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DES SUPERSTITIONS.
appartient uniquement, & elle fait que nous le lui ren-dons d’une maniéré digne de lui.
La Superstition au contraste rend aux créatures l’hon-neur qui n’est dû qu’au Créateur, ou si elle Je rend auCréateur, elle ne le fait pas de la façon qu’elle le doit.C'est pourquoi Lactance a fort bien remarqué que laReligion appartient au vrai culte, & que la Superstitionregarde le faux culte.. ( a)
Saint Thomas allure auffi que la Superstition est unvice opposé par excés à la Religion, uon parce que laSuperstition rend plus d’honneur à Dieu que la vrayeReligion, mais paree qu’elle rend un honneur divin à quielle ne le doit pas, ou de la manicre qu’elle ne le doitpas. (b)
C'est en ce sens que l’Auteur de la Glose ordinaire
(c), dit que la Superstition est une Religion démesurée& extraordinaire & que Jean Gerson (d), surnomméle Doéleur tres-Catholique , Chancelier de l’Université deParis, & Curé de saint Jean en Grève, asseure qu’elleest un vice opposé par excés ì l’adoration & à la Reli-gion , par lequel on s’efforce de rendre un culte extéri-eur de latrie autrement qu’on ne doit, quand on nedoit pas, & avec d’autres circonstances qu’on ne doit.
Denys le Chattreux (e) , qui par íà profonde pieté,& par les hautes élévations de son esprit, a mérité le glo-rieux nom de Docteur exfiatique , explique ainsi la dé-finition de saint Thomas que nous venons de rapporter :„ La Superstition est un vice opposé par excés au culte„ de latrie. Ce n’est pas que l’on puisse rendre à Dieu„ plus de vénération qu’il ne mérité, puisque sa sainteté„ & sa majesté étant infinies, il est infiniment plus dig-„ ne d’honneur & de respect que les créatures ne lui en„ peuvent rendre ; mais c’est parce qu’elle rend un culte„ divin ì qui elle ne le doit pas, ou de la façon qu’elle,, ne le doit pas.
On est véritablement Superstitieux lorsque l’on nedonne pas à Dieu ce qui lui appartient; lorsque l’on don-ne à la créature plus qu’il ne faut ; lorsque l’on donneau Créateur autre chose qu’il ne demande, & d’une au-tre maniéré qu’il ne demande ; lorsque l’on rend à toutautre qu’à Dieu un culte de latrie, (f) Mais onnel’estnullement lorsqu’on rend à Dieu ce qu’on lui doit; lors-qu’on lui rend ce qu’il demande, & de la maniéré qu’ildemande.
D’où il est clair que toutes les pratiques superstitieu-ses sont défendues par le premier commandement de laLoi, par lequel Dieu nous órdonne de n’avoir pointde Dieux étrangers deyant lui, & de ne point rendreà d’autres l’honneur qui lui est dû.
Saint Thomas (g) le dit formellement, Le ConcileProvincial d’Iorc en 1466. est dans la même pensée,lorsqu’il déclaré que toute Idolâtrie ejì défendue far cepremier précepte: Tu n’auras point de Seigneurs étran-gers en ma présence; „ Et que sous ce même precepte,, est auffi comprise la desense de tous les sortilèges, de„ tous les enchantemens, de toutes les superstitions, des„ caractères, & des autres vanitez de même nature.
Le Rituel d’Evreux ( h ) imprimé en 1606. ceux deChartres de 1617. & de 1639. ceux de Rouen de1640. & de i6;r. celui de Paris de 1646. celui de
(a) Lib. 4. divin. Instit. c. *8. Religio ( dìt-il) veri cul tus est,
Superstitio saisi.
(b) z. q- 9 1 - a - *• > n corp. Superstitio (ce font ses proprestermes) est vitium Religioni oppositum secundùm excessum, nonquia plus exhiber in cultum dìvinum quâm vera Religio; sed quiaexhibet cultum divínum vel cui non debet, vel eo modo quo non
*%ebet.
(c) In illud Coloss. r. v. 13. Jôhu f un t rationem hctbentia in Su-ferstitione. Religio qus supra modum est.
( d) In Descript. terminor: ad Theolog. utilium, tit. dejustit.gc partib. ejus. Superstitio est vitium oppositum adorationi 8c Re-ligioni per excessum, q uo q U i s aliter, 8c quandò non deberet, 8cíic de aliis circumstantiis, ostendere nititur latriam exteriorem.
(e) Lib. contra vitia Superstit.a. ì.
(/) Card. Cufa Lib. z. Exercitat. Sermon, in illud: ïbant Ma-gì, 8cc. Est Superstitio quando cultus latriae alteri quâm Deo at-
tribuitur.
(g) z. r. q. tzz. a a. ad. z. Omries Superstitiones intelligunturprohiberi in hoc cjuod dicítur : ìtfon habebìs JD eos nlienos corn??} pue
(h) Tit. de Examin. Pœnit. ou, de Sacram. Pœnit. Instruit A.
Monsieur Pavillon Evêque d’Alet, & plusieurs autres,suivant la décision de ce Concile d’Angleterre, veulentque l’on interroge les Penitens fur le premier Comman-dement de Dieu : Sçavoir (i) , s’ils ne se sont point servisde quelque Superstition, soit par eux-mêmes ou par leministère d’autres personnes ? S’ils n’ont point usé d'en-chantements ou de maléfices ? S’ils n’ont point consultéles Devins ? S’ils n’ont point appris la Magie.
Monsieur Arnaud Evêque d’Angers, Monsieur deLaval Evêque de la Rochelle, & Monsieur BarillonEvêque de Luçon, daus le Catéchisme qu’ils ont faitimprimer pour l’usage de leurs Diocèses , parlant àceux qui pechent contre le premier Commandement, enrendant à d’autres qu’à Dieu l’honneur qui lui appar-tient , marquent expressément. „ (k) Ceux qui s’en-„ gagent au Démon par quelque pacte, comme les Ma-„ giciens & les Sorciers ; Ceux qui fe mestent de devi-,, ner l’avenir & de découvrir les choses sécrétés &„ cachées, en consultant les Démons, ou en s’attachant„ à diverses observations vaines & superstitieuses ; Ceux,, qui font dependre le bon ou le mauvais succès de„ leurs affaires de certains jours , heures, semaines &„ autres choses semblables; Ceux qui au lieuderemedes,, ordinaires se servent de paroles, de signes & d’autres„ choses semblables pour la guérison de leur maladies,„ ou de leurs bestiaux ; Ceux qui mettent toute l’espe-,, rance de leur salut dans la pratique de certaines prières„ ou cérémonies qui ne sont point ordonnées de Dieu,„ ni autorisées de l’Eglise.
C’est avec grande raison que Dieu a fait défense auxhommes dans le Decalogue de fe servir d’aucune Super-stition, puisqu’ils ne peuvent en user qu’auparavant ilsn’ayent fait un pacte exprès, ou du moins tacite, avecle Démon. Car qui dit Superstition, dit de neceffitépacte avec le Démon.
Voilà pourquoi saint Augustin (/) parlant des Super-stitions en général dit qu’elles regardent les pactes & lesconventions que l’on fait avec le Démon. Et aprèsavoir réfuté les opinions erronées & extravagantes desAstrologues judiciaires, & les avoir (m) traitées de Su-perstitieuses; il ajoute qu’elles sont une espece de pacte& de convention avec le Diable, (n) Ce qu’il repe-te encore dans la fuite, (o)
Saint Thomas ( p ) dit auffi que toutes les Superstitionssont fondées fur un pacte tacite ou exprès avec les Dé-mons. (q) Et c’est fur ce principe que la Faculté deThéologie de Paris dans le huitième article de la Cen-sure du 19. Septembre 1408. qui est rapportée touteentiere par Gerson, enseigne qu’il y a un pacte taciteavec les Démons dans toutes les pratiques superstitieusesdont on ne doit pas raisonnablement attendre les effetsni de Dieu, ni de la nature.
Or tant s’en faut qu’il nous soit permis de faire au-cun pacte avec les Démons, que nous sommes étroitementobligez de les haïr, parce qu’ils sont les ennemis irre-concilliables de Dieu, à qui nous appartenons par tantde titres ; & il semble que Dieu même nous ait imposécette obligation, lorsqu’il dit au Serpent qui fit tomber
nô-
(j) An usns sit aliquo genere Superstitionum perse velperalios?An incantationes vel maiesiciaexercuerit, velDivinosconsuluerit?An artes Magicas didicerit ?
(k) 5. Partie, art. 3. leçon 3.
(\l) Lib. 2. de Doctr. Christ, c. 20. Superstitiosumest quidquidinstitutum est ab hominibus ad facienda 8c colenda idola perti-nens, vel ad colendam fient Deum creaturam partemve ullamcréature, vel ad consultationes 8c pacta qusedain fignificationumcum Daemonibus placita atque federata.
(m) Ibid. c. 22. sine ulla dubitatione refellitur haec Superstitio.(») e. 25. Quare istœ quoque opiniones quibusdamrerumsignishumana preíumptione institutis ad eadem illa quasi quidam cumDazmonibus pacta 8c conventa referendx sunt.
(0) Omnes igitur artes hujusmodi vel nugatorise, velnoxiíeSu-perstitionis ex quadam pestifera societate hominum 8c dasmonum,quasi pacta infidelis 8c dolosse amìcitise, constitutse, penitus suntrepudiandx 8c fugienda: Christiano.
(p) 2. 2. q. 722. a. 2. ad. z- Omnes Superstitiones proceduntex aliquo pacto cum Dasmonibus inito, tacito vel expresso.
(q) Genes. 3. v. if. Intendimus pactum esse implicìscm inomni obíervatione Superstitioía cujus effectus non debet à Deovel à nîtuia rationabiliter exspectari,