DES PRATIQUES SUPERSTITIEUSES, &c.
s> marques de vie que la respiration, l’Auteur (<*) dit35 qu’il y en a une moindre , qui ne suspend pas toutes33 les opérations de l’animal , & n’empêche point que33 les malades étant pouffez ne marchent à peu prés com-33 me feroit une machine, & que leurs membres ne puis-33 sent être fléchis, & demeurer dans la situation qu on33 leur veut donner.
33 Menjot (b) dit encore que quelques uns confort--> dent mal à propos la Catalepsie avec le Tétanos.
_ b, Enfin, selon M. (c) Menjot, rien n’est plus rare33 que cette maladie. Les plus vieux médecins n en trou-33 vent presque pas d’exemple dans les villes les plus peu->> pìées. Et le mal est si pressant Sc si aigu, qu’entrois33 ou quatre jours tout au plus il ôte absolument le mou-33 vement & l a v i e au malade. Quelquefois il se change-3 en épilepsie, apoplexie, ou mélancolie. Et generale-33 ment parlant , il y en a très peu qui en reviennent»
33 De forte que si la malade en question avoit fait voir33 au publie durant plusieurs jours la complication perio-33 dique de ces trois maladies 3 la Catalepsie, le Teta-3, nos, &c la Passion historique qui causoit les visions ;
33 & qu’enfin elle eût été guérie par M. Grandval,
3 > Ç’auroit été peut-être l’exemple le plus rare & le plus33 admirable de toute la médecine. Si ces Auteurs ad-33 mirent si fort ces symptômes qu’ils décrivent, & qui33 font en effet si rares, n’avons-nous pas lieu d’être ra-3 > vis du spectacle qu’on vient de donner au Public, en33 lui en faisant voir qui sont encore plus considérables3, par leur variété & par leur durée? Quoi qu’en dise3, Menjot qu'ils doivent finir en trois ou quatre jours,
3, ceux-ci ont duré vingt six jours. Ils étoient mêmes, en bon train de continuer. Et l’on peut bien dire que3, si on avoit laissé M. Grandval travailler en repos &„ à loisir à guérir fa malade , dont il a décrit durant sii, longtems les symptômes surprenans, il auroit fait une33 des plus rares & des plus admirables cures que toute33 la médecine puisse nous fournir.
Un premier soupçon de fourberie est que la vision de33 la Communion a cessé deux fois , une fois après3, qu’une personne eut dit le septième ou le huitième33 jour qu’fl étoit indigne de mêler la Communion à ce3 , spectacle ; il n’y eut plus de visions durant quelques>3 jours.' Cette scène étoit pourtant la plus jolie de tou-3 , tes. Elle recommença. Je m’avisai de dire tout haut33 le vingt quatrième jour que ces visions avoient l’air3, d’une fiction , mais que la Catalepsie & le Tétanos,3 avoient quelque chose de singulier & d’étonnant, les3 , visions ne revinrent plus»
,, z. Soupçon. Cette fille n’a-t-elle point essayé de3, contrefaire les symptômes de la catalepsie, qu’elle a33 pu entendre décrire si souvent ? Le médecin étoit33 dans la même maison, les livres aussi, n’a-t-elle point3, voulu donner une scène au Public ? Du moins le33 tems qu’on prenoit depuis une heure jusqu’à cinq,3, étoit bien propre pour assembler du monde.
3, z. Soupçon. La mère & la fille ne sont peut-être33 pas fort à leur aise. N’a-t-on point voulu faire venir33 quelque argent en faisant courir tant de monde ? On3 , ne demandoit rien en entrant ; mais on représentoit à33 quelques personnes que cette maladie coutoit beau-33 coup, qu on étoit dans un grand embarras. La mère33 acceptoit ce qu’on donnoit. L’Ecdésiastique qui
33 m’engagea à y aller , donna en sortant une pièce de33 trente sols.
33 4. Soupçon. L’accès a fort diminué dans la sale33 des Hospitalières. Quand les rideaux ont été fermez,
33 & qu il n’y 3 point eu de spectateurs, le jeu a été’3 plus court de moitié.
- V Soupçon. Le pouls que je trouvai vif3 préci-
P 1 ^ > umfoime , fans fievre & fans élévation, n’é-” prí ' 1 pomtune marque d’une grande contention d’es-
1 ' nécessaire pour soutenir un jeu fort pénible &
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{b) Pag. j,f
si) Pag» 181.
,, fort difficile ? Du moins un tel pouls convient beau-„ coup mieux à un tel jeu , ou à une telle contention s„ qu’à la catalepsie, à la passion historique, 8 c aux va-,, peurs. Dans ces maladies j’ai lu & j’ai toujours en-.
,3 tendu dire que le pouls n’est nullement uniforme,
,, mais qu’il est au contraire intermittânt & agité par des„ secousses ordinairement inégales-,
„ Parmi tous ces sujets de soupçon j il y â une ob-„ fervation qui m’a toujours paru une preuve décisive3, de l’imposture. C’est la facilité avec laquelle le corps,, de la prétendue cataleptique s’est élevé, soutenu, Sc„ abaissé. Je Fai dit à M. le médecin les deux ou trois„ fois qu’il m'a fait l’honneur de venir me voir. Il tâ-„ cha de me faire entendre que ce qu’il y avoit d*ad-.
„ mirable dans cette maladie , c’est que le moteur exté-„ rieur faifoit fans aucune peine en touchant la catalep-,, tique, ce que l’ame auroit produit dans elle, si Pufa-,, ge de tous ses sens n’avoit été suspendu par la catalep-33 sie.
„ J’aurois souhaité de tout mon cœur qu’il eût pu,, me donner quelque raison qui levat mes difficultez.
„ Mais je ne trouve rien qui satisfasse à ce que je lui„ dis, le voici à peu près. Il n’est pas naturel (fans au-„ c une feinte de la part de la fille) que j'aye pu élever„ son corps aussi facilement que je l’ai fait. II n’est pas„ naturel que son corps fe soit soutenu de lui-même,
„ quand je l’ai laissé élevé à un demi pied au dessus du„ chevet. Et il n’est pas non plus naturel qu’après l’a-„ voir laissée dans cette situation, j’aye pu l’abaisserfans '„ trouver aucune résistance. Tout cela est fort aisé à„ prouver.
„ La mécanique suit toujours ses loix. Un Corps demeu-„ re toujours dans la mcme place s’il n’est poussé ; &
,, il n’est remué que par une force proportionnée à sou,, poids. On convient que tout le corps de la malade,, étoit peíânt pendant la catalepsie, comme il l’étoit âu-„ paravant» En effet, la létargie ne rend pas plus léger„ que le sommeil. Tout son. corps pesoit du moins au-„ tant dans cet état létargique , qu’il pesoit avant la,3 létargie. Si tout le corps pesoit cent livres, la moi-„ tié du corps depuis la tê.te jusqu’à la ceinture pesoit„ donc environ cinquante livres. II falloir donc pour„ élever cette moitié de corps faire un effort propor-,, tienne au poids de cinquante livres , & par confé-„ quent il faut que cet effort ait été fait, ou par moi„ lorsque je Fai touchée à F épaule, ou par elle. Cer-„ tainement cem’est -pas moi qui Fai sait, puisque je„ n’ai pas employé plus de force qu’il en auroit fallu„ pour lever une once. C’est donc elle qui a fait cet/„ effort proportionné au poids de cinquante livres. Or,, si elle étoit vraiment & entièrement cataleptique ,
„ avec une entière abolition 8 c suspension des sens cau-,, fées par une interruption de la circulation des esprits„ animaux, elle feroit incapable de faire cet effort. Elle„ ne connoitroit pas même ce que je voudrois faire en„ la touchant a F épaule. Donc ce n’est point ici l’essec„ d’une vraye maladie , mais d’une feinte & d’une im-„ posture.
„ r. Quand j’ai élevé cette moitié de corps à un de-„ mi pied au dessus du chevet, qu’est ce qui- l’a rete-„ nue dans cet état si violent ? Le corps naturellement„ doit retomber par son propre poids, comme retombe,, un homme qui dort, qui est en létargie, ou qui est„ mort. Donc pour empêcher que ce poids de cinquan-„ te livres ne tombe , il faut qu’on le soutienne. Qui„ est-ce qui le soutient ? Je le demande, & je Fai de-„ mandé plus d’une fois à M. le médecin. II m’a dic„ que les esprits animaux couloient alors dans les mus-„ clés , les gonfloient, & soutenoient ainsi ce poids.„ Mais en premier lieu comment accorder cette fuppo-„ sition , avec Finterruption du cours des esprits ani-„ maux qui forme la parfaite catalepsie ? N’est-il pas„ visible qu’il siudroit au contraire que les esprits fus-„ sent fort en mouvement 3 pour couler fi vite dans les,, muscles ? En fécond lieu quand ils pourroient y cou-„ 1er fi vite, il faut encore un effort pour les y retenir.
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