i;s HISTOIRE
„ Thomas, (a) dit-ìl , est située fous la ligne , au mi-„ lieu de la Zone torride ; tous ceux pourtant qui en„ ont écrit, conviennent unanimement que l’air y est,, fort sain, & la terre très fertile. Qii’est ce donc qui,, empêche que cette Isle ne soit inhabitable ? C’est,, qu’il y a une grande montagne située au milieu &„ couverte de beaucoup de bois, dont les sommets font„ enveloppez d'une si grande quantité de nuages , que„ les eaux qui en descendent & qui se forment de ces„ nuages , produisent non seulement des fruits, mais„ même des cannes de sucre. On observe que durant„ les plus grandes chaleurs, cette montagne paroit tou-,, jours couverte d’un nuage. Cela vient de ce qu’alors„ le Soleil attire de la mer une plus grande quantité dej, vapeurs, & l’air étant aussi beaucoup plus raréfié par la„ chaleur^ il entraîne les-vapeurs de l’eau, qui sont m ê-„ lées avec lui, dans les endroits froids de la montagne
„ où il y a de l’ombre.A. Madagascar , il y a
„ aussi des montagnes & des bois au milieu de cette„ Isle , d’où coulent des rivières de tous cotez, qui,, rendent le pays, quoique situé dans l’endroit le plus„ chaud du monde , eu égard au Soleil, auísi fertiles, que les meilleurs climats du monde.
On peut voir auísi dans la (b) Géographie généralede Varenne , que dans un assez grand nombre de paysfous la Zone torride, Tair y est communément tempéréà cauíê des grandes & fréquentes pluyes, & qu’il y a mê-me des endroits où il fait grand froid.
Ajoutons encore ici, par rapport à la chaleur que Jo-seph Acosta attribue à Y Ethiopie, qu’il ne laisse pas d’yfaire bien froid une partie de l’année. Car on voit dansplusieurs relations qu’à la fête de l’Epiphanie on est or-dinairement obligé de casser les glaces, pour faire la bé-nédiction des eaux, & une efpéce de renouvellement duEatême. Tout cela montre qu’il ne faut pas établir desjugemens fur de simples conjectures. En voici un autreexemple.
5. Combien d’Auteurs n’ont-ils pas dit qu’on pou-voit faire monter l’eau fur une montagne , pour la fairepasser d’une vallée à l’autre, par le moyen d’un tuyau,lequel passant fur la montagne, íeroit en descendant uneefpéce de fyphon recourbé ? Dans combien de recueilsn’a-t-on pas mis ce prétendu secret fur une simple con-jecture trompeuse ? L’eau monte dans une pompe , ellemontera donc auísi dans ce tuyau jufqu’au sommet de1a montagne , & par son propre poids elle coulera dansl’autre partie du tuyau, pourvu qu’il descende un peuplus bas que l’endroit de la vallée où le tuyau commen-ce à prendre l’eau. C’étoit pour plusieurs une démon-stration confirmée pár l’expérience commune du fyphonrecourbé. Il est vrai que cela peut fe faire à l’égardd’une hauteur d’environ cinq toises, en y faisant passerun tuyau qu’on rempliroit d’eau par un trou , pourvûqu’on pût ensuite le bien fermer, & que l’air ne se mê-lât point avec l’eau. Mais on fe tromperoit si l’on cro-yait qu’on pourroit le faire à toute hauteur.
Un certain Ingénieur y fut en effet trompé. II osaparier mille ducats en présence de la Reine Christine deSuéde , qu’il feroít venir l’eau d’une source qui étoitau delà d’une montagne, en la faisant passer par dessus.On fit inutilement beaucoup de dépenses , & il perditlui même ses mille ducats. Après quoi il apprit quePeau ne montoit dans les pompes ou dans quelque tuyauque ce soit qu’à la hauteur de 52. ou ^3. pieds; &nous devons apprendre auísi que nous ne devons pointtenir pour vrai ce qui n’est avancé que fur des conjec-tures.
6> Qjjelques Auteurs ont dit hardiment que Jule Cé-sar fans quitter les Gaules voyoit d’un port de mer toutce qui fe passoit dans l'Armorique , que nous appelionsBretagne. Roger Bacon, célébré Cordelier Anglois dutreizième siécle , netrouvoit en cela rien que de fort na-turel. Cet Ecrivain, à qui plusieurs ont donné le titre
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de Docteur incomparable , & qui véritablement a eubeaucoup de connoissances singulières, composa un petitTraité, De mirabili fotefiate artìs gr Katar* , où il par-le entre autres choses des moyens d’appercevoir les ob-jets les plus éloignez, & il y répété (c) ce qu’on avoitdit de Jules César.
La moindre attention auroit suísi pour détromper cetAuteur. En effet il n’est pas difficile de remarquer qu’ou-tre la hauteur des montagnes, la feule rondeur de la ter-re empêche de voir à cent lieues loin. Mais pour-quoi dire à cent lieues loin ? Les objets se dérobentà notre vue dans une bien moindre distance. Lors-que voyageant sur mer on s’éloigne des plus hautestours & des montagnes, d’abórd on perd de vue lebas de ces objets, ensuite le milieu , & enfin le som-met qui disparoit insensiblement. De même lorsqu’onse rapproche de ces tours & de ces montagnes, on enapperçoit premièrement le sommet, ensuite lé milieu ,& enfin le tout d’une maniéré qui répond à la figu-re sphérique de la terre. Comment seroit-il possiblede voir à cent lieues loin ? Bacon n’avoit pas faitces réflexions. Il avoit vu des miroirs qui rappro-choient des objets assez éloignez, & il en a conjectu-ré qu’on pourroit voir à toute distance.
Jean-Baptiste Porta l’a cru de même ; car il (d)avance, comme un fait constant, que Ptolomée avoitdes miroirs ou plutôt des lunettes, par le moyen des-quelles il voyoit venir des vaisseaux éloignez de sixcens milles , c’est-à-dire , d’environ deux cens lieues.Autre erreur , laquelle auísi bien que les précédentes,doivent nous faire conclure qu’il ne faut pas croire lé-gèrement tout ce qui est rapporté par les Auteurs.Mais pour tenir le juste milieu dont nous avons par-lé , disons auísi qu’on ne doit pas rejetter le témoi-gnage des personnes irréprochables , qui nous rappor-tent des faits extraordinaires dont ils ont été témoins,quoique ces faits paraissent très singuliers , 8 c qu’ilspuissent donner lieu de douter s’ils sont naturels oûnon.
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CHAPITRE VIII.
On établit des principes pour juger st un effetest naturel, s’il tient du miracle , ou de lasuperstition.
S I l’on fuit exactement les principes que nous avonSétablis, on discernera íàns peine entre les faits ex-traordinaires , ceux qui sont vrais d’avec ceux que lacrédulité & l’imposture ont répandus dans le monde.Mais il n’en faut pas demeurer là. Il est importantde remonter jufqu’à leurs causes , & d’examiner siceux dont on est assuré doivent être mis au nombredes productions de la nature, ou s’ils sont d’un ordredifférent. Nous allons poser fur ce sujet des principe?dont les personnes qui ont quelque teinture de Philo- ,sophie, & quelque connoissance de la Religion, con-viendront fort aisément. Mais avant que de les dédui-re & de les expliquer , nous supposons les vérité#suivantes.
II y a un Dieu auteur de toutes choses, qui a créédeux sortes d’êtres ; des corps & des esprits. Les corp?forment par leur assemblage le monde visible, & Die 1 *leur a prescrit des loix qu’ils suivent inviolablementpar une nécessité naturelle & aveugle. Car ils ne sont
ca-se) Poílûnt enim fígurari perspicua ut longissimè posiía appfíreant propinquissima, & è contrario. Ita quòd incredibili dife stt! *legeremus litteras minutissimas , 8c videremus res quantumeunq 11 ®parvas. Sic enim existimant quòd Julius Caesar per littus maris >Galliis deprehendisset per ingentia spécula diípoiitionem Sc & útncastrorum & civitatum Britannia: minoris.
(d) Diximus de Ptolomxi speculo , sive specillo potiùs , 1 °per scxcenta millia pervenientes naves conípiciebat.l. 77. t. n.