D ES SUPERSTITIONS. 95
s, maléfices , fous peine d’être mis en penitence pu,, que. , «
Le Rituel d’Evreux en 1606. dit (<*) Qì' e c e„ cher contre le premier precepte de la 'Loy que e e„ servir d’enchantemens.
Enfin les Statuts Synodaux de S* Malo , ceuxCahors, 6c ceux de Geneve condamnent les charmes,les Charmeurs, & ceux qui leur ajoutent foi.
CHAPITRE II.
*2) es Exorcisme s ou Conjurations , des Bene -dictions ou Oraisons , pour guérir les ma-ladies des hommes & des bêtes -, pour lespréserver de danger , pour chasser les rats<& les souris , les taupes , les mulots , lesserpens , les sauterelles , les chenilles , <£rc.pour détourner les orages , les vents , lestempêtes , /c\r ouragans , rcjr
Exorcismes font de ■ véritables charmes,sis ils font condamnez par l*Eglise.
L Es Exorcismes ou Conjurations, les Bénédictionsou Oraisons, dont on se sert pour guérir les ma-ladies des hommes & des bêtes , & pour les préserverde certains dangers , font de véritables charmes , selonla définition que nous avons rapportée dans le chapitreprécédent , pávce qu’ils produisent des effets merveil-leux & surnaturels, qu’ils n’ont nulle vertu , ni natu-relle, ni divine, ni ecclésiastique de produire.
Josephe rapporte que Salomon composa des charmescontre les maladies, & qu’il fit des Exorcismes si puis-jfans pour chasser les Démons, que quand une fois ilscroient chassez » ils n’osoient plus revenir {b). II ajou-te que ces charmes & ces exorcismes étoient fort enusage parmi les Juifs, & qu’ií a vû un certain Eleazar,qui en présence de Vespasien , de ses enfans & de sonarmée , guérit quantité de personnes possédées du Dé-mon , ce qu’il faisoìt en leur appliquant au nez un an-neau , dans le chaton duquel était renfermée une certai-ne racine que Salomon âvoit découverte, laquelle ilsJi’avoient pas plutôt sentie , que le Démon sortoit parleurs narines, & qu’ils tomboient par terre ; ensuite de-quoi il conjurait le Démon de ne plus revenir , & ilrecitott les enchántemens que Salomon a inventez (c).
Bien que j’aye beaucoup de foi pour Josephe * quia rendu un témoignage si authentique à nôtre SeigneurJ e s u s-C h r 1 s t , & que je le regarde comme un desgrands Auteurs Ecclésiastiques de Pancien Testament,ainsi que l’appelle le Cardinal Bellarmin (d) , je ne puisnéanmoins souscrire à ce qu’il vient de raconter ici deSalomon , dont PEcriture-Sainté ne dit rien de sembla-ble; & les réglés de la sainte Théologie me persuadent,que si Eleazar compatriote de cet Auteur a fait lesprodiges qu’il rapporte de lui, ce n’a été que par Po-peration du Démon , qui cede assez souvent à la force.des enchántemens, asin de tromper les hommes, & deles engager plus étroitement à son service*
f«) P. 1. tit. de Examin. pœstit. cìrca 1. praecep. n. 7.
{t) L. 8. Antiquit. Judaic. C. 2. ante med. Eam rem, dit-ìldivinitus consecutus est Salomon ad utilitatem 8c medelam hcminum , qu<£ adverlus dtemories cil efïicax. Incantationes emrcomposuit quibus morbi pelluntur , & corsiurationuïn modtscriptos reliquit quibus cedentes dsemones ita fugantur ut in poterum nunquam reverti audeant.
(r) Ibid. Atque hoc sanatìonis genus hue usque plutimum apvftostrates poîlet. Vidi enim ex popularibus meis quemdam Ele7 -arum în praesentia Vespasiani 8t filiorum , Sc Tribunorum, relquorum que militum multos arreptitios percurantem. Modus vitò curatioriis erat hic. Admoto naribus daemoniaci annulo , sicujus sigillo inclusa erat radicis species à Salomone indicatx , :ejus olSctum per nasum extrahebatur dxmonium , 8c collapmox homme , adjurabat id ne amphus rediret. Salomonis int
rim mentionem faciens, & incantationes ab illo inventas (re<tans.
{d) Lib. de Scriptor. Eccles.
Mais au reste on ne peut pas disconvenir que l'usagedes Exorcismes & des Oraisons , pour chasser les mala-dies des hommes & des bêtes, ne soit auffi ancien quel’Eglise. Le Fils de Dieu lui-même , ses Apôtres &ses Disciples, les Evêques qui sont les Successeurs deses Apôtres, les Curez & les Prêtres qui font les Suc-cesseurs de ses Disciples, Pont pratique utilement danstous les siécles.
Saint Grat, Evêque d’Aouste, Suffragant de l’Ar-chevêché de Tarântaise , qui vivoit sous Charlemagne,
& qui fut si illustre par les miracles qu’il opéra avant& après fa mort, selon ^Historique Chronologique dsPiémont (e) , se servoit d’une Formule de bénir Peaupour chasser les animaux qui nuisent aux biens de laterre. Cêtte Formule fut imprimée à Chambery en1615. Et le Pere le Cointe de l’Oratoire Pa publiéedans le septième Tome des Annales Ecclésiastiques deFrance fur l’année 814. Il est rapporté dans la vie deS. Ursc (f) , que S. Grat a obtenu cette grâce deDieu , qu’il n*y a point de taupes dans le pais d'Aoris-te , ni trois mille pas à l’entour.
Quoiqu’il en soit, si l’on s’est servi autrefois avanta-geusement des Exorcismes, on le peut faire encore avan-tageusement aujourd’hui. ..
Mais il faut avoir caractère §5 être approuvé de PE-glise pour cela. Nous en avons une preuve très-sor-melle dans le Concile Provincial de Mexico (g) eni; 8 ;. ou il est dit : „ Nous défendons à toutes sortes„ de personnes de faire a P avenir Poffice de ceux que„ l’on croît guérir les maladies par paroles où par be-„ nedictions , 6c que les Espagnols appellent Saludado-„ r es , Enfalmadorcs 0 Santiguadores , 6c de réciter pu-„ bliquement des Prières ou des Oraisons, soit dans,, les rués , soit dans les Eglises , à moins qu’ils n’a-„ yent été auparavant examinés par l’Evêque , &„ qu-ils n’en ayent obtenu de lui la permission : autre-„ ment ils seront punis selon les formes du Droit ; asin„ que l’on extermine quantité de Superstitions que cès„ sortes de gens ont accoûtumé de pratiquer.
Le Concile Provincial de Malines (h) en 160 j. dé-fend aussi à toutes fortes de personnes d’exorcizer, c’est-à-dire de réciter des Prières pour chasser les maladies deshommes Le des bêtes , fans en avoir obtenu de l’Evê-que la permission par écrit*
Le Rituel d’Evreux imprimé en (r) 1606. par l’or-dre de Monsieur le Cardinal du Perron, Evêque d’E-vreux , fait la même -defense.
C’est avec beaucoup de justice que l’Eglife en^hsede cette maniéré. Car si chacun se donnoit la libertéde dire des paroles & de réciter des Oraisons pour gué-rir les maladies, combien y auroit-il d’imposteurs & defourbes qui en feraient plein métier pour attraper del’argent ? Combien y auroit-il de personnes simples &stupides » qui se laisseraient surprendre par cet artifice,& qui même , si elles venoient à guérir naturellementde leurs maladies, après qu’on leur aurait dit quelquesmots ou quelques prières, attribueraient toute la gloirede leur guérison à ces trompeurs.
Témoin l’Histoire que raconte le P. Matthias Feíi-sius de Brouwershaven (kj en Zelande, Provincial desCordeliers de la basse Allemagne , & qu’il assure avoirlue dans les Sermons de Godscalc de Rozemonde (/),Docteur en Théologie & Théologal de Louvain.,, Une certaine femme , dit-il , ayant grand mal aux„ yeux, s’en alla à une Ecole , & ayant fait venir un
,, des
(e) C. 4;. n. /f.
(f) Ferrarius in Vit. 8. tírsi i. Februar. & Surius in Vit. 8°Grati.
(£ ) L. V. tit. 6 . n. ;.
(h) Tit. if. c. 4. Nullus omnrno exoreizare praesumat > sinelicentia Ordinarii in scriptis obtenta.
(i) P, f. tit. de Exorcis. n. 7. Caveat Sacerdos ne vel ipsehoc irïunus exerçeat, îiéve alios ad ipsum exercendum admittat,ni si prius habita in scriptis facultate à Reverendissimo DominoEbroicensi Episcopo.
(k) In Elucidât, praeceptor Decalog. Pr«cept. i. c. sif-
( l ) Serm. z. de Doapin. post Epiphaa.
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