde deux faits singuliers dont il a été témoin.Lun regarde la guérison miraculeuse dune pré-tendue muette au tombeau de Jacques II RoidAngleterre; 8c lautre est la prétendue cata-lepsie dune fille, qui en 1710. attira la cu-riosité des savans 8c des ignorans. Ces deuxmorceaux méritent dêtre lus. Mais je ne par-donne point au P. le Brun , davoir adoptélenforcellement du Fils de M. de la Richar-diére ; toute cette relation ne contient rien,qui ne puiísc être produit par une imagina-tion vive. Ce qui a peut-être engagé lAuteurà adopter ces faits , est la probité de ceux quiles lui ont rapportez ; mais il auroit consi-dérer que la probité nest pointàlabridespres-

* 2 tiges