,s<í HISTOIRE
Quelque tems après, elle vint à Foillé dans le Vicariatde Pontoise Diocèse de Rouen, où. elle fit la mêmechose ; on là mena en triomphe à Notre-Dame dé Lies-se,- enfin à Senlis elle fut reconnue pour larronnesse dansune Hôtellerie.
Son imposture me fut entièrement confirmée par M.l’Àbbé l’Aigneau Doyen de l’Eglise dé Châlons furMarne & Vicaire-Générâl. Comme la lettre qu’il mefit l’honneur de m’écrire le ir. Septembre 1702. estcourte, j’ai cru devoir l’insérer ici. ,3 En attendant„ que j’aye , Mon Révérend Père, le certificat de M.„ le Curé de Sarri pour vous l’envoyer , je vous dirai,, en deux mots que Marguerite Dupré (a) est une fri-,, penne , qui abuse non seulement de la crédulité des„ gens de bien, mais auífi des Sacremens.
„ Elle n’a jamais été que six semaines ou environ à„ Sarri. C’étoit l’an passé en la saison où nous sommes;
elle y contrefit la muette , & étant allée en pélerina-„ ge à Notre-Dame de Liesse le jour de l’Assomption,„ le même miracle lui arriva que celui dont vous parlez„ au tombeau du Roi Jaques. Elle revint à Sarri par-,, lant comme un autre ; & comme le Curé s’en étoit„ déja défié, l’avanture acheva de le convaincre que„ c’étoit une trompeuse. Elle s’ert apperçut, & defef-3, péra de faire fortune dans cette Paroisse. Un soir el-3 , le fit la malade, le monde s’assembla, & le chirurgien3, la crut à l’extrêmité. Il pressa le Curé de lui admi-„ nistrer en diligence tous les Sacremens, ce qu’il re-„ fusa , même de lui en donner un seul , remettant au„ lendemain, y craignant de la feinte & voulant l’éprou-„ ver. Quand il revint le matin , il la trouva délogée,„ avec cette circonstance qu’elle emporta beaucoup de« linge de la maîtresse de la maison où elle logeoit. Et„ oneques, on n’avoit entendu parler d’elle. Je quitte3, M. le Curé de Sarri qui m’a fait ce récit, & j’ai„ cru devoir sur le champ vous en avertir , pour em-33 pêcher les suites de l’imposture.
II y avoit longtems que cette malheureuse trompoitle monde , on disoit que dès l’âge de seize ans elle n’a-voit entendu ni parlé depuis deux ans, n’ayant pas mê-stie de langue qu’un petit bout de la longueur d’un tra-vers de doigt attaché à la mâchoire* Elle fit un voyageavec fa tante à Notre-Dame des Ardilliers à Saumur,elle revint à Bressuyre dans le Diocèse de la Rochelle,parlant & entendant. Il paroit qu’elle étoit née dans cebourg. M.l’Evêque fur l’áttestation des chirurgiens dulieu, donna un certificat de cette prétendue guérisonmiraculeuse le 6. Décembre 1697.
Dès que cette fille découvrit que je faisois de sérieu-ses recherches 3 elle disparut, fe crus que la sincéritém’obligçoit de faire savoir à la Reine d’Angleterre cequi se passoit.
La fille cataleptique qùi parut sur la scène en 1710.excita encore ma curiosité. Pour satisfaire celle des lec-teurs , je vais mettre ici deux lettres que j’eus l’honneurd’écrire ì Monseigneur le Duc de Noailles. Dans l’unej'expose le fait, & je le discute dans l’autre,
PREMIE'RE LETTRE,
A Monseigneur le Duc de Nouilles , touchant une Fillecataleptique.
"f Monseigneur, il faut avôirautantd’étendued’esprit„ que vous en avez, pour aimer à être informé de l’é-„ tat de la République des Lettres 3 & des nouvelles,, productions de la nature ; lorsque votre vigilance pa-3, roit toute occupée à déconcerter les ennemis, & à33 gagner des victoires , fans répandre le sang de vos3 , troupes. II s’est passé à Paris depuis deux (b) ou33 trois mois quelque chose d’assez surprenant, soit ma-33 ladie ou fourberie, qui embaràsse & partage un grand33 nombre de médecins, & divers Messieurs de l'Aca-
(a) Elle changeoit de nom de Batême,
{b) En 1710, vers Juin, & Juillet.
CRITIQUE
„ demie des Sciences, où l’on a rapporté plusieurs fois„ tous les symptômes qui ont été óbservez.
,; On a vu durant .vingt six jours une fille, qui avoit33 trois maladies compliquées fans aucitne marque de sem« riment, la Catalepsie, le Tétanos, 8 c les affections3i hypocondriaques , ou plutôt des visions aussi bien33 exprimées par gestes fans parole , que pourròient le1, faire les meilleurs Pantomimes.
3, On prétend que depuis sept ou huit mois, cette» fille souffrait une suppression de régies qui lui avoit11 causé beaucoup de maux ; lesquels enfin se font ré-3, duits à trois qui ont servi de spectacle au public.
,, La scène étoit au Faubourg S. Germain , rue dii3, Four , & duroit quatre heures, depuis un heure„ après midi jusqu’à cinq. La principale actrice ou ìí,, souffrante est âgée de vingt cinq ans , bossue , sanS,3 esprit, dit-ou, & sans beauté. Et il n’y avoit d’au-„ tres personnes dans la •maisoii , qui ayent pu avoir,3 quelque rapport au spectacle, que la mère , ses deux3, sœurs qui font deux filles âgées, & un médecin de„ la Faculté de Montpellier nommé M. GrandVal , qui„ loge dans la même maison.
33 La mère qui s’appelle Mademoiselle des Vignes3, veuve d’un Avocat au Conseil 3 & les deux tantes à33 qui j’ai parlé deux fois, font des personnes d’un ex-„ térieur simple , nouvelles catholiques , qui mènent3, une vie assez retirée ; & le médecin croît la mère SC„ la fille si incapables de fourberie, qu’il veut , s’il y„ en avoit, qu’on l’impute à lui seul, & qu’on lui„ fasse souffrir les dernières peines. II est si vif là-des-„ fus, qu’il en a voulu donner une protestation par écrit„ à M. l’Abbé Bignon , à M. d’Argenson & à M. le„ Procureur-Général.
3.» Quoi qu’il en soit , Monseigneur , voici ce que„ j’ai vu, car j’ai été du nombre des curieux. J’y su?,3 se vingt quatrième jour de l’accès , qui commença i„ une heure & finit à cinq.
„ Lorsque j'arrivai, il y avoit une demie heure quéi, l’accès étoit commencé. La malade étoit comme ì„ l’ordinaire couchée fur son lit, fans aucune marqué„ de sentiment, 1a respiration libre, les dents néanmoins„ fort serrées l’une contre l’autre, les yeux ouverts, i»„ prunelle élevée & fixe , n’entendant ni ne voyant 5„ ce qu’on assuroit. Et véritablement, quoi qu’on,3 pour lui faire peur en avançant tout d’un coup se*,3 doigts vers les yeux, on ne lui faisoit jamais remues,, la prunelle ; & l’on voyoit seulement remuer tant sois,, peu les paupières quand on passoit la main fort près„ des yeux. On nous parla de diverses piqûres d’é-„ pingle dans les bras & dans les cuisses, fans qu’else„ eût aucune marque de sentiment. Et í’on nous dit„ qu’à une heure précise ce jour-là comme les précé-3, dens, elle avoit été surprise de cette maladie qu’où„ appelle la Catalepsie ou engourdissement de tous se 5„ sens & de tous les membres, qui laisse le malade dan5,, la même posture où il étoit au commencement de IV'
„ cès. Dans cette abolition des sens, les membres étoiens„ flexibles. On lui remuoit ses doigts , ses bras & I e3, corps fans aucune peine: soit qu’on sevat les bras deu*
„ doigts horisontalement au dessus du lit, soit qu’où„ ses élevât à la hauteur d’un pied ou de deux , où,, qu on les mit dans quelqu’autre situation , fans q l, J„ personne les soutînt , ils demeuraient ainsi en l's'J„ jusqu’à ce qu’on les'abaissas. Ce qui me surprend3, encore davantage, c’est que íe buste de son corps de"
,, puis la tête jusqu’à la ceinture, étoit tout aussi fieXl"
„ ble & aussi léger que les bras. On le levoít fans aU'
„ cune peine deux doigts, un demi pied, ou un P‘ £
„ au deflus du chevet,- Sc il demeurait dans cetteíù 11 ^
„ tion si gênante , au grand étonnement de tout,, monde, jufqu’à ce qu’on l’abaissat fur le chevet , c„ qu’on faisoit encore sans peine. ,
,, Quelques personnes de la compagnie sachant.que ^
„ portée de mes yeux est sort bornée , on me fi r,, procher , & l’on m’oblìgea de m’asseoir au f>u^^
», qui étoit au chevet du lit. Je tâtai le pouls à se