Buch 
Superstitions anciennes et modernes, préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages & à des pratiques contraires à la religion / [Pierre Lebrun]
Entstehung
Seite
56
JPEG-Download
 

SUPERSTITIONS.

jtf DES

certaines personnes, que de la main gauche , quavecun fouet de soye ou de lin , fait dune certaine manié-.

Selon ces deux Réglés, ceux- tombent dans la Su-perstition de la vaine observance , qui símaginent quelon soulage la Lune dans son éclipse , lorsque l'on criebien haut, ou que l'on fait beaucoup de bruit. Voilànéanmoins ce que le Démon faisoit faire autrefois à cer-taines gens dont parlent les Peres de lEglise. M'étantinformé , dit S. Ambroise à son peuple , (a) ce que signifioient les cris extraordinaires que vous faisiez fur le soir i! y a quelque temps, on me répondit que vous prétendiez par- donner quelque soulage- ment à la Lune dans son éclipse. Alors je me raillai de cette folie , & je fus surpris au même temps de voir que vous étiez assez bons Chrétiens pour prêter secours à Dieu. Car vous criez de peur quil ne perdît la Lune , si vous fussiez demeurez dans le si- Ience , vous imaginant quil ne la pouvoit soulager,3 , quoi quil en soit le Créateur, si vous ne leussiez secourue. Cest bien sait à vous que daider ainsi la,, divinité dans la conduite du Ciel : Mais si vous le voulez encore mieux faire , je vous conseillé de veil-,, 1 er toutes les nuits. Car combien de fois pensez vous,, que la Lune a éclipsé tandis que vous dormiez , fans qúe pour cela elle soit tombée du Ciel ? Penfez-vousj, qu'elle éclipse toûjours vers le soir , & quelle né- clipfe jamais le jour ? Selon vous elle na de coûtu-,, me déclipser que vers le soir , lorsque vous avez le,, ventre plein , & la tête chargée du vin que vous,, avez beu. Elle ne travaille que lorsque le vin vous travaille. Elle nest troublée par les enchantemens que lorsque vos yeux le sont par le vin. Comment dont étant yvres pouvez-vous voir ce qui se passe}> dans le Ciel à légard de la Lune , Vous qui ne vo- yez pas ce qui se passe en vous-mêmes fur la terre ? Voilà justement ce que dit le Sage, (b) Que les fouschangent comme la Lune. Vous changez comme laLune lorsque son mouvement vous rendant fous êc inferssez , de Chrétiens que vous étiez , vous deve- nez íàcrileges. Car cest commettre un facrilege con- tre le Créateur que dattribuer des foiblesses à la,, créature. Vous changez comme h Lune , puisque,, de sideles vous devenez infidèles.

Si lorsque la Lune éclipse , dit lAuteur du Sermon5. da temps , qui est parmi ceux de S. Augustin,vous voyez, quelqu un crier , avertijsez, le quil commetm grand péché s'it efi dans cette pensée facrilege quilla peut soulager par ses cris contre les maléfices , ne con-sidérant pas que cefi par lordre de Dieu , quelle éclipfien certains temps.

Cest dans ce même sens que S. Eloy , Evêque deNoyon (c) parle ainsi à ses peuples : Quaucun de vousne crie lorsque la Lune éclipse , par ce que c'efi par lordrede Dieu quelle éclipse en certains temps.

Ceux- tombent encore dans la même Superstition,qui font semer du persil par un enfant, par un imbe-cille , par un insensé, ou par quelquautre personne quinait point de chagrin, dans la créance quil vient mieuxque sil étoit semé dune autre main.

Qui mettent la plus grosse piece dargent quils peu-vent avoir dans la main droite dun mort , lorsquonlenfevelit, afin quil soit mieux reçu en lautre monde.

Qui ne veulent pas que lon brûle les morceaux dunjoug de bœuf rompu , parce que cet animal étoit pré-sent à la naissance de Notre Seigneur.

Qui croient que ceux qui transplantent du persil meu-rent Vannée même quils le transplantent.

Qui croient quil moura quelquun de la famille dudéfunt, si son corps fe trouve .... dans le temps quoalenfevelit.

Qui croient quils auront des richesses en abondance,

(a) Serm. 4. ad populiun:

(l>) Eccli. 17-

(4 In Vit, l 2. c. ij,

si après avoir coupé la tête à une chauve-fouris avec unepiece dargent , ils la mettent dans un trou bien bou-ché , ly tiennent pendant trois mois & au bout de cetemps- lui demandent ce quils veulent.

Qui pour savoir le secret dune personne écrivent surleur main gauche un Jeudi, un Vendredi , un Same-di , ou un Dimanche, une certaine figure quils mon-trent ensuite à cette personne , en lui demandant sonsecret quelle ne sait nulle difficulté de léur dire.

Qpì ne veulent ni coudre , ni filer , ni faire aucunautre travail dans la chambre il y a un corps mort,simaginant quil est fête double & de commandementdans cette chambre.

Qui pour filer beaucoup en un jour , filent le matinavant que de prier Dieu & que de laver leurs mains,un filet fans mouiller , 8c le jettent ensuite pardessusleurs épaules.

Qui ne veulent pas que lon brûle des cocquesdœufs , de crainte , disent-ils, de brûler une secondefois S. Laurent qui a été brûlé avec de pareilles coc-ques.

Qui pour empêcher quun malade ne soit long-tempsà l'agoníe, dressent son lit en sorte que les soliveaux duplancher de la chambre il est malade , ne soient pasde travers , mais en long ; car si une fois ils font detravers, le malade sera long-tems à lagonk.

Qui simaginent que si une femme grosse demeuredebout ou assise au pied du lit dune personne agoni-zante , lenfant dont elle est grosse, sera marqué dunetache bleue au dessus du nez , appellée la bierrè , quisignifie que cet enfant ne vivra pas long-tems.

Qui empêchent les Eunuques de tuer les animauxque lon mange , & qui croyent que ceux- auroientcommis un grand crime qui en auroient mangé de tuezpar ces sortes de gens-. Cest une des Superstitionsque le Pape Nicolas I. condamne dans certains Grecs (d).

Qui, quand quelquun est mort chez eux, mettentdes croix dans les carrefours, afin que le mort retrou-ve le chemin de son logis, quand il y voudra revenir,'ou quand il ira au jugement dernier..

Qui enterrent un cheval un bœuf, une vache unechevre , une brebis &c. morts les pieds en haut fousle seuil dune écurie , ou dune bergerie, pour empê-cher les autres animaux de même espece de mourir.

Qui font une aspersion de bouillon dandouïlle , seJeudi ou le Mardi gras autour dune maison de cam-pagne, pour empêcher que les renards ne viennent man 1 -ger les poules de cette maison.

Qui , quand une femme ést accouchée dun élisantmort , ne le veulent pas faire sortir de la chambrepar la porte , pour lenterrer , mais par la fenêtre , decrainte que tous ceux dont cette femme accouchera dansla fuite ne viennent morts nés.

Qui ne veulent pas que les bergers & les bergerestouchent à la lampe du logis > ni quils lallument,parce que s'ils le faisoient, les agneaux nés dans lannéêferoient noirs. -

Qui, lorsque le maître du logis est mort , jettenttoute leau. qui peut être dans les seaux , de crainte queson ame sy étant baignée , on ne boive ses péchés, &couvrent les ruches des mouches à miel dun drap noir,de peur queíles ne meurent faute de porter le deuil deleur Maître* '

Qui simaginent faire plaisir aux morts on leur met*tarit entre les mains , ou en jettant fur leurs fosses, oudans leurs tombeaux de petites cordes nouées plu-sieurs nœuds, & dautres semblables, ce qui est expres-sément condamné par le Synode Ferrare en 161 z (.efiQui mettent certain nombre de croix fur les blés

avec

(d) In reípons. ad Consul. Bulgar. c. fj,

(e) Caveant parodii ne simpliœs fœminx , aut Viri, indes un c-torum manibus aut feretro , íuperstitionis gratia quidquam depo-nant, quales íunt chordul® quaedam frequentibus nodis aptse Scdistinct® , aut ejusdem generis alia quibus imprudentes ad manèscultus Sc superstitiones a vera pietate deflectunt. Ah lit, de Su-,périt. Sc Magicis artib. extcimiiundis, n, 2,