PREFACE DE LA PREMIERE EDITION.
blés qUi ne puissent être produits, ni par les secrets ressortsde la nature , ni par la fourberie des hommes , on doit ledire (st on ne doit pas taire qu’il faut attribuer aux Espritsce qui ne peut être produit par les Corps , puisqu'il efi con-fiant que nous n avons d'idée d.'aucune substance que deT Esprit (st áu Corps. Enfin fi par tout ce que la Raison (stla Foi nous enseignent touchant les Esprits, ilparoit évidentqu’on ne peut attribuer les effets en quefiìon qu aux Espritsque l’Ecriture apelle fi souvent des séducteurs , pourquoidissimuler sur ce point ? Qu'on disê en général qu’il y a desfourbes fort adroits dont on efi souvent la dupe , je n’aigarde de le nier. Je crois qu'il q en a qui font tourner laBaguette , mais il y a des moyens de connoìtre jusques oùla fourberie peut aller. Qu'on dise encore qu'on se trompesoudent , pour ne pas Connoìtre assez, la nature , rien n'efi:plus vrai. Plusieurs donnent trop au méchanifine , les au-tres n y donnent pas assez. , & la difficulté efi de choisir«n juste milieu entre ces extrêmitez, vicieuses. Mais celan’empêche pas qu'il n'y ait des cas , ou le discernementn’eff ni impossible , ni difficile. Ce qui efi constant , c estqu’on n est jamais st exposé à se tromper, que lorsqu'on ju-ge sur des idées vagues (st confuses. Je crois qu'on verraassez, clair dans le sujet dont il s agit , quand on se fer a don-né la peine de lire (a) la première Partie de cet Ouvrage.
On jugera néanmoins plus exaflement de cette pratiqueaussi bien que dé un grand nombre d’autres , en lisant laseconde Partie (b ), où l’on établit des principes pour fai-re connoìtre ce que c’efi que miracle (st superstition, parquelles loix tous les effets font produits , (st par quellesrégies on peut juger si un effet est naturel ou non. DansVapplication de ces notions ou de ces régies, on n a pu fidispenser de faire voir les erreurs des Philosophes , quivnt cru naturels des effets qui ne peuvent l’être , (st dedécouvrir l’illufion où nous jettent plusieurs prétenduesmerveilles de la nature, qui ont été crues fans fondement.II a fallu aussi montrer avec quelque étendue , nécessairepour diverfis personnes, quelle efi la cause des effets quim fimt pas produits naturellement.
Avec ces principes on pourra fi détromper aisément d’ungrand nombre de pratiques superstitieuses , qui durant plu-sieurs siécles ont trouvé des défenseurs. C'est dans cettevue que nous avons entrepris /'Histoire Critique des U-í âges Superstitieux, qui ont séduit les peuples & embar-rassé les Savans. On représente d’abord combien on a tou-jours été porté à excuser (st à autoriser même des prati-ques superstitieuses , faute de lumière (st d'attention , Q"l’on entre ensuite dans le détail de celles qui ont été en-fin condamnées universellement par l’Eglise , ou qui doi-vent Pétri par toutes les personnes instruites (st attenti-ves. Cette matière est si ample, qu elle pourra nous obli-ger k donner dans quelque tems un second Folume. Ce-pendant on n’a pas dessein de faire un Traite entier desSuperstitions. On obmettra celles qui ne font en usage queparmi des perfinnes fans Religion, ou qui ne peuvent trom-per que des femmelettes. II suffit que les Curez, (st- tousceux qui instruisent , tachent d’en désabuser le peuple ; (stil y a assez, de Livres qui les indiquent , (st- en donnent del’horreur. Nous ne parlerons que des pratiques qui font au-torisées par des Savans , parcequ'elles donnent lieu de dou-ter fi elles ne produisent pas leur effet naturellement, oupar miracle.
On ne trouvera pas étrange qu’on apelle Savans les Dé-fenseurs de ces pratiques superstitieuses , en même tems qu’onmontre qu’ils fi trompent en ce point. C'est un titre quiconvient k ceux qui ont beaucoup de leBure, (st- la réputa-tion de Gens de Lettres. On ne pouvoit pas contester cettequalité ni cette réputation au célèbre Hincmar de Reims,qui a pourtant autorise des épreuves certainement supersti-tieuses.
Mais on aura sujet d.'être surpris que f ose éclaircir oudécider des difsicultez. qui ont partagé & embarrassé des Sa-vans. Deux chofis m’ont rassuré contre la peine que je res-sent ois fur ce point. La première est , que je ne mets déci-ma) Lisez le septième Litre de la nouvelle Edition.
(f) Lisez le premier Livre de la nouvelle Edition .
fivement plusieurs pratiques au nombre des juperfiìtìoni 1qu’apres des décisions généralement reçues. L’autoriiêd’Hincmar , ou de quelqu’autre Savant que ce soit, nepeut faire douter que l’épreuve de l’eau froide ne soit super-stitieuse, depuis qu’elle a été absolument condamnée par TE-glifi.
La seconde est , que quand on s’aplique k me matièreavec des notions qui ne peuvent être fausses, (st- qu’on ad’ailleurs des décisions formelles de T Eglise en pareil cas ,/’attention fait naître des pensées (st découvrir des raisonsdécisives, qui ne peuvent être ébranlées par des discours va-gues , fondez, fur ce qu’il y a dans le monde une infinité dechoses merveilleuses, obscures, (st difficiles k pénétrer.
Ainsi l’on ne refusera pas d'examiner les pratiques super-stitieuses qui jont communes dans les Files ou dans lesPro-vinces, (st qui trouvent néanmoins quelques Défenseurs. Jeprie seulement ceux qui demandent qu’on parle sur ces str-ies de pratiques, de ne pas nous proposer celles qui fent kpeine connues , (st qui n ont pas befioin de discussion. Desperfinnes, par exemple, nous ont pressé de parler de ce qttis'observe , dit-on , dans quelque Eglise, où Ton porte lesenfans morts nez,, (st où Ton prétend qu’après certainesprières ou cérémonies, ces enfans donnent des signes de vie,k la faveur defquels on les baptise promptement. On a faitentendre qu’il y a de la fourberie ; (st quand cela ne firoitpas, c est une superstition visible, (st une tentation de Dieuqui a été souvent défendue. Si cela se fait sans éclat, com-me on T assure , il faut en avertir T Evêque. Un détail desemblables superstitions ne peut fervir qu’k scandaliser , (stporter des perfinnes ignorantes k faire T essai de ces prati-ques , au lieu qu'on peut compter qu'il n'y a point d.'Evê-que qui ne fiit assez, z,eié pour faire cesser ces fortes d.’abus.Quoi qu’il en soit, nous ne prétendons parler que des prati'-ques publiques, qui séduisent le Peuple (st trouvent des Dé-fenseurs.
APPROBATION
De Monsieur de Lorme, DoBeur de Sorbonne.
J ’Ai lu par Ordre de Monseigneur le Garde des Sceaux,l'Histoire Critique des Pratiques superstitieuses, &c. jen’ai garde d'en porter un jugement différent de celui desDocteurs célébrés qui l’ont approuvée avec éloge dès levivant de l’Auteur. Je remarquerai seulement que la nou-velle forme qu’il avoit lui-méme donnée à son Ouvra-ge, & les Additions posthumes qui y font insérées, lefont lire avec une nouvelle satisfaction. En Sorbonne, leaï. Janvier 175z.
DE LORME.
JESUS MARIA.
Permission da Très Révérend Père Général de TOratoire.
N Ous Pierre-François De la Tour, Prêtre , Supé-rieur Général de la Congrégation de l’Oratdire deJésus-Christ Notre Seigneur. Vu pàr nous le Privilègedu Roi & l’Approbation du Censeur Royal , permet-tons à la Veuve de Florentin Delaulne , Imprimeur &Libraire, d’imprimer un Livre intitulé : Histoire critiquedes Pratiques superstitieuses, 8 cc. composée paf le feu P.Pierre le Brun, Prêtre de notre Congrégation, confor-mément au Privilège à nous accordé par les Lettres Pa-tentes du Roi, en datte du r6. Mars 1689c enregistréesau Grand Conseil le 25. Avril de la même année , parlesquelles il est défendu à tous Libraires & Imprimeursd’imprimer & vendre aucuns Livres composez par ceuxdc notre Congrégation, sans notre permission expresse ,fous les peines portées par ledit Privilège. Donné à Pa-ris ce vingt deuxième Janvier mil sept cens trente deux.
P. F. DE LA T OUR.
De TOrdre de Notre Révérend Père Général,L. Batterel, Sécretaire.
A P-