DES PRATIQUES SUPERSTITIEUSES, &c. izj
beau Latin les propriétez de 1 a flamme d'un charbonallumé , comme si c’étoit une pierre lumineuse & brû-lante venue des Indes. La description est en dialogues,comme tout le reste de l’ouvrage. ,, Permettez moi,
„ dit-il, (a) de quitter les matières sérieuses pour m e-,, gayer avec vous. Un de mes amis a depuis peu ap-„ porté des Indes une pierre lumineuse, qui etant tou-», te entière comme enflammée , jette un éclat mer-„ veilleux , & qui par la splendeur des rayons qu’elle„ répand de tous cotez , remplit de lumière l’air dontj, elle est environnée. Elle né peut souffrir la terre»,, & s’élève en haut par l’impétuosité de son propre„ mouvement. On ne peut la renfermer dans un lieu„ étroit ; il faut la mettre dans un lieu spacieux & de-,, couvert. Sa pureté & son éclat sont extrêmes ; au-„ cune souillure ne la ternit , sa figure n est pas tou-jours lâ même , msis víifíe & change eri un. mftânt*„ Rien n’est plus beau à voir ; cependant elle ne se„ laisse pas toucher , & si l’on s’obstine trop longtems^ à la prendre , elle frappe rudement. Quand on en„ ôte quelque chose elle ne diminue pas pour cela.„ Mon ami ajoutoit que sa vertu étoit d’un grand usa-», ge & même très nécessaire. B r. Croyez vous avec„ vos fables & vos énigmes avoir affaire à quelque Oe-„ dipe ? P h. Je ne vous conte point de fables , sis, vous voulez voir la chose de vos propres yeux, vous», avouerez qu’elle est exactement vraye. B r. Il faut», que ce soit quelque petit animal, ou quelque oiseau„ d’une nouvelle espèce. P h. Point du tout , c’est», une chose entièrement inanimée. B r. Elle est bien», nouvelle & bien surprenante ; s’il y a des qualitez„ occultes , c’est en elle fans doute qu’il en faut re-„ connoitre, mais n’a-t-elle point de nom? P h. Elle„ s’appelle feu , flamme. B r. Je fuis attrapé, je me„ doutois bien qu’il y avoit lì-dessous quelque super-,, cherie. P h. Pourquoi m’accusez vous de trompe-„ rie & de supercherie ? La chose dont je vous parle„ est vraye. B r. Mais c’est une chose commune 8 c», qu’on trouve par tout. P H. Si les Indes produi-», soient donc quelque chose de semblable qui sût rare», & cher , tout le monde en admirerait & en louerait„ les propriétez ; mais parcequ’elle se trouve par tout,,» & qu’elle ne conte pas beaucoup , doit on pour cela», n’en faire aucun cas ?
Lorsque Fernel eut écrit ces lignes, Jean Pipin, mé-decin du Connétable Anne de Montmorenci , crutqu’une telle rareté ferait un mets délicieux pour Antoi-ne Mizand , Médecin de Paris, qui n’avoit rien plusà cœur que de recueillir beaucoup de merveilles. 11 luiccrivit donc la Lettre suivante , qui s’est trouvée dansles papiers que Monsieur de Thou laissa à MessieursDupuis» & d’où l’on voit bien que M. de Thou avoirtiré presque mot pour mot tout ce qu’il a rapporté dela pierre de Boulogne dans son Histoire.
(«) Omissis seriis liceat mihi tecum parumper urbanius jocarì.Nuper ex Indiâ quidam meus familiaris lapillum miré luminoíumdaportavit, qui totus quasi incensus admirabili lucis Iplendore ful-get , jactisque radiis ambientem aërem lumine quoquo versus im-plet. Is terra: impatiens , íuopte ipse impetu confestim in subli-me evolat. Neque vçrò angustè haberi potest , sed ample libero-que loco tenendus. Surnma in eo puritas , summus nitor , nullâwrde aut labe mquinato , figura: species nulla certa , sed incon-«ans 8c momento mutabilis. Quumque fit aspectu longé pul-cherrimus , sese tamen contrectari non finit, 8c si diutius adnita-ris foiet acriter , si quid illi demitur fit nihilo minor. Aiebat in-Juper hujus vim. esse ad plurima tum utilem , tum summè neces-íariam. B r. Itane fabulosis xnigmatibus cum Oedipodibus qui-busdam te jocari putas ? P h. Nihil fabularum texo : rem si antete constitui voles oculorum fide verissimam fateberis. B r. Bes-tiolam aut novi generis aviculam esse opottet. P ». Nihil isto-tjm , ied res est prorses inanima atque muta. B R. Novam 8cadmirabilem rem audio , cujus profecto , si cujusquam alterius,Pmprietas occulta débet cenfai. At nullum ne illi est inditumRomen ? P ». Ignis, flamma. B r. Captus sum ; & quidem satispicabar quidpiam fallaciae lubeíse. P h. Quid me fallaciat autviHss at ' S ìníimulas . ? Rem P roíero verissimam. B r. Sed tamenfef ]r 1 r' X ' T ' ^ maxime protritam. Hoc uno maxime Ipem meam• e * “ » siuod exlndiâ allatum àiceres. Ph. Ergo Indra si quidnm ° dl î arum carunique sola protulisset > admirarentur scilicetnés ac laudarent occultas eius proprietates : nunc quoniam vul-ci Q e UJ voc l'?5 Parabile, contemptum proinde erit 8c nullo in pre-Femeín d ° «*>toi, nrum cLsn, L 2. h 242.
Jean Pipin (b) a son cher Antoine Mizand.
„ Je me réjouis, mon cher Antoine , cí’avoir occa-„ sion de vous mander une nouvelle, digne de votre„ admiration. Nous avons vu ici depuis peu une pier-„ re d’une lumière & d’un éclat merveilleux, qui étant,„ toute entière comme enflammée , jette un éclat d’u-„ ne beauté incroyable. Cette pierre répand de tous„ cotez ses rayons, & remplit tout l’air qui l’environ-,, ne d’une lumière , que presque aucuns yeux ne peu^
„ vent supporter. Elie ne peut souffrir la terre ; si„ on tâche de la couvrir , elle s'élève en haut d’elle-„ même avec impétuosité. On n’a jamais pu par au-„ cun moyen la contenir & la renfermer dans un lieu„ étroit, elle ne se plait que dans les endroits spacieux„ & découverts. Sa pureté & son éclat sont extrê-„ mes , aucune tache 8 c aucune souillure ne la ternit.„ Sa figure n’est pas toujours la même , mais varie &„ change en un instant. Rien n’est plus beau à voir.„ Elle ne se laisse pas toucher ; 8 c si l’on s’obstine trop„ longtems à la prendre , elle blesse , comme plusieurs„ personnes l’ont bien senti & éprouvé en ma présence.„ Que si par quelque effort on vient à bout d’en ôter„ une partie , car elle n’est pas fort dure, son volume,„ chose étonnante , n’en diminue pas. L’étranger qui„ l’a apportée , homme , à ce qui parait, fort barba-,, re, ajoute que fa vertu est d’un grand usage, & mê-„ me qu’elle est nécessaire sur tout aux Rois , mais,, qu’il ne la découvrirait qu’après qu’on l’aurait bien„ payé. Je vous dirai le reste de vive voix , lorsquô,, le Roi fera de retour. Il faut maintenant que vous,», & tout cé que vous avez avec vous de Savans, vou$„ recherchiez soigneusement ce que Pline , Albert,„ Marbord , & les autres ont écrit touchant les pier*„ res, afin que si celle-ci a été connue des anciens, on„ puisse savoir exactement quelle est sa nature & sort,, nom. Tout ce qu’il y a de gens lettres parstii nos„ Courtisans, ont travaillé inutilement fur ce sujet. Je„ m’estimerois heureux si je pouvois leur enlever k pal-», me. Car on ne saurait croire avec quel empresse-„ ment le Roi & toute k Cour attendent Pexplicatiori», de cette merveille. Adieu.
M. Mizand , avide de raretez , sut ravi d’apprendrecelle-ci. Loin de croire que l*on le jouoit, il se fitfête de k lettre de Boulogne , & en régala M. deThou , qui ne craignit pas d’insérer 1 a relation de cefait dans son Histoire qu’on achevoit d’imprimer. Les
Com-
(&) Jfoannes Pipinus Antonio Mizaldo íùo , S. P. D. Gaudeomihf oblatam este occasionem , cariffime Anton! , qua rem no.vam ac plane aoniirabilen: tibi nunciare fit datum. Nuper ex In-dra Oriental! Régi nostro allatum hîc vidimus lapidem lumine 8cfulgore m habiliter coruseantem , quique totus veluti ardens 8c in-census incredibili lucis splendore prœfulget 3 micatque. Is jactisquoquo versus radiis ambientem circumquaque aërem luce nullis feràoculis tolerabili latiffimè complet. Est etiam terrx impatientiffi-mus , si cooperire coneris , suâ sponte, 8c. ut factp impetu comfestim evolat in sublime. Coníineri veto includivè loco ullo an*gusto nulla potest hominum arte ; sed ampla liberaque loca dum-taxat amare videtur. Summa in eo puritas , summus nitor $ nul-lâ sorde aut labe coinquinatur ; figursé species nulla ei certa , sedincerta 8c momento commutabìlis. Cumque fit aípectu longépulcherrimus , contrectari tamen sese non finit ; 8c fi diutius ad-.miraris vel obstinatius agas , incommodum assert, ficuti suo nonlevi malo , me praesente, sent experti. Quod si quid ex eo for*tassis enixius conando adimitur aut detrahitur, (nam durus admo*dum non est) fit dictu minime nihilominor. Addit in&per ishospes qui illum attulit, homo, ut ápparet barbarus, hujus virtu-tem ac vim este ad quamplurima cum utilem, tum prxcipue Re*gibus inprimis necessariam. Sed quam revelaturus non sit nifîpretio ingenti priùs accepto. Reliqua ex me présente audies,cum primùm Rex ad vos redierit. Superest ut te , & fi q UOSistic habes viros, diligentissimè orem, ex.Plinio, Alberto, Mar-bodeo , aliisque qui de lapidibus aliquid scriptum reliquerunt, sol-licité disquiratis , quisnam sit hujusmodi lapillus , aut quod illinomen (ii modò antíquis fuerit cognitus) prtescribi verè pos-sit : nam in eo peranxiè nec minus infeliciter ab aulicis nostriseruditis hactenus laboratur ; quibus si palmam in eâ cognitioneprœripere possem , mecum feliciflìmè adtum iri existimarem : in-credibilis emm , & Régi inprimis 8c rôti denique procerum auji-corum turbas , eâ de re commota est expectatio. Vale, Boflomsepridie Ascensionis Christi, M. D. L.
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