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DES SUPERSTITIONS.
,, nous guérissons de la maille î O ! guérissez Vierges,„ guérissez l’ceil de ” N. faisant le signe de la Croix& soufflant dans l’œil , il continue : „ Maille , feuâ, grief, feu quel que ce soit , ongles , migraine, &„ aragnée, je te commande n’avoir non plus de puissan*», ce fur cet œil qu'eurent les Juifs le jour de Pâques,, fur le corps de nôtre Seigneur J e s u s-C h r i s t.Puis il fait encore le signe de 1 a Croix, & souffle dansfceil de la personne malade, lui ordonnant de dire troisPater , & trois ALve , au nom du Pere, & du Fils, &du Saint-Esprit.
Mais outre qu’elle attribue des faussetez ì S. Jean,& qu’elle contient quelque chose de badin & d’imper-tinent , qui sont deux caractères de superstition , ainsique nous Pavons remarqué dans le Chapitre X. de kpremiere partie de ce Livre , elle est combattue par lesraisons que nous venons de produire contre P Oraisonprecedente, & elle n’est pas moins blâmable.
On peut former le même jugement d’une infinitéd’autres Formules de prières de même nature. FélixMalleolus ou Hemmerlin Chanoine de Zuric , qui vi-voit l’an 14^4* íèlon Gefner dans fa Bibliothèque, s’estdéclaré hautement le protecteur de ces sortes de reme-des extraordinaires dans ses deux Traitez des Exorci/mesiEn voici trois qu’il rapporte & qu’il assure avoir beau-coup de vertu contre bien des maux. Le premier , Sisdttcla Marin virgo puerum jesum ver'e peperit , libere-tur animal hac pajsione , innommé Patris, &c. Le deuxiè-me , Chrijlas fuit natas , Chrijlas f Hit amijfus , Chnfiasfuit inventas , ipfi benedicat & conjìgnet hac vaincra , innomine Patris , &c. Le troisième, Ego adjaro vos ver-mes ! per omnipotentem Deam , .ut illa civitas vel damasfit vobis tam deteflabilis quam Deo ejl vir ille qai falfamfententiam protalit & jaftam mvit , in nomine Patris ,&c.
Mais quelque peine qu’il fe soit donnée de defendreune si mauvaise cause , toùt le fruit qu’il a remportéde son travail, a été de tromper quelques idiots , defaire tomber quelques, superstitieux dans les piégés duDémon , & de faire inscrire son nom dans Y Indice desLivres défendus par,Pautorité du Concile de Trente,parmi les Auteurs de la premiere Classe , ou j'apprensqu’on ’ne met que lés hérétiques, ou ceux qui sont sus-pects d’hcresie (a).
Delrio (b) rapporte vingt autres Formules sembla-bles. x-Mais il les estime si dangereuses & si criminellesqu’il n’en cite que le commencement & k fin , ne vou-lant pas, dit-il, les produire toutes entieres, de crainteque les impies & les curieux n’en abusent.
II en rapporte encore une autre tout au long qu’iltémoigne avoir été en grande vogue parmi les SoldatsEspagnols. Elle étoit en Espagnol, il l’a traduite enLatin , & 1 a voici en François mot pour mot : „ Par„ Jefus-Christ & avec Jefus-Christ & en Jefus-Christ,„ à vous E)ieu Pere tout-puissant apartient tout hon-», neu r & gloire dans P unité du Saint-Esprit, dans tous„ l es siécles : des siècles. Prions. Etant avertis par les„ préceptes salutaires , & étant conduits par l’institu-„ tion divine nous osons dire, Notre Pere qai êtes dans„ les Cieux i &c. Amën Jésus. Que k puissance du„ Pere, k sagesse du Fils , k vertu du Saint-Esprit »„ guérisse cette playe de tout mal. Amen Jésus. Mon„ Seigneur Jefus-Christ, je croi que la nuit du Jeudi-», Saint à la Cene > après que vous eûtes lavé les piedss, de vos saints Disciples, vous pristes le pain entre vos,» très-íâintes mains, le benistes, le rompistes & le don-„ nasses à vos saints Disciples , leur disant , Prenez, &», mangez ,, car ceci ejl mon corps. Pareillement que vous», pristes le Calice en vos très-saintes mains, que vous
„ rendisses grâces„ sent ’
, & que vous le leur donnasses , di-Prenez &
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beuvez , car c’est mon sang dunouveau Testament, qui sera répandu pour plusieurs enrémission des pechez. Toutes les fois que vous ferezceci, faites-le en mémoire de moi. „ Je vous supplie„ mon Seigneur Jefus-Christ , de guérir cette playe Zc», ce mal par ces saintes paroles , par leur vertu & par„ le mérité de vôtre sainte Passion. Amen Jésus. Au„ nom du Pere , & du Fils, & du Saint-Esprit. A-,, men Jésus.
II semble qu’il n’y ait rien dans cette Oraison quede fort raisonnable. Elle paraît pieuse. La plupartdes paroles dont elle est composée , sont prises ou del’Êcriture-Sainte , ou du Canon de 1 a Messe. Ceuxqui 1a disoient pour les malades , vivoient saintement,Salatatores fanEle vivantes. Ilt k disoient gratuitement& indifféremment pour tous ceux qui le souhaitoient,& fans aucune acception de personnes, Omnes gratis cu-rantes ; ainsi que le rapporte le Pere Delrio (c). Voilàde beaux dehors & de belles apparences.
Néanmoins cette Oraison ayant été examinée parPierre Simon , Evêque d’Ipre & par son Conseil , àcause qu’en k récitant on ne donnoit aucun remede na-turel , elle fut déclarée superstitieuse & illicite, & l’ondéfendit à toutes fortes de personnes de s’en servir (d).
,-, Plusieurs, trouvèrent à redire à cette condamnation,continue encore le Pere Delrio (e) , mais ce fut fansraison.
„ Car premierement , on attend de Dieu seul toutl’effet de cette Oraison par forme de miracle. Orc’est tenter Dieu , que de lui demander ainsi des mi-racles continuellement, & comme par habitude.
„ 2. Les Saints n’ont pas employé certaines Formu-les de prières pour faire des miracles , mais ils les ontfaits tantôt d’une façon , & tantôt d’une autre , se*Ion que le Saint-Esprit leur inspirait de les faire.
,, La sainteté de cette Oraison & de ceux qui hj, disoient n’étoit pas astez bien justifiée. Car il ar-
rive d’ordinaife que les Sorciers veulent paraître Saintsj, aux yeux des hommes -, & il n’y avoir pas lieu dí„ faire des Soldats juges en matière de sainteté, eux qui», appellent Saints ceux qu’ils voyent ne pas commet-, tre de grands pechez.
„ 4. Ceux qui ont reçu de Dieu k grâce de guérir„ les maladies , ne Pont pas reçue à condition de se fer-,, vir de certaines formules de prières faites à plaisir, ou„ qui supposent quelque pacte , au moins tacite , avec„ les Démons.
„ 5. Il n’est pas permis à des particuliers d’înventeT„ des Formules de prières , que ni les saintes Lettres»„ ni Passage de PEglîfe n’approuvent point, telle qu’est„ celle dont il s’agit , laquelle abuse avec trop de liber -,, té de quantité de paroles du très-saint Sacrifice de la„ Messe.
,, Enfin elle applique les paroles de k Consécration ï„ une chose pour laquelle elles n’ont pas été instituées„ (ce qui ne doit pas être permis) & elle veut en outre,, qu’on lui accorde ce qu’elle demande en vertu de ce*„ paroles, bien que cette vertu ne leur ait pas été don-„ née par nôtre Sauveur pour guérir les blessures da», corps, mais pour la Transobstantiation du pain & dfl», vin. Ajoutez à cela que l’Eglise & ses Catholiquesses enfans, ont toujours eu tant de respect pour ceSsaintes & sacrées paroles, qu’ils ont crû que c’étoitun crime que de s’en servir autre part qu’à k Messe»dans les Temples , dans les Ecoles & dans les Dispu-tes ; au lieu qu’il n’y a rien dont le Démon & sesSorciers, qui sont ses membres & ses suppôts, sc ser-vent plus ordinairement & avec plus de hardiesse pouf
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(a) Fr. Forefius Prsefat in Indie. libr. prohibit. In prima Clas-fe non tam Libri , quàm Libvorum Scriptores continentur , quiaut hseretici, aut nota hxreíìs íùspecti fuerunt
(b) L. 3. Disquis. Magic. p. q. 4 Se ct. y. Non adscribamintégras , ne curiosi & impn qu aérant abuti , sed tantum initium8c finem, omissis mediis 8c circumstantiis quas Autores earum re-qui nt.
(c) Ibid.
(d) Ibid. De hac Formula y dit le même Auteur , mota m 11Ipris anno superiorc quxstio , maxime quia nullum naturale MÇ'dícamentum accedebat. Reverendiffimus Epiicopus Iprensis Sj-monius 8c Consiliarii ejus totam curattonem judicarunt lûperiu-tiosam 8c illicitam, 8c prohibuere ne quis ea uteretur.
(e) Ibid.
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