DES PRATIQUES SUPERSTITIÈUSES, &c. n r
„ II y a, dit-ìl , (a) un autre oiseau sacré qu’on nom-,, me Phénix. Je ne l’ai jamais vu qu’en peinture. Aussi
ne le voit-on pas souvent en Egypte. Les Heliopo-„ litains disent qu'il y vient tout les cinq cens ans;„ lorsque son père eft mort. S’il ressemble à la peinture,, que j’ai vue, il est de la forme & de la grandeur d’un„ aigle ; son plumage est doré 8 c entremêlé de rouge.« Ils en rapportent des choses peu vraisemblables. Ils,, disent que venant de l’Arabie dans le Temple du So-j, leil , il y apporte son père envelopé de myrrhe, &5, qu'il l’enterre dans ce T emple ; que pour le porter,„ il fait premièrement avec de la myrrhe une masse en,, forme d’œuf auílì grosse qu’il la peut porter , ce3 , qu’il essaye : qu’après cet essai il creuse cette masse„ & met son père dedans ; qu’il la rend de même poids», qu’elle étoit auparavant ; qu’il la referme avëc de la„ myrrhe , 8 c qu’il l’apporte ensuite en Égypte dans,, le Temple du Soleil. Voilà cequ’ils racontent de cet„ oiseau.
Orus Apollo» Ovide , Portìponius Mcla , Appien,Sénéque, Solin, Lucain, Stace, Dion Cassius , Phi-lostrate, & Libànius, font aussi mention du Phénix,& Claudien a fait un livre entier fur cet oiseau. Onpeut joindre à ces Auteurs prophanes plusieurs PèresGrecs & Latins; savoir, parmi les Grecs, S. ClementRomain , S. Cyrille , S. Epiphane , S. Grégoire deNazianze; parmi les Latins, Tertullien, Lactance , S.Ambroise , Rufin, S. Augustin & S. Isidore de Se-ville.
Solin , S. Clement Romain 8 c S. Cyrille de Jéru-salem en parlent comme d'une chose certaine. „ C’est„ chez ces mêmes peuples , dit Solin (b ) au sujet dess, Arabes , que nait le Phénix , oiseau grand comme„ un aigle, & dont la tête est ornée de plumes qui for-„ ment une espèce de cône, ía gorge est entourée d’ai-», grettes ; son col est brillant comme l’or ; le reste dus, corps est de couleur pourpre , excepté la queue où>, l’azur est mêlé avec l’éclat de la couleur de rose. On3> a éprouvé qú’il vit cinq cens quarante ans II ditun peu plus bas qu’un grand nombre d’Auteurs luidon-npnt j usqu’à douze mille neuf cens cinquante quatre âns devie , 8 c ajoute. „ Sous le consulat de Plautius Sextius & de3, Publius Apronius , le Phénix vint en Egypte , futj, pris Van 8oo. de la fondation de Rome, & exposé9' àrs une assemblée par ordre du Prince Claude. Ce„ sait. est rapporté non seulement dans les actes de la„ censure de Claude qui subsistent encore, mais aussij, dans ceux de la ville de Rome
, Le témoignage de S. Clement Romain fur le Phénixn’est pas moins précis * que celui de Solin. „ Considé-3, rons j dit-il , (c) un prodige qui arrive en un pays,, oriental , lavoir en Arabie. II y a un oiseau qu’on„ appelle Phénix , qui est singulier & unique en .sonj, espèce , & qui vit cent ans. Lorsqu’il est près de„ mourir, il se fait avec de l’encens, de la myrrhe , &» d’autres aromates, un cercueil dans lequel il entre au« tems marqué & meurt. Lorsque sa chair est corrom-
son plumage tfert empêchoit. II ajoute que sa rareté lui fait croque cet oiseau est le même que le Phénix. Cependant nous av«cru n'en devoir pas faire mention : car outre qu’il n’y a rienmoins sûr que les anciennes Histoires de la Chine, nous ne voy<Pas quel rapport il y a entre le Phénix 8c un oiseau, qui selon 1Pinion des Chinois » ne vient que pour annoncer le bonheurleur Empire.
stO Herodot. 1. a. ...
st) Apud eòsdem nascitur Phénix avis, aquite magmtudircapite honorato in conum plumis extaritiblis, cristatis faucibivitra colla fulgore aureo , postera parte purpureus absque cauéin qua roseìs permis cseruleus interícribitur nitor. Probatumquadraginta & quingentis eum durare annis. Rogos íhosstruitcbatnomis, quos prope Panchaiam concinnat, in Solisurbemstaharibus supetpollti cum hujus vitâ , magni anni fieri converlnertl > rata fides est inter Autores , licèt plutimi eorum magnannum non quingentis & quadragirita, sed duodecim millibus nigentis quinquasmta quatuor annis constate dkant. Pkutio itabextvo & p _ Apro ^ io Consulibus ^.gyptum Phénix involaicaptusque atmo octineentelimo urbis condit* . jussu Claudu Pi«pis m Comitio publicatus est. Quod gestum . prêter cenfuiquae,manet, actis urbis continetur. Solin . ïolyhtsior. c*}.st) Ep. i. ad. Cor. a. aj.
„ pue , il en nait un ver qui fe nourrit de l’humeur dej, l’animal mort , & fe revêt de plumes. Ensuite deve-„ nu plus fort , il prend le cercueil où font les os de„ son prédécesseur, & le porte de l’Arabiejufqu’à He-„ liopolis ville d’Egypte. Il y vole de jour en préfen-„ ce de tous les habitans , & va le poser fur l’Autel du,, Soleil , & s’en retourne. Les Prêtres consultent leurs,, chroniques, & trouvent que cet oiseau vient tous les,, cinq cens ans.
S. Cyrille de Jérusalem cite S. Clement Romain.
33 Cet oiseau , dit-il , ( d ) selon le rapport de Clement„ & de plusieurs autres, est seul 8 c unique de sonespé-33 ce , & va en Egypte tous les cinq cens ans, pour y33 prouver la résurrection, non dans un desert j de peur„ qu’on ignorât ce mystère, mais dans une ville fameu-,» se , afin qu’on touche ce qu’on ne veut pas croire.
,, Car il se fait un tombeau avec del’encens, delamyr-„ rhe, & d’autres aromates, il y entre au tems marqué,
33 & il y meurt en public. Ensuite il nait de sa chair„ corrompue Un ver, qui croît & prend la forme d’oi-3, seau.
Ne doit-on pas se rendre à des témoignages si anciens,si formels, & soutenus de tant d’autres. Ils ont p usieursmodernes, entre lesquels on trouve Turrien, Pamelius,Junius Patricius , Jules Scaliger. Mais Gesoer, Aldro-vand, Kirkmayer, Deusingius, Bochart, Schott , &un grand nombre d’autres n’ont pas craint, malgré tou-tes ces autorisez, de traiter de fable l’Histoire du Phé-nix.
Le silence d’Aristote , de Diodore de Sicile , & dcStrabon , n’est pas une petite preuve de ce sentiment.Car quoiqu’on ne doive pas ordinairement opposer lesilence de certains Auteurs à des témoignages positifsd’autres Ecrivains , il y a néanmoins des occasions oùce silence prévaut fur certaines preuves positives. C’estainsi qu’au sujet du Phénix , le silence d’Aristote, deDiodore de Sicile, 8 c de Strabon , l'emporte fur le té-moignage d’un grand nombre d’Ecrivains sacrez 8 c pro-fanes.
En effet, pourquoi des Auteurs, célébrés qui fe fontappliquez à faire de grandes recherches fur les merveillesde la nature, ne difent-ils pas un mot fur un oiseau fa-meux , distingué de tous les autres par fa singularité,la beauté de son plumage , la longueur de fa vie, & farésurrection miraculeuse ? Ils ont mis sans doute toutcela au nombre des opinions populaires, qui ne méri-tent pas d’être réfutées.
Que peut on alléguer qui détruise une preuve si soli-de/ On rapporte des passages tirez , il est vrai , debeaucoup d’Auteurs respectables, mais qui fe contredi-sent les uns les autres dans la description qu’íls font duPhénix. Les uns le font naître en Arabie, les autres enEgypte, plusieurs même en Ethiopie (e) , les autres lefont sortir de la chair corrompue de son prédécesseur,les autres le font renaître de ses propres cendres. Les unslui donnent cinq cens quarante ans de vie , les autreslui en donnent plus de douze mille. Les uns rapportentqu’il sc brûle lui-même, les autres qu’il sc laisse mourirdans son nid.
D’ailleurs ils ne parlent tous que par oui-dire. Aucunne dit, je l’ai vu, j’eh fuis témoin. Et qui pourroitdire qu’il a observé que le Phénix vit cinq cens ans ?Qui sont ceux qui depuis le déluge, ont vécu cinq sié-cles & plus ? Et quand même quelqu’un auroit vécuauffi longtems, comment auroit-il pu s’assurer que lePhénix vit tant d’années ? L’auroìt-il tenu dans une ca-ge ? Comment auroit-il pu savoir qu’il est le seul deson espèce?
Hérodote qui a parlé du Phénix le premier , ne l’a-voit vu qu'en peinture. Tout ce que ks Egyptiens luien avoient raconté he lui paroissoit pas vraisemblable.
La
(d ) Cateches. 18. n. 8.
st) Philostorge le met au nombre des animaux qui naissent enArabie 8c en Ethiopie, fans déterminer clairement dans lequel dcces deux pays il nait.
I i L