DES PRATIQUES SUPERSTITIEUSES, &c.
qui croyoient voir bien clairement la raison de cette pra-tique. Le Ciel, disoient-ils, est un livre dans lequel onVoit le passé , le présent & l’avenir. Il est dit dans jo-seph & dans Origene que Jacob avoit lu dans les Tablesdu Ciel, pourquoi ne pourroit-on pas lire auffi les évé-nemens du monde dans des Tables qui représentent lasituation des corps célestes ? Combien de pauvretez nes ’est-il pas dit en ce siécle là-dessus par Postel , parLlud, par Agrippa, & par. VAuteur des curiositeztnouies ?
L’Eglise qui ne peut être séduite par ces folies,, lesavoit condamnées il y a très longtems , & on lir dánsplusieurs anciens Pénitentiaux , que celui qui aura cher-ché dans un Astrolabe des choses perdues ou dérobées,fera pénitence deux ans. Au douzième siécle , urí Prê-tre par simplicité alla chez un Devin, non pas pour in-voquer le Démon, mais pour savoir si l’Astrolabe indi-queroit le vol qui avoit été fàit à une Eglise. Le PapeAlexandre IIL en Fut informé, & la simplicité du bonPrêtre n’empêcha pas que son action ne parût une fauteconsidérable , & qu’on ne l'éloignât de l’Autel durantplus d’un an.
Je ne fais si le Saint Père auroit été plus indulgent àl’égard de ceux qui veulent découvrir les meurtriers avecla Baguette. Quoi qu’il en soit , il n’est que trop con-stant qu’on se laisse souvent tromper par des apparencesphysiques, & qu’il y a des pratiques superstitieuses ouVon ne voit point les marques ordinaires des superstitionsgrossières.
Voilà apparemment de quelle maniéré il s’est répandudans le monde une infinité dé sablés, qui produisent
plus de mal qu’on ne croît ordinairement ; pareequ’i!n’est rien qui donne plus de lieu à la fourberie des mé-dians , à la superstition des simples, & à l’obstinationde ceux qui veulent être incrédules fur toutes choses.
On rendroit un grand service au public, si faisant defréquentes revues fur l’Histoire Naturelle , on s’appli-quoit à la renfermer dans les bornes de la vérité. Lamatière est belle & abondante , Lc si on remontoir jus-qu'à l'origine des fables, elle deviendroit également cu-rieuse & instructive. Nous pouvons ajouter que le sujetferoit tout nouveau. Car quoique bien des gens ayentmontré la fausseté de plusieurs faits crus trop légère-ment , ce qu'ils en ont dit ne fe trouve qu’en divers en-droits écartez , qui échapent presque à tout le monde.Outre qu’il s’en faut beaucoup qu’on n’ait fait jufqu’àprésent çe qu’il faudrait pour démêler la vérité d’avecle mensonge, dans la plupart des merveilles de la Nature.
II ferait à souhaiter qu’Une Compagnie , aussi éclairrée que celle de M. de l’Académie Royale des Sciences»voulût bien s’y appliquer. Que ne pourroit-on pas espé-rer d’une Assemblée composée de tant de personnes ha-biles , qui par la protection du plus grand Prince du.monde, peuvent faire des expériences par toute la Ter-re? Et que ne devroit-on, pas fe promettre des foins defori illustre Président, qui anime tous les Académicienspar íbn exemple , & qui s’applique avec tant de succèsà faire fleurir les Sciences & les beaux Arts? On re-viendrait insensiblement de bien des fables, qui fontcause que les uns n’osent décider sur quoi que ce soit»& que les autres regardent comme naturels, des effetsqui ne peuvent l’êtfe.