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Superstitions anciennes et modernes, préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages & à des pratiques contraires à la religion / [Pierre Lebrun]
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DES P R A TI QU E S SUPERSTITIEUSES, àe.

,, il soutint toujours qu’il le voyoit. II ajouta mêmé

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« fréquemment éfi paralysie, elle le prenoit tantôt ail,, bras, aux doigts, aux jambes & aux cuisses, quel-,, quefois dans la tête, fur les yeux, ou fur la langue,

,, de forte qu’il étoit muet, sourd * & aveugle. Tous,, ces maux le quittoient d’heure à autre, & il reve-„ noit dans son bon sens, mais ils le reprenoient fou-,» vent. Tant d’accidens si extraordinaires» & qui n’af-„ foibliffoient point le malade quand ils 1 avoient quit-té, firent comprendre à tous ceux qui le voyoient», dans son mal, qu’il y avoit du fort ou du maléfice.

„ On jugea que cette maladie ne pouvoit être nature -„ le, en ce qu’il n’eut jamais de fièvre, & qu n con--, ferva toujours toutes ses forces nonobstant tous ces„ maux & tous les remèdes vìolens qu’on lux avoit-, faits ; 8c comme chacun difoit qu il etoit çn orce e« principalement à cause des cris & des hurlemensqu il-, faisoit de tems en tems, on lui demanda s’il n’avoit-, pas eu quelque démêlé avec quelque berger ou autre« personne soupçonnée de sortilège ou de maléfice. A->> lors il nous aprit que le 18. Avril précédent, tra--, versant le village de Noisy à cheval pour se prome--, ner , son cheval s’arrêta tout court au milieu de la-, rue Feret vis-à-vis la Chapelle, lans le pouvoir faiie-, avancer qnoiqu’il lui donnât plus de cent coups d e--, perons, & qu’il y avoit un berger à lui inconnu qui-, étoit arrêté & appuyé contre la Chapelle , lequel lui-, dit, Monsieur, je vous conseille de retourner chez-, vous ; car votre cheval n’avancera pas. Ce berger lux,, parut âgé de 45. à 50. ans. 11 est grand de taille,

-, poil & cheveux noirs , & d’une mauvaise phisio-„ nomie. II avoit sa houlette à la main , & deuxj, chiens noirs à courtes oreilles auprès de lui. Le„ sieur de la Richardiére, continuant de piquer son cbe--, val pour le faire avancer , répondit au berger qu’il-, n’entroit point dans ce qu’il lui difoit, & une fem-», me du village qui étoit plus près du berger, assure-, qu’il répliqua à demi bas qu’il l’y feroit bien entrer,s, En effet , il lui donna un fort pour un an à com-,, mencer au premier Mai, & après s’être lassé à piquer», íbn cheval fans pouvoir le faire avancer, ledit sieur-> de la Richardiére fut obligé de mettre pied a terre &

-- de ramener son cheval par la bride dans la maison de-, M. son père.

», Pendant le cours de cette cruelle maladie , M. Mi--, hnges a fait faire une infinité de prières, & dire grand3, nombre de Messes» & entre autres une n en vaine au-, Saint Esprit, une à Saint Maur, & une à Saint A-„ mable, pour obtenir de la miséricorde de Dieu la„ guérison de son fils.

„ M. l’Abbé Milanges Chanoine de la Sainte Cha-3, pelle de Riom , oncle paternel dudic sieur de la Ri-33 chardiére , a fait le neuvaine dans l'Eglise de Saint„ Amable. Pendant cette neuvaine , la Communauté„ des Religieuses Carmélites de la ville de Riom s’est„ mise en prières à la même intention. Les Religieuses„ Bénédictines de Clermont , & plusieurs autres per-3, sonnes de piété en ont fait de même.

-, Ledit Sieur de la Richardiére , quoiqu’accable de,, maux, eut la dévotion de fe rendre à Saint Maux' ,

& d assister a la première & à la derniere Messe de», la neuvaine, avec confiance que les prières de ce grand,, Saint obtiendroient fa guérison de la bonté divine.

^ „ Ses maux continuant après la neuvaine finie , il ne” rebuta pas. Il retourna à Saint Maur 1 a veille de„ Saint Jean-Baptiste, toujours accompagné de cinq ou" j X Paonnes qui le soutenaient fur son cheval pen-,» dant fes accidens. II y entendit la Messe de minuit,

,, & en revint le matin encore malade, assurant pour-" tant W'il guérirait le Vendredi suivant r 6. Juin.

- V ^ j re ' :our de Saint Maur, en arrivant dans la mai-», on de M. son pere à Noisy , il ouvrit íà chambre" o*" d avoit la clef dans fa poche. II y trouva ce ber-», 8 r afìis dans un fauteuil avec fa houlette & fes deux„ c ìens. LKzyé de cette vision il descendit bruíque-„ ment, ct alla chercher son monde. Plusieurs person-„ nés monterent avec lui, personne ne vit le berger, &

.. ^—... —,. ^

„ que ce berger s’appelloit Danis j qu’il en étoit sûr»

„ quoiqu’il ignore présentement qui peut lui avoir ré-

„ vélé son nom.

„ Tout le jour & toute la nuit le sieur de laRichar-,, diére vit ce berger, & aucun de ceux qui étoient,, avec lui ne le voyoit. Sur íes six heures du soir étant„ dans fes maux , íl tomba par terre disant que le ber-„ ger étoit sur lui & qu’il l’écrasoit, & en présencede son escorte ordinaire il tira un couteau pointu deíà poche dont il donna cinq coups dans le visage déce malheureux dont iî s’est trouvé marqué.

„ Sur le soir M. de la Richardiére dit à ceux qui léveilloient qu’ils prissent garde â lui, qu’ilalloit avoircinq foiblesses considérables qui augmenteraient tou-jours , & qu’il y succomberait si on ne le remuoit„ & tourmentoit continuellement. II les eut en effet,

„ & la dernière dura près d’une heure. II assura que si,, on l’avoit moins secoué elle aurait duré une demie„ heure davantage, ct qu’il y serait mort. En un mot,, il n’y [a quasi point de fortes de maux & de douleurs„ qu’il n’ait ressenti pendant les huit semaines qu’a du-,, ré cette funeste maladie.

„ Le Vendredi matin vingt sixième juin , íe mala-„ de alla à S. Maur pour faire dire une Messe, avec,, une pleine confiance qu’il guérirait ce jour-Ià ; il íe„ trouva mal trois fois dans l’Eglise en entendant îa„ Messe , à l’Evangile , à l’élévation de l’Eucharistie,

„ & au Domine non jum dignrn. La Messe finie, Mr....*'

„ lui mit l’Etole fur la tête, & dit l'Evangile. Pen-„ dant cette prière , le malade vit S. Maur debout en„ habit de Bénédictin , ct ce malheureux berger à ía„ gauche , le visage ensanglanté de cinq coups de cou-„ teau, ayant fa houlette en. íà main, & fes deux chiens„ à ses côtez. Dans ce moment le malade cria tout hauc„ dans l’Eglise , miracle, miracle, quoiqu’il n’eût pas„ dessein de crier, & assura qu’il étoit guéri ; comme„ il le fut en effet. Au, sortir de l’Eglise , il s’en alla à„ Paris accompagné de deux personnes feulement, trou-„ ver Madame fa mère, pour lux apprendre & lui faire„ voir qu’il étoit effectivement guéri, & renvoya le,, reste de son escorte à Noisy apprendre sa guérison A„ Mr. son Père qui y étoit. On est obligé de remar-„ quer en cet endroit que la neuvaine qui a été faite,, à Riom dans l’Eglsse de S. Amable, fut finie le Jeu-„ di vingt cinquième Juin , veille de la guérison du

„ malade.

„ Le vingt neuvième Juin, ledit Sieur de la Richar-„ diére retourna à Noisy , où il fe promena & chassa„ l’aprës diné & les jours suivans. Le Mardi trente„ Juin, ce malheureux berger le trouva dans des vignes„ où il chassoit, & après qu’il eut tiré fur des grives *„ ce berger fe leva du pied d’un ceps de vigne , où il„ étoit aísis, 8 c parut devant lui. Ledit Sieur de la Ri-„ chardiére, surpris de cette vision, lui donna, un coup„ de la crosse de son fusil sur la tête, ce qui obligea ce„ malheureux de crier, Ah, Monsieur, vous me tuez»,< ct ensuite de s’enfuir. Nonobstant ce traitement, le„ berger revint le lendemain íe retrouver. Sitot qu’ií„ l’apperçut, il fe jetta à fes genoux, & cria, Mon-*„ sieur, je vous demande pardon ; ne me faites point,, de mal, je vous dirai toutes choses. Ledit Sieur de„ la Richadiére, Payant assuré qu’il ne lui en feroit„ point, le Berger lui dit s’appeller Danis, & avoualui avoir donné le sort dont il avoit été affligé,

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au’il le lui avoit donne pour un an .

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mais qu’ilbout de huit fe-

„ en étoit guéri par miracle au„ maines , à la faveur des prières & des neuvaînes »„ que lui & fa famille avoient fait faire au S. Eí-, - - c Amable j ct quoiqu’on en

que ..

prit, à S. Maur, & à S.

„ eût fait d’autres , le sorcier ne paria que "de ces troís-„ Ià ; & ajouta que le sort dont il avoit été guéri par" ™ rac,e > àoxt retombé fur lui Danis. íl en demandade nouveau pardon , ct supplia ledit Sieur de la Si-

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chardiére de faire priér Dieu pour lui, disant qu 1-.» c, miérìfrin nne d’un miracle, qù ll

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pouvoit espérer sa guérison que