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Superstitions anciennes et modernes, préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages & à des pratiques contraires à la religion / [Pierre Lebrun]
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HISTOIRE CRITI Q. U E

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DES EFFETS NATURELS

D’AVEC CEUX QUI NE LE SONT PAS,

AVEC

LHISTOIRE CRITIQUE

Des Pratiques Superstitieuses, qui ont séduitles Peuples & embarrassé les Savans.

LIVRE SECOND.

Du Discernement de la Vérité (V de la fausseté des Effets surnaturels.

CHAPITRE PREMIER.

Quelle est la cause des Effets qui ne font pas naturels . Nécessité d f admettre des Esprits ,& de leur attribuer ce qui ne peut être produit par les Corps. Source de l’incrédulité de jplusieurs personnes i à /’égard des prodiges & des miracles.

’í l y a des effets" qui ne peuventêtre produits par les Corps , il fautnécessairement qu’il y ait dans lemonde autre chose que des Corps.Et si paríni ces effets prodigieux,il y en a qui ne portent pas leshommes à Dieu , & qui les fassenttomber dans Terreur & dans l’illusion , c’est encore unargument invincible qu’il faut reconnoitre d’autres E-tres que T Etre tout parfait , & les Corps. Ainsi leseffets extraordinaires , qui ne pouvant être révoquez endoute ne peuvent être attribuez ni à Dieu ni au Corps,font uné preuve incontestable qu’il faut admettre desEsprits créez & finis , capables d’amufer les hommes,& de les séduire par des prestiges.

Donc quand la Religion ne nous auroit pas enseignéd’une maniéré aussi claire & aussi évidente Texistencedes Esprits séparez des Corps , j’ose dire que des ef-fets extraordinaires tels que la découverte de plusieurschoses cachées par le tournoyement de la Baguette,feroient une très forte preuve qu’il y a des Esprits sé-ducteurs. Mais T Ecriture ne nous permet pas de dou-ter de ce point. C’est asturément de tous les articlesde foi le mieux établi , le moins contesté , & le plusuniversellement répandu dans le monde. Maimonides

(a) prouve avec beaucoup d’érudition & de jugement,qu’avant Moyfe les Sabeens, les Egyptiens & les Chal-déens connoissoìent des genies bons & mauvais. Tous

{a) More Nevoch. p. z. cap. 46.

les anciens Poëtes & Philosophes ont reconnu ce dog-me , & nous voyons dans l’histoire de la conversiondes peuples, qu'on Ta toujours trouvé bien établi par-mi les nations les plus reculées.

On fe tromperait si on s’imaginoit que c’est unepreuve de la grossièreté de quelques nations. Les peu-ples les plus polis n’ont point été différens fur ce pointde ceux qu’on appelloit barbares , & on peut voir dansles ouvrages de Porphyre (A), de Jamblic, & de SaintClément (cy d’Alexandrie , combien la doctrine desGrecs étoit semblable à celle des Egyptiens touchantTexistence des bons & des médians Esprits , c’est-à-dire des Anges & des Démons. Car comme Tont re-marqué (d) Origéne & 8 . (e) Augustin , par tout o'ddans l'Ecriture on trouve ce mot de Démons , il n’y estemployé que pour signifier les malins Esprits ; & ctsens est tellement passé en usage parmi les hommes, qu’iln’est presque personne qui ne le prenne en mauvaistpart.

C’est donc un sentiment reçu par tout qu’il y a desEsprits occupez à séduire. Et certes dans les premier 5siécles de T Eglise , on en voyoit des preuves, quilaissoient aucun lieu d’en douter. Comme les mirad eîdes Chrétiens étoient très fréquens , les Démons po uren diminuer la force séduifoient souvent les homme 5

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(b) De abstiiíentiâ epist- ad Amb. apud Jos. de prop,

(c) De mysteriis.

(d) Contra Cels. 1 . V. 133 & 34.

(e) De Civil. Dei, lib. IX. cap. 19.

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