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Superstitions anciennes et modernes, préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages & à des pratiques contraires à la religion / [Pierre Lebrun]
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,S4 DES SUPER

Zft mAgìs aíque mugis dejìnt elementa figuris :

Singula quœ femper r aptes dr cotera figes ,

'Douée in angufium redigatur litera conum :

His lin o nexis collant redimire memento.

>- ,, Pour moi , dit da Laurent (a) -, je raifon-,, dés paroles de la même maniéré quAverroës écri-' vant contre Algazel raisonne dés caràcteres , des fi-gures & des signes, & je soutiens quelleS ne peuvent rien delles-mêmes, fi ce nest entant quelles sont^ des pactes avec les DemonS. II n'efi pas vrai quun,, h'omrhe puisse nuire à un antre homme par le moyenï, des paroles. En effet ; qui lui auroit apris ces paro- j, lés ? Ce nest pas un autre homme ; car qui les au-á j roit a prises à cét autre homme ? Ce nêst pas non3, plus une Intelligence celeste ; car qui oseroit dire,, quune Intelligence celeste ait inventé les charmes & les maléfices ? C'est donc un mauvais Ange qui les« a inventez , non à dessein de rendre lhomme plus,, puissant , mais afin de le tromper & de lavoir pour- j, compagnon de son impiété & de son supplice eternel.j, Quellé vertd ont donc léS paroles ? Dou vient quon

i, leur attribue des effets si merveilleux ? Jestime que

j, delles-mêmes elles nont aucune vertu , mais quelles

j, fervent còmme de signes pour attirer les Démons &j, lés obliger dagir en vertu des pactes tacites ou exprèsij quils ont faits avec les hommes.

Les Loix Civiles anciennes & nouvelles sont aussifcòntraires âux paroles & aux Oraisons superstitieuses,dont on se sert pour guérir les maladies des hommes 8 cdes bêtes , que les Reglemens des Conciles, les senti-iúens des Peres, des Théologiens & des Medécins.

Platon (b) a fait une Loi tres-severe contre les Em-poisonneurs , les Devins, les Arufpices & les Enchan-teurs. Pierre Grégoire (c) de Toulouse ; qui la tra-

duite en Latin , la rapporte tout au long.

j, Nous lisons quen Athènes , disent Léonard Vairz, (d) dr du Laurent (e) , il fut défendu par une Loi: í, expresse , que personne neût à faire profession de3, guérir par certains mots ; tellement que les Athe-3, niens étant un jour avertis quen Achaïe il y avoit,, une certaine femme quî guerissoit avec quelques pa- rôles dont elle usoit, ils la ; condamnèrent à être la-pidée, disant que les Dieux immortels avoient biena donné la puissance de guérir aux pierres, aux her- bes & aux animaux, mais non aux paroles.

Le jurisconsulte Ulpien (/) dit ,, quon peut ap-3, peller Médecins ceux qui promettent de guérir cer-,, raines parties du corps & certaines douleurs, com- me des Oreilles , de quelques fistules , des dents ;j, pourveûils ne se fervent point de charmes,3, ^imprécation?, ni dexorcifmes, pour user du ter-33 rkie ordinaire dés imposteurs. Car toutes ces choies3, ne sont pas de la Medecine, quoique quelques-uns asseurént hardiment quils sen font bien trouvez.

II y a in pofierunt , dans quelques Editions du Diges-te; mais le íçavant Antoine Augustin, Archevêque deTarragone remarque fort bien quil faut lire impojìorum.Aussi est-ce de cette maniéré quil fe trouve dans lesPandectes de Florence imprimées |en 1553. Ulpien ,(g) qui étoit infidèle, & quivivoit fous Trajan & sousAdrien, donne ce nom aux Chrétiens, selon la remar-que dAnne Robert & de Denys Godefroi (h) , à cau-fe des Exorcismes dont ils fe fervoient assez souvent;bien que dans la pensée de Pierre Grégoire de Toulou-se (i), il appelle ainsi ceux qui guérissent les maladiespar des enchantemens, des exorcisme? & des oraisons ;

(») Lib. 1. de Strumis cap. 6.

Q) L. n. de Legibus.

(c) L. 34. Syntagm. Juris Univetfâl, 14- U- 6,

(d) L. 2. c. ii.

(e) L. i. de Stiumis c . 6 .

sf) fi- I- 50. kit. 13. leg. parag. Medicos. Non tamensiîst-cantavit, íi imprecatus est, st, ut vulgari verbo impostorum utar,exorciíàvit; non sunt ista Medicinx généra, tametii iìnt qui hosíibi profuisse cum pïxdicatione affirment.

(g) L. 1. rerum Judicat. cap. 1.

(i) In Notis ad hune locum. ff.

(i) L. 34. Syntag. Juris univ. cap. 9. n. 9,

5 T I T I O N S.

parce quils sont de véritables imposteiirs V ausquéls ilest bien étrange quon fe fie davantage quà Dieu même.

Charlemagne Empereur 8 c Roi de France , dansson Capitulaire dAix-la-Chappelle de (k.) Tannée 789.defend aux Ecclésiastiques , conformément au trente-siéme Canon du Concile de Laodicée , de faire des en-chantemens ou des préservatifs , de peur dêtre chasses deV Eglise.

Dans le sixième Livre de fés Capitulasses, il défendégalement aux Laïques & átix Ecclésiastiques , de fe' servir dés préservatifs, des fausses inscriptions dés li-gatures , que les simples & les idiots simaginent avoirquelque vertu pour guérir les fièvres, & les autres ma-ladies contagieuses, parce, dit-il, que tous ces remedessont dès invêntions de la Magie : Quia Magic# artis in-fìgnia sunt. Après quoi il ordonne quon nemployefapour la guérison des maladies que ce que IesApostres&les Canons ont prescrit , fçavoir les prières de TEglise

6 T onction de T Huile sacrée (m).

Et dans son Capitulaire de la Paix (n ), il veut queTon mette én prison les Enchanteurs, les Augures, Scles Devins , & quils y demeurent jusquà quilsayent promis de fe corriger de leurs crimes;

Les Loix des Wisigoths (0) ordonnent que cèuxquîusent de maléfices ou dençhántemens pour envoyer déstempestes, pour faire tômbër de la grêle fur les vignesou fur les moissons, pour nuire aux hommes & aux bê-tes , ayent deux cent coups de fouet en public, queleurs biens soient confisquez, & quils soient mis en prison.

Charles VIII. Roi de France (p) veut quon se sai-sisse dés Enchanteurs 3 des Devins & des Nécroman-ciens, quon les mette en prison, quon les traite selonla rigueur des Ordonnances, & quon en use mêmeà T égard de ceux qui les consultent 3 qui implorent leursecours, ou qui ne les dénoncent pas à la Justice, dequelque qualité quils puissent être.

Enfin les Archiducs dAustriche dans lEdit que nous.avons rapporté dans le chapitre septième , déclarent queles guérisons qui fe font par les Sorciers & les enchan-teurs , Ont toujours une fin pernicieuse dr infauste , quel-les sont des pratiques, des impostures , dr des inven-,, rions diaboliques , & des plus grands crimes Sc im-. piétez qui fe puissent perpétrer contre Dieu , contre son honneur, & fa Doctrine.

CHAPITRE IV.

sDe la grâce de guérir les maladies Si leSSauveurs ou Enchanteurs Espagnols , fi lespaïens de sainte Catherine , fi ceux desaint 'sauf fi ceux de saint Roc h , fi ceuxqui pratiquent sart de saint Anselme , file s enfans nez le Vendredi-Saint i fi lesseptièmes garpons 3 fi les aifinez de la fa-mille du Baron dAum ont , files septièmesfilles 3 si les enfans posthumes , fi les boU-reaux , fi ceux qui font de la race de S. Hit *bert , ou qui ont été taillez de son E fiole,fi le s parens de saint Martin ; si ceux quisont de la Maison de Coutance , fi certainesfamilles de ^Provence ont cette grâce , &ce quon en doit croire. §)ue les Rois deFrance font pour les Ecrouelles.

A Pres avoir combattu dans les neuf derniers Cha-pitres lobfervance superstitieuse des lantez en gé-néral

(k) Cap. 18.

(I) Num. 72.

(m) Pro infirmitate illud quod Apostoli, 8cCanones sanxerunt,id est Orationes & sacri Olei unctio fiat.

(») Cap. 2y. x

(0) L. 3. de Malefic. 1 . 6 . Cod. leg. Visigoth. tït. 2.

(p) Ordonnance de 149°- au. liv. 9. de la Conter, des OrdoM.îít. 12.