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Superstitions anciennes et modernes, préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages & à des pratiques contraires à la religion / [Pierre Lebrun]
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, D E S S U P E R

te, ni de celles des divins Offices ; mais en sen servantils ne sattachoient point scrupuleusement & supersti-tieusement à certaines personnes , à certains jours , àcertaines heures, à certains mois , à certaines années, àcertains tems, à certaines circonstances, à certaines cé-rémonies , à certaines paroles , ni à certaines Oraisonsparticulières , & non approuvées de lEgiise ; mais cé-toit dans les premiers siécles de lEglise quils sen fer-Voient ; mais ils sen servoient pour confirmer la véritéde la Religion Chrétienne , pour convertir les Infidè-les à la Foi Catholique, & pour donner plus de créan-ce à lEvangile quils annonçoient : Maintenant que la

Religion Chrétienne & la Foi Catholique sont établiesfur des fondemens inébranlables, & que lLvangile estannoncé à toutes les créatures , quest il besoin de sem-blables signes , de pareils privilèges ? Quelle nécessité ya-t-il de croire que Dieu les accorde à des misérables, àdes ignorans, à des imposteurs, à des esclaves du Dé-mon? Mais enfin sils les ont receus de Dieu qu'ils nouSen donnent de bonnes marques & nous les croirons :Sans cela ils ne méritent pas quon les écoute, quonajoûte foi à leurs paroles.

On dira peut-être avec Pomponace (b), qutls ont re-ceu de la nature la vertu de guérir les maladies, & quilsles guérissent naturellement,, comme naturellement la rhu-barbe purge la bile , l'aiman attire le fer, la violette ra-íraichit, la flambe guérir de la toux.

Mais sils ont receu de la nature cette Vertu si admi-rable , cest ou parce quils sont hommes, ou parce quilsfont dun tel tempérament, dune telle complexion.

Si cest parce quils sont hommes, tous les hommesla devraient avoir receuë auísi bien queux, dautant quece qui convient à un homme , entant quhomme, con-vient à tous les hommes. Et néanmoins tous les hom-mes ne guérissent pas les maladies.

Si cest parce quils sont dun tel tempérament, d'ti-ne telle complexion , d vient que la même diversiténe se rencontre pas dans la rhubarbe, dan s laiman, dansR violette, dans la flambe, & que dans une même efpe-ce il ny a point dindividu de rhubarbe qui ne purge labile , daiman qui nattire le fer , de violette qui ne ra-fraîchisse , de flambe qui ne guérisse de la toux? Quipourrait croire que les qualitez des temperamens sussentcapables de produire tous les effets merveilleux & sur-naturels que nous voyons que nos Médecins exorcistesproduisent ?

Puis donc que Dieu ne donne que tres^rarement auxhommes la grâce de guérir les maladies, & que bail-leurs les hommes ne la peuvent avoir, ni L cause de leurespece, ni à cause de leur individu, on doit extreme-ment se defier de ceux qui se vantent de lavoirde lunepu de lautre maniéré, & tenir leurs guérisons pour sus-pectes.

En Espagne il y a des gens quon appelle Sauveurs ouEnchanteurs , Salttdaderes , Enfalmadores , Santiguada -r es. Les Enchanteurs , Enjolmadores , Santiguadores,ainsi que le remarquent le Pere Delrio (c) & du Lau-rent, (d) guérissent les malades avec certaines Oraisonsquilsrecitent pour eux & fur eux, comme est celle quenous avons rapportée dans le chapitre 2. du L. V. &qui fut examinée par le Conseil de Monsieur Simon E-vêque dIpre. Les Sauveurs, Saludadores, les guérissentavec leur salive & leur haleine. Mais les uns & les au-tres passent pour des fourbes dans lesprit de bien desgens. Bodin (e) dans íà Demonomanie dit que ce fontdes Sorciers & des Imposteurs , & que par un blasphéméqui *> est pas moins abominable quest l'on ïnvoquoit Sathan ,ils s'appeUent Sauveurs , pour ôter la fiance en Dieu. LePere Delrio (f) asseure quils observent avec grand soin

(a) Ce qui fait dire à 8. Jerôme : Esto signa sint Infidéíium,qui quoniam sermoni & doctrinse credere noluerunt, sigais addu*cantur ad fidem.

(b) De Incantationib. c. 4.

(c) L. 1. Disquis. Magic. c. j. q. 4.

(d) L. 1. de Strumis: c. 4.

(e) L. 3. c. 2 & f.

(/) Supr. Sedulò observant modos tangendi certes, numerom

S T I T I O N S

certaines maniérés de toucher les malades, certains nom-bres j & certaines cérémonies, & quils emploient quan-tité de choses pleines de suspicion & de danger: du Lau-rent (g) parle de la même maniéré , & ajoûte queleurs guérisons sont magiques. Enfin íe Concile Provin-cial de Mexico (h) en 1585. déclare quils ont accou-tumé de pratiquer quantité de Superstitions :

La plupart de ces Sauveurs ou Enchanteurs ont em-preinte fur quelque partie de leur corps la figure duneroue entiere , ou dune roue rompue , quils appellentde Sainte Catherine ; & cest pour cela quils íe disentparens de Sainte Catherine. Ils asseurent quils ont ap-porté du ventre de leur mere cette figure, quoiquils sela soient faitç à eux-mêmes, comme disent Léonard Vair(i) & le Pere Théophile Rainauld (k)ì Ils se vantentque le feu ne leur peut nuire, & quils le peuvent ma-nier fans se brusler.

Les Sauveurs dItâlie se disent parens de S. Paul, &portent empreinte sur leur chair la figure dun Serpent,quils veulent faire croire leur être naturelle, quoiquellesoit artificielle , comme celle de la roue des parens desainte Catherine , selon les mêmes Auteurs. (I) Cestpour cela quils se Vantent de pouvoir être blessez parles scrpehs ni par les scorpions, & de les manier fansdanger. Ce qui néanmoins esteombatupar lHistoire quePomponace (m) raporte être arrivée a Modene dans letempá quil travaìlloit à son Livre des En hantemens.Car un de ces prétendus parens de S. Paul, aprés avoirmanié plusieurs serpens, fut enfin picqué dun qui étoithorrible à voir , & mourut cruellement de fa blessure.Gaspar Pucer dit quil est íàns doute que ces gens- seservent de conjurations («). Le P. Delrio les traitedim-posteurs (<r). Du Laurent dit la même chose deux 8 cdes parens de sainte Catherine (/>):.

Léonard Vair avoit écrit avant lui quelque chose dsplus précis fur ce sujet. Voici comme il sexplique. (q) La puissance de guérir les maladies par paroles ne peut,» être en lhomme à cause de fa naissance 8 c génération ;,, car tous en feraient participans, & auraient une pa« reille vertu de charmer, ce que toutefois nous voyons à lceil être faux. Et combien que quelques-uns fei- gnent & veulent faire accroire quils font de la race,, & famille de saint Paul ou de sainte Catherine, dau- tant quils portent la marque dun serpent ou dune,, toûe imprimée en quelque endroit de leur corps, sc vantant partout que telle marque leur est venue na-,, tureliement : toutefois on a découvert & prouvé,, quils se sont faits & engravez eux-mêmes tels signes, dautant que ceux qui raportent leur race & genealo-,, gso à saint Paul, noscnt manier aucun venin, ni tou- cher à serpent, que premierement ils ne se soientfrot-,, tez & munis de quelque fort & puissant remede, ou quils nayent arraché les dents aux serpens quils veu- lent debailler. Quant est de ceux qui se sont enrôler au parentage de sainte Catherine, & tiennent en leurs

mains

Sc alias ceremonias. Accedunt multa íùípicione plena 8c periculo.

(g) L- 1 de Strumis c. f. Et íànè curationes eorum, quoîEnsolmadores vocant, ego Magicas elfe puto.

(b) L. f. rit. 6 . n. j. Permultíe Superstitiones ab bujuímodi'hominum genere permiseeri soient.

(0 L. 2. des Charmes c. 11.

(k) Tract, de Stigmatismo sacro Lee. sect. 2. c. 4,

(/) Ibid. 6(m) De Incantat. c. 4.

(ri) Voici ses propres mots. De Incantationib. Certè eos qui istprehendendis 8c cicurandis viperis , harumqae venenatis ictibuîcontentnendis donum fincti Pauli nunc falíò jactitant, eos inquatstadjurationibus sese munire minime dubium est.

(0) CL * dich- Magic. c. z. Quoad illos , dit-ìl , qui genus S-cognationem B. Pauli tumidis buccis crêpant , seque angues lin®lseiione Gontrectare poste; jam plerisque impostura cognita est, se'lere prius contra moríùm sese antidotis pr semunire.

(p) L. 1. De strumis. c. 4 Qui ex familia D. Pauli & S. Ca-tharinL se este jactitant , implores funr ; nec enim nativa sentillis signa, sed arte confecta. Et qui serpentes contrectant, uSalexiteriis se muniunt, denteíque serpentibus evellunt. Quiverò car-bones ignitos innoxiè tangunt, manus primum succis quibuseaU 1illittunt, quibus ab igné pet aliquod tempus se tueatur.

(4) 4 * c. u.