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Superstitions anciennes et modernes, préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages & à des pratiques contraires à la religion / [Pierre Lebrun]
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DES SIJPERS

T I T I O N S, 105

neral & en particulier , il ne faut pas laisser passer fans les , les Maries, & les Ophiogenes 0 ) , ont la verturéponse lobjection que lon fait dordinaire en saveur de naturelle que lAntiquite (f) leur a attribuée de gue-la plupart de ceux qui guérissent les maladies des hom- rir les morsures & le venin des Serpens; m si les Ten-mes & des bestes, soit avec des paroles & des Oraisons, tyrites (g) peuvent naturellement guérir les blessuressoit sans paroles & lans Oraisons , soit par leur halei- des Crocodiles. Je ne marrete point non plus à exa-ne, soit par leur attouchement, soit de quelquautre miner si les Empereurs Velpatien ( ) , rien (i) &

maniéré.

On dit qu'ils ont receu de Dieu la grâce de gué-rir les maladies, cette grâce dont parle lApôtre saintl?aul dans fa premiere Epître aux Corinthiens (a).

Mais quelle preuve en sçauroit-on alléguer , qui nepuisse être justement & solidement contredite ? Cettegrâce étant un don du saint Esprit, dans le sentimentde cet Apôtre des Nations , elle a besoin du témoi-gnage de V Eglise pour être reconnue', & elle méritébien pour cela dêtre meurement examinée , sinon enplein Synode (ce qui toutessois seroit à desirer) aumoins dans le Conseil des Evêques. Car comme el-le est pour ledification de lEglise , cest à lEgliseou à ses principaux Ministres à en connoître & à enjuger, & jusquà ce que lEglise ou les Evêques ,qui font ses principaux Ministres , lui ayent donnéleur approbation avec connoissance de cause, les Fidè-les font en droit de la tenir pour suspecte. Cest pourcela que les Conciles Provinciaux de Mexico en 1585.

& de Malines (h) en 1607. ainsi que nous l'avonsCy-devant remarqué , défendent tres-expressement àtoutes fortes de personnes, dexorciser les maladies parparoles ou par Oraisons , sils nen ont receu la per-mission des Evêques.

Or qui de ceux qui se mestent de guérir les mala-dies par paroles, par Oraisons* ou autrement, ont étéapprouvez des Evêques pour cela ? Qui des Evêquesá examiné avec soin sils avoient la grâce de guérirles maladies ? Qui des Evêques ìa reconnuë ? Qui desEvêques leur a donné quelque témoignage authenti-que ?

Qtielle apparence y a-t-il au reste, que ces sortesde Médecins extraordinaires & miraculeux ayent cettegrâce ? Pour le Droit on en convient aisément ; maisaussi faut-il demeurer daccord que dans le fait il y asouvent bien de limposture: cest-à-dire, pour parlerplus clairement, quon ne fait pas de doute que Dieune la puisse communiquer , aussi bien que les autresgrâces gratuitement données aux médians comme auxbons, ainsi quil paraît par lexemple de Balaam &par celui de Caïphe ; aux ignorans comme aux sça-vans , parce qu'elles ne sont pas pour la sanctificationde ceux qui ses reçoivent, mais pour la sanctificationdes autres, suivant la Doctrine de S. Thomas (c).

Mais on auroit peine à trouver des preuves bienauthentiques dans les monumens de l'Eglise, qui mon-trassent quil lait jamais communiquée à des gens quiiiont ni science vertu, comme sont pour lordínai-íô ceux dont nous parions t, & il seroit bien étrangeqssil en eut usé de la sorte à leur égard, & quilâit gardé une autre conduite à légard de quantité de

Aurelien (k) & Pyrrhus (/) Roi des Epirotes * ontfait .les guérisons quon leur impute. Car toutes cesrelations sentent ou la Fable, ou la Superstition, dans

le sentiment de du Laurent ( m ).

Mais pour revenir à nôtre sujet* quantité de Saintsont eu la grâce de guérir les maladies, je lavoiie. S.Cyrille Patriarche dAlexandrie (n) témoigne quils ontchassé les Démons âu nom de J e s u s-C h r i s t, 8 tquë par la force de leurs Oraisons, ils orìt délivré lesmalades de diverses maladies. S. Barses Evêque dE-desse chastoit les maladies par seule parole , & lelit quil laissa dans lIste dArade avoir tant de ver-tu , què tous les malades qui sy couchoient, en sor-toient parfaitement guéris, ainsi que Passeuse Theodo-ret. ( 0) Protogenes Prestre dEdesse (p), par ses priè-res & par son seul attouchement guerissoit les enfansquil instruisoit. Sozomene (7) 8 c Nicephore (r) rap-portent que le Moine Jean avoir receu de Dieu ledort de guérir de la goutte , & de remettre les mem-bres dénoûeá; & disloquez; 8 c que le Moine Benja-min guerissoit toutes sortes de maladies en touchantseulement les malades de main , & en les oignantdune huile quil avoir benite, bien quil ne se pûtguérir lui-même dune espece dhydropisie qui le ren-dit si gros & si enflé * quil ne pouvoir plus passer parla porte de fa Cellule. Le Moine Moyfe de Lybie,suivant le témoignage des mêmes Historiens (1), gue-rissoit les maladies par ses prières, comme faisoit aussiJulien Moine dEdeííe (Q, qui outre celâ châssoitles Démons. Paithenius Evêque dune ville de lHel-lespont, resuscitoitles morts, commandoit aux Démons,'

& guerissoit de diverses sortes de maladies. Copras, se-lon le rapport de Cafliodote (v) , avoir le même pou-voir sur les maladies & fur les Démons. J'apprens desaint Grégoire de Nyflè (w) , que S. Cregoire Evêquede Neoceíàrée surnommé Thaumaturge, châssoit les Dé-mons avec des billets quil mettoit fur un Autel, &il écrivoit ces mots : ypypópiac, rw sxtuvcí inéy&s , Oregoireà Satan, entre. J'apprens de l'Histoire de Paul Diacre,& de celle de Nicephore, que du tems dejustiuienuncertain serviteur de Dieu, Del cnltor , conseilla aux ha-bitans de la ville dAntioche (x) de se précautionnercontre les tremblemens de terre, en mettant fur les por-tes de leurs logis ces paroles , Chrijhts nobífcum flate ,ce qui leur réussit heureusement. Japprens de SulpiceSevere (y) dans la vie de 8. Martin, que ce grand Ar-chevêque de Tours a guéri miraculeusement plusieursmaladies. Enfin, japprens de lHistoire de lEglise,quun grand nombre dautres Saints ont eu le même pri-vilège. r '

Mais ils étoient des Saints ; máis ils se fervòient de

au garae une autre conduite à l égard ae quanutc uc . tantôt dune façon & tantôt dune autre;

Saint, . » il a fait part des à çofoA m l'ordre de Dieu ; ntah en feu

res de fa Sagesse , & ï Pli >1 a donne le pouvoir d nabusoient m des paroles de VEcnture Sa

faire des miracles (d). _ , ,

Je ne maneste point ici à examiner u les Plyl

ënSain-te,

Aulus-gel. 1. »6.

c. II.

(*) Quil appelle Chap.. Gratianì sanitatum, ou curationum.

{b) Can. 34.

(c) i; x. q. ii. art. i. in Cor,

(d) Ainsi que dit le Cardinal Cajetan : In Sum. V. In AndMirum est quod sanctis vitis, quibús Deus credidit sécréta sa-pientix sux, 8c virtutem potenti» sus iri miraculis Sc sacra-mentis , 8c curam animarum , quibus promistt notitiam omnisVeritatis , sécrétas has sacrorum virtutes negaverit, Sc vetulisac personis qualibuscumque h*c communicaverit. Le DocteurNavarre est dans la même pensée , comme il est visible par cesparoles-, In Manual. c. n. n. >r. sure quís miretur illorum ho-minum imprudentiam qui his & aliis similibus íuperstitionibuscredunt, & quod Deus impartitus fuerit vetulis quibusdam , 8chòminibus ignorantibus (& ut plurimùm deliris) vitaque repre-nenhbili, ea qux no « est elargitus Sanctis, quibus m gradu adeoalto profustda s U5c divin» sapienti» arcaiva , vittutemque sus M-

mtx potentis qua tot miiacula fecerunt, communicavit.

se) Plirì. 1 . j. c. î.

(/) Strabo 1 . 13.

(g) Idem. 1 . 17; . .

(h) Sueton. in Veípas. 8c Corn. Tacit. 1 ; 4. Isisior;

(i) Spartian in Adrian.

\k) Vopiscus in Aureliano.

(0 L. 1. Plutarch. in Pyrrho 8c Plin.

(m) De Strumis c. 8c 4.

(») L. 6. in Julian.

(0) Theodoret. 1 . 4. Kiít- Eccles. c. 15.

(f) Ibid. c. 16. 8c Nìcephor. 1 . 11. c. a 3.

\q) L. 6 . c. íp.

(r) L. 11. c. ;p.

(,) Sozòm. ibid. Niceph. 1 y. C. 39,

(t) Idem 1 . 9. c. iy.

(v) Idem 1 . 8. c. 44. L. 8. Hist. Triparti cap. C( œ ) Orat. de Laud; S. Gregor. Thaumat.

(x) L. 16. Histor. Miscell.

(J) L. 17. c. z.

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